CHAPITRE VII L'EXPRESSION DES MODALITÉS ET DES RELATIONS
L'expression des modalités est, dans les systèmes comme dans les phrases, réalisée par des moyens divers. La langue offre de nombreuses surprises à l'observateur. Parmi elles, citons l'impossibilité de construire si conditionnel avec un conditionnel : si cela était vrai, et non : ,s/ cela serait vrai. Il y a une servitude grammaticale qui fait obstacle.
Ailleurs le mécanisme grammatical trouble l'expression modale: si vous acceptez l'invitation, et que vous puissiez vous trouver lundi à La Chesnaie, nous en serions bien heureu.v. Le remplacement d'un si par que a amené un subjonctif, que le sens ne justifie en aucune manière.
Modalités et relations. — La relation est donc une chose, la modalité une autre. Les deux se trouvent souvent exprimées. Mais il arrive que la liberté dans la coloration modale se trouve contrariée par la nécessité d'exprimer la relation. Des traditions ou des règles font obstacle à l'emploi de la forme linguistique que la pensée exigerait. Nous avons parlé de la proposition-objet : je ne doute pas qu'il vienne, où le sens appellerait l'indicatif. Ce mécanisme grammatical obstrue aussi la pensée dans divers systèmes. Soit le groupe : cette ampoule électrique est vieille, mais elle éclaire encore bien. J'en fais un système subordonné à l'aide de quoique. Le subjonctif est nécessaire ai)rès quoique. Donc : Quoiqu'e//e soit vieille, elle éclaire encore bien. De même : cette propriété. quoiqu%'//<^ soit modeste, me suffît.
Mais admettons que je veuille dans un des termes exprimer l'éventuel : Cette propriété serait un peu petite pour nous, j'en suis cependant amateur. Réduisons-la à son tour en système subordinatif. Où prendre une forme de subjonctif qui exprime l'éventuel dans l'avenir ? A l'époque classique, on eût dit : Quoiqu'elle fût un peu petite pour nous, j'en suis cependcmt amateur. Ce subjonctif imparfait se meurt, et il n'est pas certain qu'il fût compris de l'agent chargé de la vente.
Or l'exemple n'est pas imaginé à plaisir. Voici deux vers de Racine qui en présentent un lout pareil, et qui longtemps ont été incompris des commentateurs : Abner. quoiqu'on se pût assurer sur sa foi. Ne sait pas même encor si nous avons un roi (Ath., 201) (1). Le sens est clair : on ])ourrait
(1) On ne parvenait pas à comprendre une correspondance de temps, qui, en effet, n'existe pas. Cf. Bien qu'il fût facile à chacun de nos François de traiter cette matière, si êl-ce que le discours n'en doit point être méprisé (godard, L. fr., 129).