‹ La pensée et la langueChapitre 4 sur 587 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

Mais il ne m'en coûte pas de dire qu'elle s'est un peu égarée, En générai, êlle s^esL.filus.attadh.éÊ i,.i'jexplicatijQiL.des:4)artic.ukjdtés. .dkpaniès , qu'à l'explication de la partie encore vivante d^ ja ^ammaire ; elle a trop ^archaiséu, en portant son effort vers les époques les moins connues, comme vers les faits les plus difficiles. Ces préférences, tout à l'honneur de ceux qui faisaient les recherches, puisqu'elles augmentaient leur labeur et leurs risques d'erreur, ont empêché 4e lien-de â!£lâhUr, comme il l'eût fallu, entre la science et la pédagogie quotidienne.

J'ajoute, et ceci est plus grave, que, tout bien considéré,4a gramuiaire historique n'est pas. celle. qui peut fournir le cadre d'un exposé exact et a:iÊLjde4a4afi-gtte-d-^jourd'hui .

-Elle explique comment notre usage est sorti, de l'usage antérieur et nous préserve ainsi d'interprétations directes erronées, comme on les donnait autrefois. Mais il faut se gardÊr de croire que hier^e confond avec aujûujp4'4wji. Un seul exemple le fera comprendre. Considérons cette simple phrase : Tejuailà ! S'il s'agit de savoir comment elle s'est formée, il est indispensable de montrer que voi est l'ancien impératif qui s'est peu à peu soudé à l'adverbe là. Mais s'il s'agit d'expliquer le sens de te voilà, ce n'est assurément pas en le traduisant par regarde toi là qu'on en viendra à bout, qu'on donnera la valeur véritable, ni qu'on déterminera le rôle de cette exclamation dans l'expression des sentiments.

Il se peut que dans l'origine celui ait été un démonstratif, mais il ne l'est plus ; que dans : Vive la France, la France ait été le sujet de vive, mais il n'apparaît plus comme tel au sujet parlant. Or, c'est là ce que l'observateur doit considérer. C'est une éimle-de suivie- les variaticffl»-ëes langues ; — je lui ai fait ici une large part — c'en est une autre, et assez différente, de les examiner telles qu'elles sont. Après -l'erreur logique d'autrefois, ne tombons pas dans l'erreur étymologique.

Quand on aura fait les révisions nécessaires, que la grammaire dogmatique, purgée de seis fautes, corrigée de ses excès, aura été ramenée à son caractère véritable \et réduite à son rôle,-qu'elle sera le témoin fidèle de l'usage, la conseillère modeste et judicieuse de ceux qui entendent parler et écrire exactement, toujours éprise de l'ordre et de la règle, mais accueillante aux créations justifiées et aux changements nécessaires, la réforme sera-t-elle faite .•' Je ne le crois pas.

L'étude des faits du langage repose, depuis l'antiquité, sur une classification générale de tous les éléments linguistiques qui peuvent composer

une phrase, et qui forment les « parties du discours ». On n'a jamais pu

se mettre d'accord sur le nombre de ces parties, ce qui prouve déjà que le

principe adopté n'est pas d'une grande solidité, ni d'une clarté indiscutable.

Mais passons. Ces parties .du discours, les unes siariahks, les autres

i^nvariables, rangées dans un ordre à peu près immuable, sont étudiées successivement dans leurs formes et dans leur rôle, c'est-à-dire qu'on passe en revue les accidents qui leur surviennent, variations en nombre, en genre, en cas, en personnes, etc., et ensuite qu'on examine leur fonction dans les combinaisons qui forment les phrases. Quelques auteurs ont réuni ces deux parties : morphologie et syntaxe. Le plus souvent elles sont traitées séparément^JTout le monde a présente à l'esprit la disposition intérieure des chapitres ordinaires : de l'Article, du Nom, etc. Inutile de la rappeler en détail.

.^Je ne veux pas discuter si ce plan, imaginé pour la langue grecque, lui convenait de tous points. Il serait facile de montrer que non. En tous cas, appliqué à une langue analytique^omme la nôtre ,JI-a-perd-u> ou à peu près, Xoiiie^-sa valeur, et jie constitue plus qu'un archaïsme, dont il est surprenant que la grammaire historique se soit accommodée jusqu'ici. Des orientalistes m'ont déclaré — après Spinoza — qu'appliqué aux langues d'autres familles, il est souvent une gêne pour leurs études ; il paralyse les nôtres, comme je vais essayer de le montrer.

Dans une géométrie, quand on étudie les triangles, le chapitre forme un tout qui n'empiète sur aucun autre et sur lequel rien n'empiète. L'étude peut être plus ou moins complète, elle n'excède pas la matière, et la matière ne la dépasse point. Il y a concordance entre le.si4£t et l'exposé qui en traite, lequel reste cohérent et limité;

En grammaire usuelle, il n'en est pas, il ne peut pas en être ainsi. Jamais par exemple un mode français ne suffit à exprimer la modaUté à laquelle il est censé correspondre. Jamais non plus il ne se borne à elle. Ainsi le conditionnel est en pleine vie. Mais il n'exprime pas les conditions : pourvu quelle serait là est barbare. Il exprime d'autre part tout

■AU tre£hose^ que des conditions ou même que des éventualités conditionnées : Pourriez-vous me donner un peu de feu ? Au cas où vous seriez fatigué, retirez-vous. Si donc j'institue uneitude du conditionnel, il me faut le suivre bien loin -hors des conditions, d'autre part toute une série d'exprès- . sions des conditions reste en dehors du chapitre. Ce double vice est si grave qu'il rend absolument impossible, suivant moi, toute rénovation

' véritable de la grammaire sur l'ancien plan.

Donnons quelques exemples. Je prends les premiers au chapitre des Modes. Si la syntaxe de l'infinitif est traitée comme elle doit l'être, on y

Page 1