LES LIGATURES CONSÉQUENTIELLES HÉRÉDITAIRES. LEUR DÉVELOPPEMENT
Questions sur les conséquences. — Que. — Lus instruments qui ont servi d'abord à l'expression du rapport de conséquence sont fort simples. Pour interroger, on usait autrefois fréquemment de que. On le retrouve dans que sert ? — Mais que sert que ta main leur dessille les yeux ? (boil., Ép., III, 4).
Il est plus usuel aujourd'hui d'employer quoi avec diverses prépositions : A quoi ont servi tous ces préparatifs ? — De quoi m'ont profité mes inutiles soins ? (rac. Phèd., 687).
Compléments de conséquence. — En a. f., les compléments étaient introduits par pour : Produme i ont pur sun seigneur aidier (Roi., 26). Nous nous en servons toujours : Ne fallait-il que ce peu de mélange pour faire changer de nom aux choses ? (boss., Serm. Honn. du .A/.) ; — Quand les littérateurs y ont introduit la philanthropie, la poésie, et autres blagues, pour la plus grande joie des catholiques (flaub., Éduc, i, 310).
Pour a donné naissance à la locution être pour : un ami chaud, et de ma qualité. N'est pas assurément pour être rejeté (mol., Mis., 259 : entendez n'est pas tel qu'on le rejette). Cf. être fait pour : La vie que j'ai menée cet hiver était faite pour tuer trois rhinocéros (flaub., Lett. à G. Sand. ccxvi).
En coordination, — On marque le lien à l'aide de donc, si, aussi. — Ces ligatures sont anciennes, surtout donc (approprié dès la période romane) et si : Quant ça veit Guenes qu'orc s'en rit Rollanz, Dunc a tel duel, par poi d'ire ne fent (Roi., 324) ; — // est mis filz e si tendrai mes marches (Ib., 3716).
Nous nous servons encore de donc et d' aussi : Je pense, donc je suis ; — J'ai souffert les mêmes maux, j'ai traversé les mêmes écueils et j'en suis sorti, donc tu peux guérir et vaincre : — Il suivait les laboureurs et chassait... les corbeaux qui s'envolaient... Aussi poussa-t-il comme un chêne (flaub., Bov., 7),
Part.\xt, pourtant. — De j)ar et pour pris en ce sens, sont nés partant et pourtant. Partant a failli mourir au XVIP s. ; il paraissait vieux. Il est probable que c'est La Fontaine qui l'a sauvé, avec son délicieux vers : Plus d'amour, partant plus de joie (Fab.. ix, 2) ; — Le but du philosophe du dix-huitième siècle semble plus personnel, partant moins sérieux et moins utile (g. sand, Hist. de ma vie. i, 23).
832 LES COXSÉQL'EXCES
Pourtant n'a jamais été abandonné, mais il ne peut plus introduire une conséquence. Il marque opposition, comme nous le verrons par la suite : il n' avait la veiie tant bonne comme de constume... Pourtant ne congnoissoit il tant distinctement les poinctz des dez (rab.. ii, 186. m.-l.).
En subordination. — Que. — Il suffisait en a. f. Il y en a des exemples dès les origines de la langue : Devant la dame el lit descent. Que luit li drap furent sanglent (marie de fr., Yonec, 319) (1).
On le trouve dans quelques passages au XVII^ s. : Ce jeune homme quitta le service et s'attacha à elle qu'il ne la quitta plus depuis (s* sim., Mém.. VIII, 87). Mais il n'est pas d'usage général. De même, de nos jours, il appartient surtout à la langue populaire : Je viens de voir une femme qui pleure dans la rue que c'est un déchirement (v. h.. Mis., Fantine, iv, i) ; — avec une vue qu'un Anglais vous en donnerait cinq mille francs pour l'emporter (gonc. G. Lac, 102) ; — un tas de farces que j'en pleurais de rire (fl.vub., Bov., 82).
On remplace souvent la proposition conséquentielle introduite i)ar que par un complément construit avec à : Qu'est-ce qu'elle avait donc... à rester toujours à cette fenêtre ? (a. daud.. Jack, 271).
Suppression de que. — En a. f. le que lui-même i)ouvail manquer : Ils l'aiment tant, ne li faldrunt nient {Roi.. 397). Cf. en f. m. : //,s l'aiment tant, ils ne l'abandonneront pas.
Pour que. — Une autre ligature 1res commune est pour que. issu de pour : Je ne puis pas laisser ta mère toucher à mes pierres... pour qu'elle me perde encore un diamant (e. sue. Myst., ii, 98-99) ; — Que lui ai-je fait... pour qu'il me propose, en guise de remerciement, le désespoir, la fièvre et la mort'.' (g. sakd. Elle et /., cli. iv. 38).
1) Cf. KiTCun:, /.(( (o;i/. que, .'53.