CHAPITRE VII MODALITÉS DANS LES COMPARAISONS
A) 10 On compare une réalité à une réalilé, assurée ou imaginaire. II \a parlout affirmation : Miclz en valt l'ors que ne funt cinc ccnz livres (Roi.. 516) ; — Comme un usurier met son or sur une table, Le Meurtre sur les morts jette les morts, et rit (y. h.. Lég., P. Roi de Gai.). Le mode employé est l'indicatif (1).
2° On compare une réalilé certaine à une possibilité. Le second membre est au sulîjonctif i)otentiel. C'est à ces propositions comparatives qu'il faut rapporter les anciennes formules : tant come je tienge (= autant que je puisse tenir ; Alise., G, 290) ; — Ains nws ne te vi. que je sache (chrest., Er., 1005). Chez les classiques, le tour était encore fréquent après aussi que, autant que : Clarice est belle et sage Autant que dans Paris il en soit de son âge (corn., Ment., 577-578) ; — - il est aussi beau, aussi bien fait et aussi riehe qu'on le puisse être (bours.. Lett., i. 168-160). Cf. en f. m. : cnitant que je sache et que je sache.
30 La seconde idée est présentée comme douteuse : le verbe était autrefois au subjonctif : on les sent plustost qu'onne les voie (pasc, Pens., éd. Afoliu.. II. 145). Ce tour est complètement abandonné.
B) 10 On compare une réalité à une éventualité. L'a. f. mettait l'imparfait du sut)jonctif au second terme : Plus ain:et il traisun e n^urdrie. Qu'il ne fesist Irestut l'or de Gcdiee (Roi.. 1636). Le sens est : qu'il ne ferait tout l'or de Galice; — Micuiz est assez qu'ele li mante. Que ses sire fust dépeciez (CHREST., Er.. 3420).
Le français moderne emploie le conditionnel : c'est une évaltonée. comme dirait ma tante : — // marchait comme un homme qui aurait bu : — L'énorme charpente... tourna plusieurs fois sur elle-même comme une aile de moulin qui s'en irait toute seule ci travers l'espace (v. h.. A'. D., 11. 210) ; — Schmucke... regardait toutes les petites bêtises de son cuni, comme un poisson qui aurait reçu un billet d'invitcdion regarderait une exposition de fleurs au Luxembourg (balz.. Cousin Pons, 25) ; — (La maison) se trouvait scellée au flanc même de la ccdhédrale. entre deux contreforts, comme une verrue qui aurait poussé entre les deux doigts de pied d'un colosse (zola. Rêve. 1).
Le subjonctif en fonction de conditionnel n'est bien entendu pas exclu :
(1) En a. f., le subjonctif était fréquent : Par quoi en sara mieus de moi Parler encor que on ne face (i R(jiss., Méliador, (i09*i) ; — Vous m'offres plus qre je ne vaille (id., Ib., 287).
Pourquoi donc étiez-vôus, comme eût été Dieu même, si terrible et si grcmd ? (V. II., R.-Blas, III, 3).
Après si. — Si ne coin portant pas le conditionnel, la langue le fait suivre :
a) d"uii su]:)jonctif plus-ciue-parfait, si le temps et la modalité le demandent : plus triste que si elle eût épousé n'importe quel autre (bourg., Corn., 37); — un homme en spencer, en 1844, c'est, voyez-vous, comme si Napoléon eût daigné ressusciter pour deux heures (balz., Cousin Pons, 6) ; — des ombres peu à peu s'évanouissaient comme si elles eussent passé à travers les nmrs (flaub., P. chois.. 183, Sal.).
b) Autrement, on emploie l'imparfait et le plus-ciue-parfait de l'indicatif: La pauvre femme pleurait comme si l'on emportait sa vie (champfl., Cont., 332) ; — elle avait les yeux un peu rouges, comme si les nuits précédentes elle avait beaucoup veillé (from., Domin.. 211) ; — La vie d'Henri d'Aigrizelles était suivie jour pour jour avec autant d'exactitude que s'il avait consigné chaque soir ses fredaines... dans un mémento (champfl., Cont., 126) ; — // vous cause du ciel et de Venjer. de l'avenir et de la Providence, ni plus ni moins que s'il était conseiller privé du Père Éternel (mtss., Dup. et Cot., 2e lel.).
C'est conune si est une locution toute faite: C'était comme si le fantôme de l'ctssassiné fût sorti de son tombeau (bourg.. Corn., 126). Comme le tour sert souvent à comparer le travail c[u'on fait à des efforts inutiles, il équivaut à dire ([u'on aboutira à rien : c'est comme si vous chantiez.