CHAPITRE V USAGE DES CONJONCTIONS
Suppression de la conjonction. — Que pouvait manquer tout à fait en a. t. : il est toujours nécessaire en français moderne.
Reprise de la conjonction. — Dès le XII^ s., on répétait souvent la conjonction devant cliacune des propositions subordonnées unies par et ou ni: Tant ju iluec à la fenestre. Qu'il an vit la dame râler, Et que l'an ot jet avaler {Yvain. 1516) ; — Ains qu'il entrast en Franche ne qu'zï veist Orliens (AioL 4837).
Mais, au XVIe s. encore, cet usage n'était pas constant. Au XVIIe s., au contraire, la répétition parut nécessaire. Vaugelas a posé là-dessus des règles précises. Corneille a été blâmé d'écrire : que je meure s'il s'achève et ne s'achève pas. Cet e/,dit l'Académie, conjoint ce qu'il doit séparer, il fallait: et s'il ne s'achève pas.
On doit naturellement considérer d'une part le rapport des deux idées, de l'autre la nature de la ligature, ainsi que pour la répétition des prépositions. Même avec un et, il n'est possible de se contenter d'une seule conjonction, que si les deux idées sont étroitement unies par le sens, comme dans : Mais encore que les riches marchent à leur a/.se, et semblent n'avoir rien qui leur pèse (boss., Éniin. diq. des pauv.. 2^ p.).
Que représentant de conjonctions. — Le très a. I. ne counaîl guère ce remplacement. On dit : Quiuxt li jorz passct et il jut anoitiet (AL, XI, 51). Quant n'est ni répété ni remplacé. II est probable qu'on a pris d'abord l'habitude de réjiéter le que qui entrait dans les locutions telles que : puis que, par ce que, etc. Ceci se rencontre dès le Xlle s. En m. f., l'usage de remplacer les autres conjonctions par un que se généralisa. Aujourd'hui, au lieu de répéter bien que, quoique, quand on n'a pas intérêt à le faire pour des effets de style, on répète seulement le que contenu dans la locution conjonctive : Je préjèrerais la tuile, parce qu'elle a l'air plus propre et plus gai que le chaume, qu'on ne couvre pas autrement les maisons dans mon pays, et que cela me rappellerait un peu l'heureux temps de ma jeunesse (rouss.. Emile. 1. iv) ; — Et se tournant vers le second, le juge lui dit : Parce que tu n'as point été seulement juste, et que la charité pénétra ton cœur ; parce que ta main s'ouvrit pour répandre sur tes jrères moins heureux les biens dont tu étais dépositaire, et qu'elle essuya les larmes de ceux qui pleuraient... (Lamennais. Liv. du peuple, x).