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CHAPITRE IV SUBSTITUTION DE TEMPS RELATIFS AUX TEMPS ABSOLUS

Théoriquement, nous l'avons vu. les actions situées hors du temj)s s'expriment au présent. Peu importe (ju'elles soient dans une subordonnée ou dans une principale : On m'a appris (/iie l'eau est composée d'hydrogène (t d'oxygène ; — on lui demanda si les femmes ne doivent jamais se plaindre.

Il en est de même lorsqu'il s'agit d'une action qui dure encore, ou qui est dans l'avenir : Mon amour-propre... m'a donné un plaisir mille fois plus pur. (juand j'ai VU (ju'il y a dans le monde un prince qui pense en homme (volt.. LeI. au pr. de Pr.. 2G Août 1736) ; — On m'a. dit qu'il impute son mal à la demeure du Palais (m.^lii., Lett. à Peiresc, c) ; — Des journalistes qui causaient tout à l'heure devant moi, disaient f/ft'on va affranchir la Pologne et l'Italie ! (flaiu.. Éduc, ii. 8<S) ; — Qu'est-ce que vous voulez, mon papa ? Ma belle-maman m'a. dit que vous me demandez (moi... Mal. Im.. n, 8) ; — II lui apprit f///'il y a des animau.v qui sont pour les abeilles ce que les abeilles sont pour l'homme (volt.. P. chois.. 81 ) : — Il avait appris... que l'amourproprr est un ballon gonflé de vent (id.. Ib.. 65).

Les grammairiens du XVIII« s., tout épris de raison, se sont opposés à la substitution de l'imparfait au présent. Ils entendaient séparer le temps « continu et le temps « passager j. . Duclos écrit : Il y a des occasions où le présent serait préférable à l'imparfait, qu'on emploie communément. Je vais me faire entendre par des exemples : On m'a dit que le roi était parti pour Fontainebleau... La phrase est exacte, attendu que partir est une action passagère. Mais je crois qu'en parlant d'une vérité constante, on ne s'exprimerait pas avec assez de justesse en disant : J'ai fait voir que Dieu était bon, que les 3 angles étaient égcnix à deux droits. Il faudrait : que Dieu est, que les 3 cmgles sont.

On n'hésitait même pas à condamner les classiques : je t'ai déjà dit que j'étais gentilhomme. Puisque c'est là une qualité qui ne se perd pas, il faut : que je suis. — Je n'ai pas oublié, pr/na', çue ma victoire Devoit à vos exploits la moitié de ma gloire. Devoir exprimant une reconnaissance constante, il faut, non le passé, mais le présent.

A l'indicatif. — Les phrases renfermant des présents sont extrêmement communes à cette époque. Maugard cite (i, 361) : // concluait que la sagesse waut mieux qu'éloquence (volt., le Taureau blanc); — N'avez-voUs jamais bien fait réflexion que nous sommes de pures machines ? (m., ix,

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246) ; — On ne sentait pas de quelle iitiliic il est d'avoir des ]>rincipes (d'olivet, Pens. de Cic, vu).

La même doctrine se conserva longtemps (1). Chez les observateurs, elle se tempéra pourtant peu à peu (2). En effet, on avait remarqué qu'en dépil de la logique l'imparfait était d'usage. Il se trouve en réalité à chaque page, chez les écrivains du XVIIe s. et même du XVIIIe : La dame au nez pointu répondit que la terre Etoit au premier occupant (la font., Fabl.. vu, 16) (3).

Aujourd'hui il y a encore du flottement ; mais on use le plus souvent du temps relatif : Xous avons montré convnent, en vertu d'une loi nécessaire, l'unité et la variété... croissoient simultanément dans l'Univers (lamen., Esq. d'une phil.. iv, 331) (4) ; — L'homme a cru qu'il était d'une essence spéciale et que les animaux... n'agissaient que poussés par une force, l'instinct (brongniart. il na(.. 183) ; — ^ Il y a plus. On fait si souvent l'attraction qu'on est surjiris de ne pas la trouver à certains endroits : D(ms mon rêve. on /n'avait persuadé qu'il pleut (aug.. Av., m, 4).

Les romantiques usaient encore très souvent du temps absolu dans les conjonctives : Je voulois retenir Vernie qui s'évapore (lam.. Méd., ii. 231); — Ce n'est pas parce que l'idée est permanenle qu'on a ici le présent, et Thomas- Lefebvre a raison de demander l'imparfait. Cf. Que j'aimais,.. A porter sur mon sein ce beau corps qui s'affaisse (lu.. Joe 12 déc. 94) ; — Lorsqu'on eut bien montré son front royal qui tremble (v. n.. Chants Crép., Xap. II); — Et sous les noirs taillis dont l'ombre l'enveloppe... La panthère à l'affût humait leur jeune sang (lec. de lisle, Po. cmt.. Bhagavat). C'est un usage qui se perd. Il était la plupart du temps, injustifié.

Dans le futur. — • Les observations ci-dessus s'appliquent, lorsque l'action subordonnée se place dans le futur. Ici encore, le temps al)solu est

(1) i< En vain Vai-jc appelé à haiile noix, dirois-.je en parlant d'ini homme éloigné, j'ai vu qu'il ne m'entendoit pas. En vain lui ai-je souvent adressé la parole, rlirois-je en parlant d'un sourd, i'ai vu qu'il n'entend pas. •> Le temps n'est plus où l'homme éloigné étoil ne ni'cntendant pas ; \ oilà pourquoi dans la 1""^ phrase, il faut un temps passé. Le temps est encore, où le sourd est n'entendant pas, voilà pourquoi dans la seconde, il faut un temps présent (domergue, 101-102).

