CHAPITRE VIII REPRÉSENTATION DE LA CARACTÉRISATION
Représentation simple. — Le proadjectif le. — Pour représenter une caractéristique, on se sert du représentant le, invariable. ISIaupas donnait déjà en exemple : Trouvez-vous ceste femme belle ? Si elle ne Vest, l'Ile le pense estre (h. l.. m, 483). Vaugelas en fit une règle. Il condamnait la dans : Êtes-vous malade, je la suis, quoiqu'il reconnût cette phrase comme très usuelle. Sa remarque, d'abord contestée, fut acceptée par l'Académie « suivant le sentiment de presque tous les grammairiens » . Chez Corneille, les exemples de l'ancien usage sont encore fréquents : Vous êtes satisfaite et je ne la suis pas (Pomp., 1576). Peu à peu on se mit à faire cette distinction, et le « proadjectif » fut invariable. Les écrivains du XIX^s.jSOus l'influence de l'enseignement, se conforment de leur mieux à la règle : Si j'étais vraiment la chrétienne que je croyais être, ci cette heure, mon fils serait l'époux de cette malheureuse enfant; je ne le suis pas (a. dumas, Id. de M'"^ Aub., iv, 4). Le est acceptable ici; il ne s'imposait pas.
Le manque souvent dans les comparatives : Vous n'êtes pas si sage que vous croyez être. Vaugelas y avait déjà trouvé à redire, et on exigea après lui le « pronom ». Mais l'usage n'est jamais devenu ferme sur ce point, au moins dans la langue parlée (h. l., m, 483).
Représentation conjonctive. — le proadjegtif que. — En ])hrase conjonctive, on se sert de que: En bon Allemand qu'il était; — La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier ; — misérable que je suis; — - je ne suis plus le sceptique que j'étais. Cette construction, discutée à l'époque classique (vaug., i. 236), s'est maintenue: Inibécile que j'étais, je ne pensais pas à cela ! (a. frange, Hist. com., 48). — Reste l'homme exquis que tu es, est une forme de parler courante ; — restel'homme exquis qu'on te connaît (laved.. Leur beau phys., 60), est à peine français.
L'adjectif ainsi représenté par que est souvent l'adjectif tel : Claire... revoyait sans cesse la figure de son mari, telle qu'elle lui était apparue pendant une seconde, les traits contractés par une mortelle angoisse (dur., Uniss., 265); — • Je reprends provisoirement ma parole jusqu'à ce que je puisse compter sur votre estime, telle que je croyais la posséder (g. sand, Elle et L., ix, 95).
Celui que.- — Nous avons mentionné celui qui en parlant des déterminés ; en réalité le sens de celui qui, celui que est, dans bien des cas, le même que celui de tel que : je me sentais... devenir... celui qu'elle croyait (bourg., Corn., 73).
Ce que. — Le neutre ce que a un rôle analogue ; reste ce que tu es. Voici une phrase où ce que est développé par la suite : Laurent s'était lié avec P aimer en faisant son portrait. Il l'avait trouvé ce qu'il était : droit, juste, généreu.r, intelligent et instruit (g. sand. Elle et L., ch. ii, 29).