CARACTÉRISTIQUES COMPLEXES ET DIVERSES
Peintures et descriptions. — Un trait suffît souveiil pour peindre : Un jour, sur ses longs pieds allait je ne sais où. Le héron au long bec. emmanché d'un long cou. Ailleurs il faut des touches nombreuses et diverses : Un homme s'est rencontré, d'une profondeur d 'esprit //irroya/)/^. hypocrite raffiné autant qu'habile politique... Le portrait continue.
On a séparé plus haut, pour les besoins de l'exposé, les divers procédés psychologiques et les divers moyens linguistiques de caractérisation. Mais ils se réunissent et s'entremêlent constamment : // jaut vivre et marcher sans ombre, toujours seul, Mort parmi les vivants, cet habit pour linceul (i.am., Joc. 2(i mars 1796) ; — Sans plainte dans la bouche. Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau, Je vous embras.^erai dans mon exil farouche. Patrie, ô mon (Uitcl, Liberté, mon drapeau (v. h.. Chût., lit. verb.): — Une fille parut, roussotte, louchon, sans front, et dont la robuste laideur, trempée de jeunesse et de force, reluisait (a. frange, Mann.. 43).
Même mélange dans la langue la plus banale. Voici un passage de catalogue (1920) : La mode enfantine suit généralement de très près celle des mamans, des grandes sœurs. La ligne des robes de fillettes est. cette saison, étroite et fine, la taille basse, les corsages longs, les jupes très souvent plissées. Hlles sont
ornées de broderies, de gtdons en opposition avec la teinte du tissu. Par exemple : robe de serge marine garnie de galons cirés disposés en grecques : cerise, outremer ou Véronèse. Ou encore, robe en serge beige à corsage entièrement recouvert d'une broderie genre soutache bleu corbeau, la jupe unie ou toute plissée. Dans le même genre, on voit la robe droite, à manches micourtes, corsage à taille très basse, s'ornant d'un ruban de faille passant en de larges boutonnières se nouant à l'encolure et aux hanches, la jupe courte. Bien entendu le ruban sera d'un ton tranchant. Les teintes favorites pour les robes sont : gris, fumée, castor, Gobelins, bordeaux, nègre, corbeau, acajou,
mordoré. Pour les nuuiteaux. les teintes sont plus claires ou plus vives, surtout pour les très petits : jade, vieux-rose, bleu roy, turquoise, vert empire, bleu canard, Champagne, rouille. En résumé, dans la mode eu/<uitinr. les tons chauds semblent (uwir la vogue. Les vêtements sont en velours de laine, en bure, mouflonne, en peau de loutre, amples et vagues, les devants plats, à cols montants ou cache-nez. garnis de piqûres, de boutons, de galons cirés, ou de fourrure. En draperie anglaise, à rayures écossaises, de ton mode, ils font
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de pratiques manteaux d'Juper. originalement ornés de plis formant cornets disposés en dehors de ehaque côté des hanches.
A LA FOIS, ENSEMBLE expriment des caractères coexistants : âme jeune et mûre à la fois.
Au contraire, quand on veuL séparer les caractères, on se sert des moyens ordinaires : d'une part, de l'autre, sous un rapport, sous d'autres rapports, etc. Ici les liirritations dont nous avons parlé jouent un rôle essentiel. On peut naturellement opposer les caractéristiques. Nous en reparlerons.
Garactérisations approximatives. — Malgré l'abondance presque sans limite des moyens, il iirrive que le sujet parlant a des hésitations. Les Garactérisations manquent de rigueur. L'approximation s'exprime alors par des adjectifs formés à laide des suffixes spéciaux dont nous avons parlé : ci, elet, et : maigrelet, pâlot, maigrillot (un peu pâle, un peu maigre, etc.). Ces adjectifs expriment en général une nuance d'attendrissement, de pitié.
Noter à part âtre : noiràÎYe, verdâtYe (qui tire sur le noir, sur le vert), violàtre ; et esque : Ce suffixe n'est pas très ancien. Il ne s'est guère développé vraiment que dans la langue moderne. Il signifie à la façon de : des voyages Châteaubrianesques, un style dantesque.