(2) A. Lemare a très justement observé : Cette décision absolue des Grammairiens nous paraît combattue par le nombre même des exemples condamnés, car il résulte de ce rapprochement que l'usage général est en contradiction avec la règle. C'est que les Grammairiens ici veulent faire violence à la pensée, et changer le sens des phrases. Si l'auteur veut seulement marquer un rapport entre deux idées, s'il exprime un sentiment, une réflexion relative, pourquoi voulez- \ ous le forcer à changer sa pensée en une maxime générale... < Dieu vit que son ouvrage était bon » indique l'approbation donnée au moment même ; c'est une réflexion qui marque le rap- |iort entre le jugement et la qualité énoncée. Si l'on substitue le présent est, on change entièrement le sens... quand Voltaire dit : « J'ai trouvé que la liberté valait encore mieux que la s.inté », il n'a nullement l'intention d'énoncer une vérité incontestable...

Ainsi donc la règle de Domergue est applicable toutes les fois qu'on veut ou qu'on doit énoncer u.na qualité permanente, immuable. Mais quand il ne s'agit que d'une réflexion ou d'un rapport, il est loisible de mettre le ^ erbe à un temps passé (girault-dusivier, Gr. des Gr., note de A. LEMARE, 691-692).

(3) Les observations concernant le cas où le verbe principal est au passé s'appliquent avix I)hrases où ce passé est représenté par im conditionnel passé renfermant un doute : // aurait raconté que vous êtes^ que vous étiez son ami : — Les amis du député sortant auraient annoncé, ini matin du scrutin, que son principal concurrent était inéligible, parce qu'il était né seulement le 1" juin 1905.

(4) Voici un curieux exemple : Vous m'&\ezsupls(mum'nl démontré (/"<> vous aimiez votre /(//e d'un tout autre cœur que vous ne //('aimez (herv., Cours, fl., i, 15).

possible, logique, el ou le trouve: Vous le croirez aisément quand vous sçaurez que l'on m'a dit aujourd'hui) que nous partirons dans cinq jours (voit.. Lett., xLiv) (1). Il est d'usage dans le style administratif: M. X. vient de décider que les agents employés dans les recettes simples des postes bénéficieront dès ce mois-ci de l'indemnité de guichet. Cependant l'attraction exerce là aussi une influence irrésistible : On a décidé que les cajés ne fermeraient plus qu'à une heure.

Au subjonctif. — Les mêmes grammairiens qui demandaient le maintien du temps absolu à l'indicatif, ont, par une contradiction étrange, voulu, au subjonctif, imposer une concordance de temps exclusivement fondée sur la forme. Et on aboutit à des phrases comme celles-ci : Ces cUunes iraient-elles visiter les fleurs demain, twant qu'elles ne fussent fanées ? (p. et v. marguer., Fem. nouv., 27).

Après un temps passé, les classiques, eux, mettaient tout naturellement un présent du subjonctif, quand l'action subordonnée exprimait une vérité permanente : Je n'ai jamais remarqué qu'il y ait de la perfection intérieure, où le parfait amour du prochain n'est pas (s'" chantal. Lett., cccxliii); ■ — je demande... quand il n'a pas été raisonnable que le crime soit puni (la br.. Car., Epr. forts. 17) ; — Dieu a entouré 1rs yeux de tuniques fort minces, transparentes au devant, afin que l'on puisse noir au travers (n olivet, Pens. de Cic, ch. ii, sur l'Homme).

Les bons grammairiens du commencemenl du XIX*^ s. avaient 1res bien observé. La Grammaire des Grammaires admet parfaitement le présent, lorsc|ue le verbe « exprime une action qui peut se faire dans tous les temps» , et elle cite l'exemple de d'Olivet.

Il en est tout à fait de même (piand raction subordonnée est dans le j)résenl ou l'avenir : Vous êtes grand... et relevé, comme j'ai toujours désiré que VOUS soyez (malii.. Ép.. xlvi) ; — Le Prince ayant connu le mérite dr vostre parent, a commandé r/n'on le reçoive honorablement (oudin, Gr., 201): — • Mon père a consenti que je suive mon choi.v (corn., Ment., 3) ; — Si je leur dois des vœux de ce qii'Ws ont permis Que je rencontre ici mes plus grands ennemis (id., Pomp., 1007) : — Mais qui n'est que l'effet d'une sage conduite. Dont César a voulu que VOUS soyez instruite (rac, Brit., 131); — n'avezvous pas Ordonné dès tantôt i/u'on observe ses pas ? (id., Bér., 1201) ; — De vos ordres, Seigneur, j'ai dit qu'on l'avertisse (m., Ib., 331) ; — J'ai tâché de ne mettre dans ce petit Ouvrage, que les matières les plus nécessaires... afin qu'on puisse facilement... remarquer la juste situation... des parties (Gram. méth., 1G81, Préf.j.

Il en est dans tous les systèmes de i)ropositions comme dans la phrase objective. Ainsi, dans les finales, dont la fin est dans le présent el le futur, on gardait, suivant la tradition française, le présent ou le passé composé : dirent qu'il seroit bon qu on le montrast aux parens de la femme, affin qu'ils cognois-

(1) Malherbe ('•ciit : M'ayant écrit f/nc vous partuez... nonr ncriir ici, et ne nous n ooiianl point, je pensois (Lett., vi). I-^sl-cc une faute ?

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