LA QUALITÉ ET LA MANIÈRE
moral exige de pouvoir choisir entre d'innomlDrables caractérisliques. Qu'on pense aux seules attitudes : debout, dressé sur la pointe des pieds, penché, plié, courbé, à genoux, à croppetons, assis, à cheval, renversé,étendii, etc. et là dedans ne sont pas considérées les positions des membres: bras, mains, jambes, pieds. De même pour les mouvements.
Un acte peut être conscient ou non : il arrive par aventure, par malheur, accidentellement, se produit par hasard ou par calcul (1) ; il peut être hâtif et rapide, ou au contraire lent et long (2), facile ou pénible (3), il se fait secrètement ou publiquement, passionnément ou froidement, justement ou à tort, etc.. Ses caractères de toute nature varient suivant ce qu'il y a lieu de considérer en lui, et la langue fournit à l'observation et à l'analyse le moyen d'exprimer tout ce qu'elles peuvent noter de finesses dans !a réalité ou les apparences.
Garactérisations intrinsèques. — Nous avons vu à la Formation des noms les procédés par lesquels la langue se fait des noms qui impliquent une caractéristique : des nains, les justes, un dirigeable. Sans recours à aucun sufTixe ni préfixe, elle nomme les objets au moyen d'adjectifs : la correctionnelle, le métropolitain. Et ce ne sont pas seulement les adjectifs qui deviennent noms, mais les compléments : entrer aux Mines ; — préparer les Arts et Métiers ; — • porter un huit-reflets ; — monter un pur sang. Nous avons vu aussi comment les noms propres deviennent des types : un prudhomme.
Les verbes, comme les noms, enferment souvent en eux-mêmes une idée de manière : une eau serpente (coule à la façon d'un serpent qui rampe) ; un curieux fouine. On trouve en particulier des verbes marquant les formes, les lignes, les couleurs : masser (grouper en masse) ; biseauter (tailler en biseau), etc.
Quelques-uns des suffixes qui signifient petitesse, donnent par signification dérivée, aux mots où ils entrent, un caractère fâcheux — ou aimable (Tout cela a été étudié plus haut. Voir p. 74 et 219).
Garactérisations extrinsèques. — Tous les moyens extrinsèques de caractériser entrent en jeu pour noter la manière d'être ou d'agir. Deux semblent dominer tous les autres : l'adjectif et l'adverbe. Ce sont en effet les plus employés. Mais d'autres moyens sont aussi d'une extrême importance.
Ce sont: lo les participes : présent a), passé h), et l'adjectif verbal c).
a) des fenêtres donnant sur un jardin ; — b) un gousset garni ; — c) des jeux distrayants.
2° les nonts et locutions non^inales : une robe feu ; — parler Balzac ; — ■
(1) agir à bon escient, de propos délibéré, exprès, de plein gré, par mégarde, inconsciemment.
(2) — lestement, vivement, en hâte, en un clin d'oeil, en un tourne main, longuement,
(3) — aisément, à l'aise, sans peine, diflQcilement, malaisément, à grand'peine, à force.
le style Louis XVI ; — une femme pot-au-feu ; — une allure fin-de-siècle.
30 les compléments sans préposition : dormir les yeux ouverts ; — s'enfuir l'oreille basse.
40 les compléments prépositionnels : un homme de cœur, de parole ; — une réponse sans façon ; — parler avec hauteur ; — du riz à l'espagnole ; — un lièvre en civet.
50 des propositions pcwticipicdes ou conjonctives : une proposition qui m'agrée.
Tous ces moyens ne conviennent pas indistinctement au nom et au verbe, lis ne conviennent pas non plus à toutes fins. L'adjectif lui-même ne peut servir, en certains cas, à caractériser la manière d'être ; on y supplée : un individu sans gêne, une femme dans le train.
Les exemples donnés dans le livre xiv, relatif aux moyens de caraclériser, nous dispensent de reprendre ici cette étude d'ensemble. Nous n'insisterons cjue sur les compléments prépositionnels.
Les prépositions les plus usitées sont :
A — Cette préposition ne se renconlro plus dans certaines constructions où elle figurait : une table à fer à cheval ; mais elle demeure extrêmement commune : une robe à volants, un lit à colonnes, une poupée à ressort, des souliers à bouts pointus ; — ■ un grand garçon charmant, à tournure d'homme (LOTI. Mat.. III. 10) : — cette philosophie à tâtons (v. h.. Mis... Cosette,