LA PHRASE COMPARATIVE
Ne pas ET non pas. — Le sentiment que nous venons d'applic[uer devint même si fort, à un moment donné, que ne affaibli fut remplacé i)ar ne pas (H. L.. II. 172 ; III. 623). On disait, comme on le fait encore en l)caucoup d'endroits, particulièrement à Lyon : J'ai plus d'argent qu'il n'en a pas. Vaugelas, qui devait faire cette faute en arrivant à Paris, recommande de se garder de cet usage, dont on trouve trace cliez tous les écrivains du XV Ile s.: Un étranger que je ne pourrais aimer, quand il serait encore plus riche qu'il n'est pas (scarr.. Ram. Com.. ch. xiv) ; — ;7 faut avoir l'esprit plus libre que je ne l'ai pas (rac. Lett.. xxxiv ; h. l.. m. 619).
Cette tendance sétait accentuée aussi dans les compléments sans verbe, si bien qu'on trouve non pas employé presque régulièrement au XYL' s., dans le complément d'un comparatif d'inégalité : Luy rendait plus de fruict que non pas une grande quantité de celles de ses voisins (paliss., 16) ; — mes jours Devraient plustost finir, que non pas son discours (rkg-s .. Scd.. viii). Au XYIIe s.. Oudin dit à ce propos : En une comparaison, lorsque la dernière partie se termine par un infinitif, il y faut mettre non pas : il ainjr mieu.v n'avoir rien, que non pas avoir du bien mal acquis... Quand il n'y a pas de verbe, la négation est indifïérente : Les tromperies se connaissent mieu.v par les evenemens, que par les apparences, ou que non pas par les apparences : et le premier est tousjours meilleur (Gr.. 291). Les exemples sont communs: J'aurais bien plus peur de me tromper et de trouver que la religion Chrestienne soit vraye que non pas de me tromper en la croyant vraye (pasc. Pens.. ii, 64, Molin.) ; — l'espérance est bien plus capable de retenir les hommes dans le devoir que non pas la reconnaissance (rac. Not. hist.. v. 89); — • Ils jugent plus sûr que Dieu approuve ceu.v qu'il remplit dans son Esprit, que non pas qu'il faille observer la Loi (pasc, Pens., xxiv. 14) ; — Quand il a fallu qu'il (Dieu) ait paru (dans l'incarnation) // s'est encore plus caché en se couvrant de l'humanité ;il était bien plus recannaissable quand il était invisible, que non pas quand il s'est rendu visible (pasc. Lett. à Mlle de Racmnez. 2. L.).
Il n'est pas besoin de marquer à quoi servait ce non pas. Il jouait un double rôle ; d'abord il empêchait deux que de se rencontrer, ce qui eût entraîné l'élimination de l'un d'eux ; d'autre part il niait le deuxième terme, exactement comme le ne dont il a été question.
4'outefois certaines des phrases ainsi construites étaient bien gauches : vous allez juger, s'il ne faut pas plutôt dire, qu'il a mal copié Cicéron.que non pas qu'il a un peu trop voulu le copier (s* ré al. De la Crif.. 98-9).
Tendance inverse. — suppression de ne. — • Si nous disons encore à peu près régulièrement : // gagne plus d'argent qu'il n'en gagnait autrefois. il faut reconnaître qu'il y a eu beaucoup de flottement dans l'usage, et que ne manque souvent. Il y a des exemples depuis l'a. f. et il y en a en abondance à l'âge classique.
A) la proposition principale est négative :
Ils n'eurent non plus de nouvelles les uns des autres qu'ils en avoient eu
734 RELATIONS XOX LOGIQUES
le jour précédent (malh., i. 404) : — Je ne trouvai... guère plus de reconnaissance de son côté... que j'en venois de trouver dans la Reine (la kochef., II, 90) ; — les habits d'or et d'argent ne couvriraient pas mieu.v mon corps, que fait un habit de laine {Evremoniana, 261) (1).