CHAPITRE II LES CONSTRUCTIONS DE L'ÉPITHÈTE
Construction indirecte. — Après les noms de nombre, adjectifs et pnrticipes se construisent souvent avec de. Oudin remarque le fait : il y en a vingt de payés (G/-., 61). Vaugelas. après avoir constaté les hésitations de Tusage, se prononce pour : // y en eut cent de tués (i, 286). C'était l'emploi le plus courant, quand en entrait dans la phrase. Autrement on disait : // y eut trente blessés (h. l.. m, 475) (1).
Quand un adjectif suit rien, il est également d'usage de le relier à ce mot rien au moyen d'un de : il n'y a rien de tel que d'aller lentement. Autrefois de était inutile : A qui venge son père il n'est rien impossible (corn.. Cid. 417). De est également d'usage avec tout, quelque ehose. tant.
Xous disons : qu'y a-t-il d'étrange dans cette proposition ? Et aussi quoi de neuf ? quoi de plus facile que de prendre cette précaution ? La phrase analogique de rien de. a eu beaucoup de mal à être reçue, .luscpi'à la fin du XVII>^ s., elle a été réprouvée par les grammairiens (vavg., i. 12') ; RKGX. DKSM.. Gr., 278). Cf. dans les négatives : il n'y a pas de feu d'allumé che: moi (fi,. vue.. Éd. sent.. 41).
1, analogie aujourd'hui est si forte que, même en l'absence d'un mot mar(| liant la quantité, de s'introduit devant l'adjectif : Le temps qu'ils ont de libre. ICI on trouve cette construction même sans verbe : C'est pour de bon ; - non. mais de vrai ? — Cest pour de rire ; — Eh bien ! de quoi ? Ce sont là des extensions analogiques (2).
Ces remar(|ues faites, ajoutons que la construction de l'épithète est le l)liis sduxenl directe.
Composition et apposition des noms. — Xous avons vu comment un nom entre en compositittn avec un autre. Ainsi : sabre-baïonnette, bateau phare. D'après ce type, une foule de rapprochements plus ou moins étroits ont créé des composés où le nom principal est caractérisé de façons très diverses : V art-roi. Ce procédé de l'apposition est tout à fait courant chez V. Hugo, qui, grâce à lui, rapproche les aspects parfois antithétiques des ciioses : Le bâton-paysan hrisimt te glaive-roi (Lég., Bar. Madr., ii) ; — le rocher-hydre el le torrent-reptile (//'., Pet. R. de Gai., m) ; — ces crépuscules ne plaisent qu'aux âmes chauves-souris (Mis.. Marins, iv, 6) ; — Dans ce sépulcre-enfer que faisaient-ils ? {Ih.. 4'' p.. liv. vu. 2) ; — L'argot n'est autre chose qu'un vestiaire où la langue ayant quelque nnuuHiise action
Il en
1) \. TOBLER, Verm. Beitr., ni, 20.
2) Dans le 2« exemple, on pourrait croire à une formule raccourcie : de quoi s'agit-il ? Il est rien, et dans l'esprit de celui qui parle ainsi, de quoi égale quoi tout simplemenl.
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à faire, se déguise. Elle s'y revêt de mots masques et de métaphores haillons (Ib., 4e p., 1. VII, 1) ; — Ils s'aeeroLipissent. adossés les uns aux cadres, dans une espèce de destin-taudis (Ib.. Marins, viii, 5); — Xos Chambres décrépites procréent à cette heure une infinité de petites lois-culs-de-jatte (Philos., i, 198). Hugo n'est pas seul à user du procédé. Michelet emploie souvent aussi de ces noms doubles : D'abord les hommes-femmes, gracieusement cdtifés, et traînant mollement des robes de douze cames... Ici. des hommes-bêtes brodés de toute espèce d'animau.x : Ici des hommes-musiques, historiés de notes (Ilist. de France, Moyen-âge, Jeunesse de Charles VI, chap i, livre vu). Une foule d'autres exemples pourraient être produits.
Apposition et caractérisation. — C'est ici le lieu d'ajouter quelques mots sur les noms apposés : Louis XIV. Roi de France. Cette construction dont nous avons déjà parlé à propos de dénomination, sert constamment à caractériser : Sur ce Gécmt, grandeur jusqu'cdors épargnée, Le mcdheur, bûcheron sinistre, était monté (v. h.. Chat., Exp.) ; — Et que la mouche horrible, essaim au vol joyeux, Comme dans une ruche entre en ta bouche noire (id.. Ib.. A un martyr, m) ;
Le XIX^' s., a beaucoup usé de ce tour. Hugo, dès ses premiers écrits, l'a afïectionné.le trouvant visii)lement presque aussi précieux pour le style que la comparaison : Tandis qu'on répare à grands frais et qu'on restaure le palais Bourbon, cette masure, on laisse effondrer par les coups de vent de réquinoxe les vitraux magnifiques de la Sainte-Chapelle (v. ii.. A'. /).. note ajoutée à l'édition définitive) : — Les forêts sont le lieu lugubre : la terreur Noire y résiste même au matin, ce doreur (v. h., Lég.. m. 18. xxii. ii. Hug.).
A la fin du siècle, poètes et prosateurs l'ont mis à Tenvi à profit : // lui restait à remplir les corbeilles d'herbes et de fleurs coupées, mosaïque volante, tapis émietté dont chaque servante, devant sa maison, va colorier la rue au moment du cortège (kodexb.. Bruges. li).5). — Cl'. : Et sa main plongeait dans les corbeilles... rafraîchie à ce massacre de corolles, ouates fraîches, duvets d'ailes mortes (id.. Ib.).
En dehors de toute reclierche (k' st>le. il est commun : La jxiix de Francfort, instrument forgé pour affaiblir la France, n'a pas empêché notre relèvement : — ■ la Cour de cassation, organe suprême de la justice, a prononcé.
Articles avec les appositions. — Le rôle de l'article est important dans le cas de l'apposition : Son oncle, avocat réputé, était intraitable. signifie que l'oncle a deux qualités : il est honune de loi, il a de la réputation. Si on dit : Son oncle, l 'avocat réputé... on cherche à individualiser, au lieu de caractériser, et, à cet eftet. on fait appel aux données que possède l'interlocuteur sur la personne dont il s'agit.
Adverbes et autres caractérisations en épithètes. — Des adverbes peuvent être employés comme épithètes : longue, mince, encore hien, mcdgré la fatigue des traits (a. daud.. Imm., 6). De même les locutions : .sa femme, alors très en beauté ; — une bataille en règle s'ensuivit.