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CHAPITRE III L'ATTRACTION DES FORMES

Malgré le principe général qui a été posé plus haut, et d'après lequel l'emploi des temps ne se règle que sur le sens, il est incontestable qu'il se crée, dans certains cas, une conformité entre l'action principale et la subordonnée. Celle-ci tend à se placer dans la portion de la durée où est l'autre. Ainsi : je savais bien que Nancy était une ville élégante. Celui qui parle de la sorte n'a nullement la pensée que Nancy n'a plus ce caractère. Mais, par un phénomène de langage, dans lequel entre pour beaucoup le rapport purement phonétique des désinences, il emploie dans la subordonnée le même présent du passé qui se trouve dans la principale. C'est une attraction de formes, où la pensée n'est pour rien.

Cette attraction a eu, dès lo XVIP s., ses tliéoriciens. Andry de Boisregard blâme : J'uij consulte... de fort habiles gens, et j'ay été surpris de voir que leurs sentimens ne s'accordent point: il l'iilloit : accordoient. Il blâme également : L'Auteur a bien remarqué que désireux n'est pas du bel usage, nmis il devait ajouter que : M. de Vaugelas l'a, employé. 11 falloit n'étoit et lavait. C'est comme si on disait : je vous ay dit qu'il est Feste aujourd'huy... « Quand dans ces sortes de Phrases le premier verbe marque un tems passé, il faut mettre le second à l'imparfait et non au présent « (Suite, 373-375) (1).

L'attraction a souvent pour effet de créer une identité extérieure purement formelle. Voici toute une série d'exemples classiques où, à l'imparfait du subjonctif qui exprimerait le futur de l'éventuel, on a substitué un plus-queparfait de la principale qui n'a point de valeur temporelle : Pleust à Dieu qu'on m'eust conseillé que j'eusse poursuivy mon affaire (oudin, Gr., 1632, 203) ; — jamais M. de Saint-Nicolas n'eût permis qu'on l'eût enseveli dans son cimetière (gar., Mém., 87). C'est eût permis qui entraîne eût enseveli. Cf. si le Ciel n'eût voulu que Rome l'eût perdue, Par les mains de Pompée il l'auroit défendue (corn., Cin., 565) ; — Qui m'eust dit, ily aquelques années, que j'eusse deu vivre plus long-temps que Car, j'eusse creu qu'il m'eust promis une vie plus longue que celle des Pcdr iarches {\oit., Let. sur car); — ■ // eût été à désirer que chaque maxime eût èu un titre (la rocti., i, 28).

Il en est de même ailleurs pour des infinitifs : ils ont aussi trouvé l'art... rf'avoir mis les premiers un double aigle dans les temples (rac, Rem. s. Pind., Ode xiii). Ces attractions ont pour effet :

10 de faire abandonner des temps absolus pour y substituer des temps relatifs.

20 de faire abandonner des temps relatif s pour y substituer des temps absolus.

l) Cf., ALciDE DE SAiNi-MACRiCE, Rem., 94 et suiv.

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