CHAPITRE IX COMPA RA ISONS GÉNÉRA USÉES
Le superlatif relatif. — Il arrive souvent qu'au lieu de comparer à iiu ou à plusieurs, on compare à la totalité des êtres ou des objets de l'espèce (1). Ce comparatif généralisé s'appelle ordinairement superlatif relatif.
En a. f. on disait, avec l'adjectif simple : sur toz reis curiinez (Pet.. 158). On ])ourrait comparer le tour moderne entre tous : vous êtes bénie entre toutes les femmes; — Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous (v. n.. Lég., .\|)rés la Bat. ; cf. par dessus tous). Mais le sens n'est pas très net.
La forme la plus ordinaire est faite du comparatif, à l'aide de l'article : le plus respecté des hommes ; — c'est Vîwmme le plus respecté qu'il ij ait.
Otte forme est une création française. En latin, maxinius signifiait à la lois très grand et le plus grand.
L'article dans le superlatif relatif. — La langue a mis longtemps à la fixer. Anciennement ce n'est qu'un comparatif avec plus, comme les autres. INIais Malherbe a posé la règle. Il faut dire non pas : le cœur plus dévot, mais : le cœur le plus dévot. Sa règle fut sanctionnée par Vaugelas (H. L., III, 434-5). Elle entra peu à peu dans l'usage général. Corneille corrigea : Ainsi détruit le temps les choses plus solides (Suit, du Ment., 970).
Le VARIABLE ou INVARIABLE. — Uiic fois ccci acquis, restait à séparer adverbes et adjectifs : Une nymphe qui était la plus près d'elle, ou le plus près d'elle. Des règles intervinrent au XYIIl^ s.
L'article du superlatif relatif est invariable, si la locution a un caractère adverbial : Les gens qui ont le plus souffert ne sont pas ceu.r qui se plaignent le plus ; — c'est là que la rivière coule le plus vite.
Quand il s'agit d'adjectifs, deux cas se présentent : A) On compare un être ou une chose aux autres : Le Rhône est le plus impétueux de nos fleuves ; — cette tête est la plUS élevée de la chaîne des Vosges. Il y a accord.
B) On compare dans une même personne, une même chose, le degré atteint à tous les degrés que la qualité a pu, peut ou pourra atteindre :
(1) On a pu voir dans le chapUre consacré aux hauts degrés des expressions qui sonl l■elaU^es. Uappelons aussi une expression détournée : El c'est une folie à nulle autre seconde De uouloir ne mêler de coniijer le monde (moi... Mis.. 157).
742 liEf.ATIOXS NOX LOGIQUES
C'est le 16 que Jeanne a été le plUS enflée : — // est difficile de savoir oii le-; Allemands se sont montrés le plus barbares. Le reste invariable (1 ).
Complément du superlatif. — Le complément du superlatif relatif est introduit par de, entre : le système le plus perfectionné de tous ; — le meilleur d'entre vous. Ce sont là, en somme, des compléments partitifs.
Modalités dans le complément des superlatifs relatifs. — Par tradition, l'a. f. employait le subjonctif derrière le seul suivi d"une proposition conjonctive. De même en langue classique et moderne : le seul conseil que j'aie à vous donner, c'est de rentrer bien vite (did., Xev. de Ram., 77) ; — j'entrai chez un pai/s(Ui dont la maison n'cwait pas belle apparence, mais c'était la seule que je visse aux environs (nouss., Conf.. liv. iv) ; -- Zaire est la première pièce de théâtre dans lacpielle j'aie osé nr abandonner éi toute la stnsibililé de nmn cœur ; c'est la seule tragédie tendre que j'aie faite... Vous trouverez vingt comédiens qui plairont dans le rôle cV Andronic et d' Ilip; olijle. et à peine un seul qui réussisse dans ceux de Cinna et d' Horace (voi.i .. A M. de la l'.oqiic. 17:^2) ; — je perds le seul être qui me restât .s(/7' /(/ terre (muss., (lonj.. 4'' p.. cîi. IV) ; — Hé ! nui foi. oui ! j'aime mon métier. (Tist le seul qui convienne à un gentilhonune ruiné (atc, Gend. de M. Pair., i, 2). \'oiti des phi'ascs où o!i retrouve le sens exi)rimé \)i\Y seul : Mais apprenez. Que je garde atix (u-dcurs. aux soins qu'il me fait voir. Tout le ressentimml qu'une âme puisse avoir (mol.. Don Gare. 1027); — il n'y a que moi qui n'aie point /'/ joie de voir une fille si parfaitement aimée (sÉv., Lett.. cccxxxv); — il n'y a. qu'à la représentation qu'on s'aperçoive d'un défaut (Mi"iuiKu. Vie Boh., 57).
Les superlatifs relatifs ont suivi l'analogie. Maupas, dès 1607, considérait le subjonctif comme de règle. «Le verbe, disait-il, doit être de mode optative ou conjonclixe. pour b' mieux : l'n tel est le plus sçavant Iwmnu' que je cognois.se . (u. i... m. Ô71); — Les plus parfaites beautez qui y soient ne sr peuvent non i)lus comparer à la sienne que le bronze et l'ebene à l'or et et l'gvoirr (von.. Ij-tt.. xxxiii): - je la trouve... une des plus grandes folies qui soit parmi les liomnus (moi... Mal. Hnag.. m. '.i) ; — capable des plus hauts desseins où cette princesse puisse s'élever (boss., Henr. d' Angl.).
11 en est de même avec des adjectifs dont la valeur peut être comparée à celle de siij)erlaiifs : premier, dernier : C'est la première idée qui lui SOit venue (cirel, .Xoiuk Id.. i, 1) ; — Vous êtes le premier qui me tranquillisiez vraiment (mikh.. Foi;., m, 2) ; — La dernière parole (pi"û ait pu /;î'' dire a été celle-ci (a. cap.. Ange, i, 6).
Toutefois les exemples d'indicatifs sont constants à tous les âges de la langue (n. i-.. i. 172) : ('/),''/... des plus entenduz r//;r /V congneu/fm?a/.s- (com;\i..
(1) l.e principe csl le mcnie que quand il s'agit de représentaUon. 11 y a iiulividiiation, on acconlf ; il est ((uestion d'un degré d'adjectif, on n'accorde pas. Nous avons fait la crilique de
ce! le cumciilion. p. (iT.'i.