EXCL USIONS. SÉPA RA TIONS
Nous avons parlé déjà des laits isolés et indépendants, et de l'emploi de mots tels que seul, seulement (1). Pour exclure l'idée de rattacher une chose énoncée à une autre, on se sert surtout de sans, sans que : Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler (corn., Hor., 478) ; — deux ou trois mois s'étaient écoulés depuis la complète guérison de la petite Jeanne, sans que le comte de Vaudricourteût manifesté... le désir d'aller se refaire à Paris (feuill.. Morte. 199) ; — Au même instant, et sans qu'ils eussent besoin de la parole pour s'en faire part, le même sentiment s'empara d'eux (dir.. Uniss.. 210 ) : — Sans entendre les dernières phrases de la baronne.... Phalippou s'était emparé du papier (f.\b., Ai*"'' Fust., 166).
La phrase exprime souvent que l'on pouvait s'attendre à ce que le second fait se produisît : elle gaspillait à mesure, sans que jamais Charles se permît la moindre observation (fl.\ub.. Bov.. 208).
Les choix : Ou. — On choisit entre des mots : sergent de ville ou agent de police. On choisit entre des êtres, des choses : je prendrai le pont des Arts OU le Pont-Royal. Dans les deux cas, on se sert de ou. Le même ou sert quand il s'agit d'actions : Toujours il ruse ou dissimule ; — ■ je ne sais s'il faut que je parte OU que je reste : ■ — Que vouliez-vous qu'il fit contre trois? ■ — Qu'il mourût. Ou qu'un beau désespoir alors le secourût (corn., Hor.. 1021).
Les alternatives. — Dans certains cas, l'alternative est nette. Il y a dilemme : Y ivre en travaillant OU mourir en combattant ; — se soumettre OU se démettre. Quand on dit : j'y arriverai par la persuasion OU par la force, on oppose fortement les deux termes. Mais, enbien des cas, l'opposition n'existe
(1) V. TOBLER, Verm., Beitr., m, 94.
pas ou ne se marque pas. il y a simplement alternative. En ce cas, s'il y a un veii)e, au singulier, alors que les deux termes joints par ou sont ses sujets, cesl qu'un des termes exclut l'autre : Un bon bataillon de chasseurs OU un bataillon d'infanterie de marine suffira ; — la mère OU le père doit signer le papier : — une revue d'histoire OU un magazine vous prendra cet article. La syntaxe, officiellement au moins, se règle sur le sens (1).
Ailleurs l'idée est que les deux termes ne s'excluent pas ; l'un et l'autre peuvent faire l'action. Il y a disjonction, mais non exclusion. On dira : Un adverbe OU un adjectif peuvent cgedement se joindre ci certains verbes, ainsi: parler fermement, parler ferme.
Propositions d'alternative. — Soit a eu autrefois des formes variables, (a' n'élail < u'un sul)jonctif d'hypothèse. Aujourd'hui, c'est une locution figte : vous pouvez venir l'une ou Vendre, SOit vous, soit votre sœur : — soit faiblesse. SOit raisoi}. il a accepté. D'où .Hoit que : Soit qu'/7 élève les trônes, soit qu'/7 les abaisse. Nous aurons à en reparler.
Autrefois soit et ou se succédaient souvent : Soit caprice ou raison, j'ai toujours la croi/ance (mol.. D. Gar., 267); — SOit qu'on dise vrai, ou que ses malheurs aient fait croire cela de lui (h \c.. Brit.. '2^ i)réf.). (^.ette consf ructioii est excellente (2).
(1 ) \()ir lixir \ ii, cli. xiii.
(2) Ou soil se rciiconiro a^s<>z souvciil cii m. f. Il a ('to coikUiihih- coninio pléonastique.