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CHAPITRE IV CON JONCTIONNELLES ET CONJONCTIONS

Nous avons déjà parlé sommairement des conjonctions. Le langage réunit des mots, des groupes de mots, des propositions, par des outils de liaison qu'on appelle des conjonctions: Je pense, donc je suis. Les phrases se joignent les unes aux autres ; des systèmes se constituent. Une même conjonction peut servir à ces divers rôles. Mais unit deux mots, deux compléments ou deux phrases: sévère mais l'iiste ; — Deux iiards couvriraient fort bien toutes mes terres. Mais tout le grand ciel bleu n'emplirait pas mon cœur (v. h.. Lég.. Aym.).

Conjonctions de coordination et de s vib ordination. — On classe ordinairement les conjonctions en deux catégories, suivant le rôle syntaxique des éléments qu'elles rejoigncnL Elles sont ou COOrdinatives (si elles servent à la coordination) ou subordinatives (si elles servent à la subordination). En gros, cette distinction est jusle. Mais ne précède jamais une proposition subordonnée (1) ; si de supposition ne précède jamais une proposition coordonnée.

Seulement il ne faut pas la faire Irop rigoureuse. Nous avons montré dans les Généralités (p. 27) qu'il y a des propositions qu'on peut à volonté considérer comme des coordonnées ou comme des subordonnées.

Conjonctions et adverbes. — Les partisans les plus acharnés des distinctions entre parties du discours ont du se résigner à admettre qu'il n'y a souvent que des distinctions arbitraires entre adverbes et conjonctions. Si un certain nombre de mots font exclusivement office de conjonctions (])ar ex. : et, ni, ou, parce que, afin que), cependant, au reste, en effet, aussi, toujours jouent à la fois les deux rôles.

Origine des Conjonctions. — Conjonctions héréditaires. — In petit nombre de conjonctions sont héréditaires : si (2). quand (3), comme.

Que CONJONCTION UNivKusELLK. — La coujonction héréditaire essentielle est çue, à laquelle, dès les origines de la langue, appartiennent les rôles les plus variés, comme à celle qui représentait à la fois des formes latines

(1) En a. f., il existait un mais que -= poitrim que.

(2) Si a eu jusqu'au XVI' s. la forme se.

(3) Quand est aujourd'hui artiCuiolUment séparé par l'orthographe de quant (à). C'est artifice d'écriture, les deux se prononcent de même : Quant i7 viendra.

COKJOXCTIOXN ELLES ET COSJOXCriONS 703

fort différentes, conjonctionnelles, adverbiales ou conjonctives (quod, qiiid, quam, quia): Plus curl à piet que ne fait uns chevals {Roi., 890) ; — Quant Rollanz veit que bataille serai (Ib., 1110) ; — // est jugiet que nus les ocirum (Ib., 884); — El camp estez, que (afin que) ne seium vencut {Ib., 1046) ; — Caries se dort, qu'il (de telle façon que) ne s'esveillet mie {Ib., 724) ; — • cum fus si os Que me saisis ? {au point que) (76.. 2292) ; — Il flst que pruz qu'il (en ce qu'il) nus laissât as porz {Ib., 1209) ; — El cors li met sun bon espiet irenchant. Que mort l'abat de sun cheval curant {de telle façon que) {Ib., 1301).

Au XVIIe s., on rencontre. dans des textes populaires, des emplois de que très hardis :une cadrature... qui nous represante la paix, précieux gaige que le roy nous a donné, que nous ne pouvons plus dire que nostre bonne fortune soit chancellcmte {Feu roy., 1618. v. h. l., vi,18).Et parmi ces textes il faut ranger les comédies de Molière : Je ne sais qui me tient, maudite, que je ne vous fende la tête (mol.. B. G., iv, 2) ; — allez vite, qu'il ne nous voye ensemble (iD., Pourc, III, 1) ; — Et la raison bien souvent les pardonne. Que l'honneur et l'amour ne les pardonnent pas (id.. Amph., 1825) ; — ■ Comment voudriezvous qu'ils traînassent un carrosse, qu'ils ne peuvent pas se traîner euxmêmes ? (iD., Av.. III. 1 ) ; — Je vous prie... de ne vous point en aller, qu'on ne m'ait apporté mon h(dul (id.. B. G., î, 2) ; — où est-elle, que je ne la vois point ? (id., Ib., III. 5).

Aujourd'hui encore, r/uf remplace les autres conjonctions dans les sens les plus divers : approchez que je vous parle (afin que) ; — je parlais qu'il n'avait pas encore fini (alors que) ; — il y a trois jours que je n'ai pas vu votre ami i epuis que) ; — // était beau que cela faisait plaisir (au point que) ; — il ne touche pas ci un objet, qu'on ne reconnaisse immédiatement sa main (sans que) ; — on m'a prié de ne pas quitter cette affaire que je ne l'aie éclaircie (tant que je) ; — décréter des chutes de dynastie, trcmsflgurer l'Europe au pas de charge, qu'on sente, quand vous menacez, que vous mettez la main sur le pommeau de l'épée de Dieu (v. h., Mis., Marins, iv, v; de façon que).

D'analogie en analogie, que finit par s'introduire même là où il n'y a pas un besoin rigoureux de ligature. Comparez : il le dirait, je ne le croirais pas à: il le dirait que je ne le croirais pas (1).

Dans la langue populaire, des incises précédées de que remplacent la forme à inversion : Ils veulent nous manger, que je me suis dit (balzac, Et. phil., 278, El Verduz.) ; — Mais, que vous me dites, il ne faudra pas que vous soyez fait comme un gueux (e. sue, Myst., i. 131) ; — • Oui, commandant, qu'a dit l'autre (id., Ibid., 167) (2).

Que s'intercale entre l'interrogatif et la proposition interrogative : Mais pourquoi qu'il n'a pas rendu l'argent ? (e. souv., Clair., 32) ; — Et combien que vous avez vendu leur fonds ? (e. sue, Myst., i, 15) ; — Mais d'où donc que tu sors ? (id.. Ib., 40).

(1) El je vous pronieltroit: mille fois le contraire. Que je ne serois pas en pouvoir de le faire (mol.. Mis., 453).

(2) Voir à VObjel (p. 345). Le peuple ditindifTéremment : qu'a dit Vautre ou que l'autre a dit.

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