CHAPITRE PREMIER LA QUALITÉ ET LA MANIÈRE
Interrogations sur la manière d'être. — Pour questionner sur la manière d'être, on se sert de radjeetif quel : Quel temps fait-il? Quel âge a-t-il atteint ? Quel genre préjérez-voiis ?
Quel sert d'attribut au verbe : Quel est-il ? ou bien il se ccnistruit en épithète : Quel chapeau voulez-vous ? On ne remploie plus comme attribut de l'objet avec un verbe tel qu'avoir, éprouver, etc.. ainsi qu'on faisait autrefois : Si Tityre a une si grande obligation à celui qui l'a mis en un repos où tout ce qu'il a de commodité, c'est que ses bœufs ont de l'herbe... quelle devons-nous avoir à ceux qui nous en donnent un où... (malii.. Ép. .Sén.,
LXXIIl).
Qui et quel. — Aujourd'hui nous distinguons à peu près ces deux mots.
A. S'il s'agit de savoir l'identité d'une personne, on emploie çj/z : Qui est ce voyageur que vous saluez ? On peut du reste employer aussi quel : Quel est l'écrivain que vous préférez ? Nous remplaçons même souvent par quel le qui des classiques (1).
B. Mais s'il s'agit de demander de quelle façon se présente un homme. ce qu'il est, etc., qui est impossible.
Quel n'est guère plus employé ; jamais on ne dirait : Je voudrais connaître
(1) Quand la question se trouve dans une proposition objet du \ erbe principal, les hésitations ont été les mêmes, qu'il y eût ou non interrogation. Mais là, si nous dirions encore avec Molière : Et quand je vous demande après quel est cet homme, A peine pouvez-vous dire comme il se nomme (Mis., 21), ailleurs, nous remplaçons quel par qui : ^lais avez-vous su quel il est ? Non, je ne sais point quel il est ; mais je sais qu'il est fait d'un air à se faire aimer (.le, m, 4) ; — Il s'insinue dans un cercle de personnes respectables, et qui ne savent quel il est (la bruy.. Car., Mér. pers., 38). Notre usage imposerait partout qui.
ton fiancé : Quel est-il? Il ïaut,pour que quel soit possible, qu'il soit adjectif, et près d'un nom : Quel homme est-ce ?
Quand il s'agit de choses, jusqu'au XVIIe s., on employait à peu près indifïéremment qui et quel : Je suis bien aise, répliqua quelqu'un, de sçauoir qui sont les meilleures eaux (bouch., Ser., i, 12) ; — Pour juger qui est le bien d'une chose, // faut regarder à quoi elle est née. et pourquoi on en fait cas (iMALH.. II, 587). — L'excellent grammairien Maupas ne distinguait pas encore les cas où il était question de déterminer une personne ou une chose d'une interrogation sur la qualité. Il acceptait l'usage courant qui permettait de dire : Qui est l'ennui, ou quel est l'ennui qui vous tourmente ? Cf. Qui sontelles, ces trois opérations de l'esprit ? (mol., B. G., n. 4).
C'est Thomas Corneille qui. à la fin du XV 11^ s., a posé la règle moderne (vATci.. I. 209) : Vous savez quel est ce livre ? Il est encore d'usage de dire : Quelle étoffe demandez-vous ? — Quelle est la garniture que vous préférez ? — Quelle dentelle pensez-vous mettre au corsage ?
Encore quel a-l-il le plus souvent pour objet de demander une détermination : En quel ton est ce morcecnt ?
En langue contemporaine, on préfère composer avec (/net des interrogatifs, tels que de quelle façon, de quel genre, etc.. : De quelle façon est la jupe ?
Ces questions varient naturellement suivant le cas. et s'adaptent en se précisant : de quelle couleur sont ses cheveux ? — vous voulez un bœuf de quel âge ?
Co.MMENT. — Comment sert essentiellement à questionner sur la manière : Un homme m'a demandé. — Comment était-il?
L'emploi de comment s'est l)eaucoup étendu; on l'accole aujourd'hui à des substantifs : c'était un homme sans doute, mais un honunc comment ?
Conwic et convnent ont été longtemps en coucurrence. Corneille et Molière emploient encore couramment comme suivi de est-ce : comme est-ce qu'on s'y porte ? (Tari.. 2.30) ; — Comme est-ce que chez moi s'est introduit cet homme ? (Éc. d. /., 400). Comme seul devient rare (Ims l'interrogation dirpcte, à partir de 1650. Vaugelas lui avait préféré comment.
Dans l'interrogation indirocte.il vécut plus longtemps : Ht quand je vous demande après quel est cet homme, A peine pouoez-vous dire comme // se nomme (mol.. Mis.. 21). Au XVIII« s., le triomphe de comment s'est achevé.
Nombi^e immense des manières d'être et d'agir. — Il ne saurait être ([uestion d'énumérer les manières d'être diverses qu'aperçoit l'esprit humain, et de classer les aspects sous lesquels des êtres, des idées el des actes peuvent lui apparaître.
Indiquons seulement à titre de spécimens (pu4(iues t-atégories. pour montrer comment, dans chacune d'elles, la pensée et l'expression développent leur richesse infinie. "Voici une fleur. Forme, couleur, odeur donnent déjà naissance à des caractérisations diversement nuancées. Qu'est-ce à dire, s'il s'agit d'un homme ou d'une femme ? Son portrait physique ou