CHAPITRE XI LES ASPECTS
L'aspect de durée dans le passé. — Un des cas les plus communs de coïncidence dans le passé est naturellement celui où une action-ligne en embrasse une autre (point ou ligne), qui se place au cours du développement de la première : L'ordre semblait régner. Tout à coup une révolution éclata.
L'imparfait convient d'autant mieux à cet emploi, qu'il est dans sa nature d'exprimer l'aspect de durée. Il n'est pas besoin que des mots quelconques tels que durant, pendant ce temps, etc.. lui soient adjoints : Il neigeait. Il neigeait toujours... l'Empereur revenait lentement...
Voici des exemples avec des actions-lignes illimitées : Depuis qu'elle occupait lachambre, Angélique avait passé là bien des heures (zola, Bêve, 79) ; — Pendant que le paysan songeait, ruminait la chose, les villes ne songèrent pas, elles agirent avec vigueur (michel., Rév., ii, 24, r.).
L'aspect de répétition. — A la durée se rattache, ainsi que nous l'avons vu, la répétition : Chaque nuit, son imagination délirante lui représentait... (v. H., A'. D., II, 169) ; — On le visait sans cesse, on le manquait toujours... Il se couchait, puis se redressait, s'effaçait dcms un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouQhes, vidait les gibernes et remplissait son panier (v. h.. Mis., J. Valj.. xv).
L'habitude se marque comme la répétition : Dès qu'on lui permettait de jouer, elle prenait l'in-quarto... elle le feuilletait lentement (zola. Rêve, 28) ; — Tous les malins, au petit jour, nous étions sur pied... on sautait du lit... on descendait à tâtons le petit escalier, nous prenions un verre de kirsch (a. daud.,[A/socp, Als.); — Pour faciliter ses digestions, il avait pris l'habitude de dicter au lieu d'écrire, et comme Charlotte avait une belle écriture anglaise, c'est elle qui lui servait de secrétaire. Tous les soirs... il dictait pendant une heure en se promenant de long en large. Dans la vieille maison endormie, on entendait résonner ses pas... et une voix douce, aimable... qui semblait donner les répons à ce pontife officiant... (a. daud., Jack, 472).
L'indication de fréquence, de régularité peut être absente : Oui, si j'ai gardé la manie, chaque soir, de déplier cette feuille, c'est qu'il m'en faisait la lecture à pareille heure, quand nous étions deux (herv., Cours, p., I, 1).
•778 LES RELATIOXS CHROXOLOGIQVES
Les mœurs, l'aspect, la nature physique et morale, sont comme les habitudes d'un être. S'il s'agit du passé, on les présente à l'imparfait : Il était, quoique riche, à la justice enclin (v. h., Lég., Booz).
Et on rejoint par là l'imparfait de description : 11 était, dit le duc de Nivernais, de la taille la plus haute et la mieux proportionnée. Il semblait que la nature eût voulu assortir ses formes et ses traits à ses mœurs et à ses occupations. Sa figure avait un caractère antique (s'e beuve. Lundis. VII, 191).
Voici l'aspect matériel : Assez beau garçon... ganté de clair, ses cheveu.v prétentieusement rejetés en arrière, comme pour agrandir un front interminable, il avait le regard distrait, dédaigneux : et sa forte moustache blonde, très cosmétiquée, sa face large et pâle lui donnaient l'air d'un mousquetaire malade (a. d.\udet, Jack. 4À).
De même pour l'aspect moral, le caractère : la bonté de cet homme avait quelque chose de divin. H lie se lisait dans son regard d'eiifant... Il ne croyait pas au mal et appliquait la njême illusion indulgente à tout ce qui vivait... C'est ainsi que pour ne pas fatiguer son cheval. ..dès </»'il rencontrait une côte à monter... il descendait du cabriolet (m., Ib., 249).
L'aspect de progression. — On le marque par l'imparf;iit de la périphrase spéciale : L'impôt allait pesant sur une terre toujours plus pauvre (MICHEL., Rév., I, 283).
Mais on emploie souvent un simple imparfait accompagné des ioculions : de moins efi moins, de plus en plus : A mesure que le pouvoir se sécularisait et passait en des mains incrédules, le peuple juif vivait de moins en moins pour la terre (ren., Jés., i) ; — les habitants de Parva domus s'occupaient de moins en moins de leur enfant (a. daid.. Jack. 255).
L'aspect d'accomplissement. — Il s'exi)rinie au ])]us-que-parfait, ou à l'imparfait passif: // avait vécu : (il) lui rendit des services, sans pouvoir l'arracher à une mort dont l'arrêt, à l'époque où nous sonjmes arrivés, était déjà comme écrit (ren., Jés., xiii).
Vue générale sur l'imparfait. — Comme on vient de le voir, l'imparfait, quoique temps de relation, s'emploie d'actions isolées!; temps de durée, il s'emploie aussi d'actions instantanées ; temps d'habitude, il s'emploie d'actions isolées. De sorte qu'il est partout. On sera du restemoins surprisde l'abondance des imparfaits dans notre langue actuelle. si on se rappellequ'il est un présent dans le passé, et cjue le présent n'a ])as moins d'emplois lorsqu'il s'agit des actions qui se rapportent au moment de la parole. Lui aussi signifie à la fois des actions isolées et des actions en groupes, des choses qui durent et des choses brèves, des actions qui se répètent et d'autres qui n'ont lieu qu'une fois. Nos romanciers, se transportant à l'époque du