CHAPITRE V LE MODE DANS LES PROPOSITIONS FINALES
Le mode du rapport de finalité. — • La. 1'. employait déjà, dans les j)ropositions finales, le subjonctif pour marquer le rapport : Sunez voz graisles, que mi paien le sachent {Roi.. 3136) : — Pur ço le fist, ne fust (tparissant {Ib.. 1779). (On remarquera ici l'absence de toute conjonction). De même dans les siècles qui ont suivi : Et Amour, fais que plus fort, le le sente (st-cEL., ii, 125). J'ai rappelé plus haut la règle posée par Malherbe, qui est dune extrême netteté. Une proposition finale a son verbe au subjonctif. C'est un des rares cas où le subjonctif garde une valeur véritable pour l'expression d'un rapport. Il marque la finalité — comme dans la phrase objet de vouloir il marque volonté. — L'analogie est évidente et s'explique sans peine.
Peut-être est-ce là ce qui explique le développement médiocre des outils de liaison. Le mode est toujours demeuré l'instrument essentiel. On dira avec finalité : Le. filtre fut dispose de manière que l'eau tombât goutte à goutte : tandis que. sans finalité, de mani('re que est suivi de l'indicatif : Le filtre était poreux, de manière que l'eau tombait goutte à goutte (1).
11 y a des cas où on est sûr de réaliser son dessein, où on compte si bien atteindre son but, qu'il peut apparaître comme un fait certain. -Malgré la nécessité d'exprimer la finalité à l'aide d'un subjonctif, la langue classique marquait encore celte nuance modale au moyen de l'indicatif : j'ai fait en sorte que ma femme ira dîner chez ma sœur (mol., B. G., m, 6).
Ce n'est point, à vrai dire, une violation de la règle. H y a en réalité d'une part un rapport de finalité, de l'aiilrc un résultat assuré. On est en présence d'un de ces conllils, cjui sont coiiiniiins et ({ue nous avons étudiés. La loi générale voulait que le rapport cédât à la modalité.
Dans les coNJONeTiVEs. — Comme dans les conjonctionnelles, dans les conjonctives, le subjonctif est marque de finalité : elle ne craignait point de donner à sa fille un mari qu'elle ne pût aimer (Princ. de Clèves, 27) ; — Choisis un fiancé... Qui n'aille pas rêvant (sull. prudii.. Vain, tendr.,
(1) On ne doit jias. pcut-ôiro, considiicr <iiiil \ :i une exception dans cetU" phrase de I.a Bruyère : // choisit un endroit pour se rrrucillir. cl où tout le monde voit qu'il s'ininùlie (Car., De la mode). Il est possible que nous ayons affaire à une simple caractérisalion. Cf. cependant une autre phrase du même chapitre : // fuil en sorte que l'on croit, sans qu'il le dise, qu'il parle une haire. L'auteur a-t-il \oulu maniuer riiilcntion ou le résultat '.'
MODES DAXS LES PROPOSITIONS FINALES Sr>3
Conseil) ; ■ — Le compagnon qu'il me faiii... c'est un mari qui ait de la volonté (dur., Uniss., 74).
Le subjonctif permet ainsi de distinguer très nettement les cas où il lu s'agit pas de simples caractérisations positives. S'il y a l'indicatif : je cherche une dame qui a longtemps habité le quartier, la phrase signifie qu'on f 'enquicrl d'une personne caractérisée d'une certaine manière (1). Si on dit : Je cherche pour gérer mon affaire, une dame qui ait longtemps habité le quartier, le verbe chercher prend le sens de vouloir; le subjonctif qui suit exprime les conditions que l'on veut, qu'on a l'intention de réunir.
Ce n'est pas à dire que cette distinction soit toujours faite avec rigueur. Racine a écrit : Et ne peuvent-ils point... Chercher des criminels à qui le crime est doux ? (Théb., 613). Il s'agit sans doute d'une catégorie de criminels qui existe, et l'indicatif se justifie. INIais le subjonctif ne changerait guère le sens (2).
Modalités du système. — Un système final peut être placé soit dans le réel, soit dans l'éventuel. Ainsi dans la ])lu-asc : Pour être certain que la morte... s'était laissé fléchir... il aurait VOUlu un enfant (zoi.a. liêve. 27). Nous sommes en présence d'une éventualité irréalisée.
(1) Naoh chepchitil une roiirhc de Id rivicre OÙ // voulait rtablir le caiiiiienicril (p.osny, G. du Jeu, 114).
(2) H Taul prendre gard ■ toutefois que le subjonctif u'esl p^s nécessaiieinenl earactérisliqu? de finalité. Soit la pluase : // m'a montre le chemin qui conduit à la forèt ; on dira encore avec l'indicatif : i\/ofi/r«:-7«o; /e c/iem m qui conduit à la forèt. Le subjonctif est de rigueur dans: Montrez-moi un clu-min qui conduise à la forêt. Or c' qui amène ici le changement de mode, c'est que le ch?min qu'on demande n'est plus un ch-min déterminé, le changement d'article en avertit. On demande un chemin dont la direction soit vers la forêt. Xous sommes dans le potentiel. La finalité joue son rcle. Elle n'est pas la siule cause du chang?ment de mode. Cf. reprocher à Vhumanjli'... de ne nous avoir pas bâti une arche OÙ nous puissions nous réfugier dans la tempête ? (g. s.\Nn Lélia. pviî. (ii.