LEUR DÉVELOPPEMENT
Par, pour. — La langue avait hérité de prépositions déjà adaptées : par et pour : par la Deu grâce vochiet emperedor {Al., lxxiii, 362) ; — Pur sa beltet dames li sunt amies (Roi., 957).
Le développement de ces deux mots a été longtemps parallèle. D'une part : par tant, par là, parce que: de l'autre : pourtant, pour cela, pour ce que.
En langue moderne, il y a eu des divergences. Nous disons encore agir par avarice, pêcher par négligence ; — Nous le lui donnions souvent par badinage (lam., Raph., i) ; — // la trouva si pauvrement logée, qu'il comprit... par quel motif elle avait... refusé de se laisser ramener (muss., Fréd. et Bern., vi) ; — Sa mine pâle, un peu bouffie et à nez retroussé, semblait plus insolente encore par l'ébouriffure de sa perruque où tenait un chapeau d'homme (flaub., Éduc, I, 203) ; — Si Frédéric travailla dans les hautes classes, ce fut par les exhortations de son ami (id., Ib., i.25). Il y a là quelque chose d'un peu archaïque.
Pour s'emploie aussi devant un nom : // le reconnaît du premier ordre pour la marche lumineuse de l'ensemble, pour la puissance de l'action (st« BEUVE, Lundis, vu, 312).
Mais on ne peut plus employer par avec une valeur causale devant un infinitif, construction qui était encore en usage, au XYII'' s. : J'en fus bien punie par être noyée (sév., Lett., mccxlii).
On ne rencontre plus non plus par suivi d'un nom accompagné d'un participe : Elle passa une nuit dans les champs par un carrosse rompu (ead., 23 Juin 1677).
Au contraire on fait très bien suivre pour d'un infinitif, conmie en langue classique : pour être trop sincère, Vous voilà sur les bras une fâcheuse affaire (mol., Mis., 439) ; — // attribua cette vision à la fatigue de sa tête pour avoir trop peu dormi. « Si j'en parle, on se moquera de moi » , se dit-il (flaub., Lég. de S' Jul. l'Hosp., i). Cependant pour, ainsi placé devant un infinitif a, en général, un sens d'opposition.
Par là est vieilli : Le Loup est l'ennemi commun : Chiens, chasseurs, villageois s'assemblent pour sa perte ; Jupiter est Ici haut étourdi de leurs cris : C'est par là que de loups l' Angleterre est déserte (la font., Fab., x, 5).
Pour cela vit encore : je ne m'émeus pas pour cela (1).
(1) Pourtant que était fréquent on m. f. : le duc d'Anjou Jeta son anis à aller mettre le siège devant Bergerac, pourtant qu'elle est la clef de la Gascogne (froissart, h, ii, 1, i.. ).
Pour ce que et parce que ont longtemps coexisté : Porcc que cil pardons fut issi granz, si s'en esmurent mult H cuer des genz (villeh., i) ; — Et fut ceste guerre despuys appelée le Bien Publicque, pource qu'e/Ze s'entreprenoit soubz couleur de dire que c'estoit pour le bien publicque du royaulme (comm.. I, 11, Mand.).
Pour ce que était encore très usuel chez Malherbe {Lex., 486). Vaugelas trouvait les deux locutions bonnes ; il disait que Coeffeteau employait toujours parce que et Malherbe pour ce que. Chapelain approuvait aussi Malherbe. Mais la mode se décida tôt après. Thomas Corneille et l'Académie constatèrent que l'usage avait prononcé en faveur de parce que : Pohjeuctc est chrétien, parce qu'zV l'a voulu (corn., PoL, 943) ; — Et parce quV//r meurt, faut-il que vous mouriez ? (rac, Androm., 1603).
De. — De est également traditionnel : Mult se fait fiers de ses armes porter {Roi., 897). Il s'emploie toujours : Fier de sa force, rougir de honte, mourir de mort violente ; — Une grande marque que vous vous portez bien... c'est... que vous n'êtes point crevé de toutes les médecines qu'on vous a fait prendre (mol., Mal. Imag., m, 3).
C'est la préposition qu'on emploie, quand la cause est dans un infinitif : Ils avaient faim, d'être allés si loin à pied (zoi.a, Germ., 108) : — il distinguait nettement tes trois silhouettes, plus irritantes d'être si proches (rosny, G. du feu, 32).
I.es grammairiens de 1830 protestaient encore contre : elle s'impatiente de ne pas voir arriver mon an^i. Les modernes alTectent le tour : chagrin du temps perdu ;■ — Félicie boudait, furieuse des sous mangés (zoi.a, Jacq. Dam., 101).
Il a été démontré que c'est de ce tour que vient la phrase : /7 est honlcu.v de mentir ; — c'est chose honteuse que de convoiter l'argent d'autrui.
En. — Au complément introduit par de peut être substitué un représentant ; en prend ainsi le sens d'à cause de cela : je n'en dors plus; — Que dis-je ? Sur ce trône assis auprès de vous. Des astres ennemis /'en crains moins le courroux (rac, Esth., (uô).
De a donné naissance à diverses locutions de cause : de là, d'où : De là sa colère ; — d'oÙ un abattement bien explicable.
De ce que est très usuel : Ellénorc... éprouva quelque foie de ce que je paraissais plus tranquille (b. const.. Ad., ix, 81) ; — N'êtes vous pas fâché... de ce que je vous aie quitté si brusquement ? (champfl., Cont., 236).
CoMMi:. — Il a pris très anciennement la valeur causale : Et moi, comme ri son lit je me vis destinée, Je donnai par devoir à son affection Tout ce que l'autre avoit par inclination (corn., PoL, 214) ; — Comme nous sommes grands amis, il me fit aussitôt confidence de son amour (mol., Scap.,i,2); — Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de' gauche pour dissimuler sa manœuvre (flaub., Éduc, i, 7).
Que. — On peut ajouter à ces ligatures que, qui marque aussi la cause :