Pour les verbes, on a le suffixe oyer : Quelque chose rougeoyait dans l'herbe. Rosir peut signifier avoir une teinte rose, en même temps que devenir rose.
Outre ces procédés, qui introduisent des réserves dans les mots euxmêmes, on se sert des caractérisations ordinaires, en les faisant précéder de comme : il resta comme étourdi ; — comme impatient de ma présence ; — C'est cela... fit le prisonnier, comme se parlant à lui-même (dumas, TuL, 9) ; — Au premier moment, quand on se voit comme enveloppé dans cette monstrueuse caverne de feu... on ne peut se défendre d'un mouvement d'anxiété (v. H.. Le Rhin, Feuer ! Feuer !) ; — on la mit comme nue à la porte (michel.. Rév., III, 1()) ; — Elle glissait comme à reculons (loti, Pêch., 79).
A comme ajoutez pour aiiïsi dire, autant dire, comme qui dirait : elle est pour ainsi dire perdue d).
On emploie aussi les locations adverbiales : à la façon de. à la manière de, dans le genre de, à la : avec des allures à la d'Artagnan. Il a ])aru des livres sous le titre de : A la manière de.
Avoir l'air — Un mot a eu longtemps une faveur énorme, c'est air. On était du bel air, on avait l'air de la cour. Il en est resté l'expression avoir l'air, dont nous avons parlé à propos des verbes subjectifs. Mais on dit aussi : avoir un air, des airs de reine (des façons, des apparences).
(Il Une espèce de. — A la déiioinination, nous avons parlé d'expressions de dénomination approximative : une sorte de nain : l'homme, une espèce de Maure (v. h., L"g., Apr. la bat.) (v. p. 81). Il faut noter que espèce de n'a plus ce sens, quand il précède une caraclérisation : espèce d'insoleit. Il se rapproche alors beaucoup plus du sens de : uccompli, fieffé, et fait songer à la valeur de iijpe dans : c'étint le Itjpe de l'homme insolent.
Caractéristiques indécises. — L'incertitude entre deux caractéristiques se traduit par les formes ordinaires de l'alternative : Où. soit. Cf. : Sa femme de vingt ans plus jeune pour le moins, ni grande ni petite, ni laide ni jolie, portait ses cheveux blonds tirebouchonnés à l'anglaise, une robe à corsage plat, et un large éventail de dentelle noire {fi.\vb., Éduc. i. 155). Si on penche vers l'une, on se sert des formes de la préférence : plutôt, plus : La chauve-souris est à la fois souris et oiseau. Elle est cependant plutôt souris ; — .sa conduite était plutôt noble et généreuse (pir tendre (b. coxst.. Ad., 1).
Garactérisations résumées. — On résume des caractérisations, on renvoie à celles qui précèdent, on en annonce qui suivent. C'est tel qui sert alors d'adjectif : La douhnir d'un tel homme est la plus belle oraison funèbre (L"honinie a été dépeint); — Tel était l'état déplorable des catholiques anglais (boss., R. (T Anglet.). L'orateur vient d'exposer cet état.
L'adverbe essentiel est ainsi : Eh oui ! Les choses sont ainsi ! — Ainsi on s'embrouille, ainsi on s'entête, ainsi les hommes prévenus vont devant eux, avec une aveugle détermination (boss.. Var., 14. L.); — Ainsi mourut la fille d'Hamilcar. pour avoir touché an manteau dcTanit (flaib.. Sal.. fin). Cf. de la sorte : Je ne conçois pas de la Sorte les relations de famille (iii-.i'.v.. Cours. fL.i. 11).
CoMMK ÇA. — Cette expression, un peu populaire, est en plein dévcr loppemenl : Vous êtes prévenue, répéta Prosper en finissant, et vous saurez^ comme ça, ce ipie vous aurez à faire quand il viendra ici (zot.a. Déb.. .')] 7) (1 ).
(1) Il faut noter que, dans la langue \ulgaire, celle locution a fini par perdre son sens : Dis donc, pelile, quand on pense qu'il y a des gen.": qui racontent, comme ça, que je ne suis pas patriote! <zoLA, Déb., 513).