CHAPITRE PREMIER ÉVENTUELLES ET CONDITIONNELLES
Hypothèses et conditions (1).^ — Il est hors, de doute, que, dans un assez grand nombre de cas, il est possible, logiquement, Ce déterminer si la donnée est à proprement parler une condition, ou bien s'il s'agit d'une simple éventualité. Si vous partez, vous compromettez l'avenir de l'affaire est une phrase conditionnelle. La condition une fois remplie, le départ accompli, l'événement indiqué ensuite en résultera. C'est par ce départ que l'affaire sera compromise. Il y a entre la condition et l'événement un rapport de cause à effet, de fait à conséquence. Mais voici une autre phrase : si vous partez, je ne vous accompagnerai pas, je ne puis pas quitter Paris. Elle indique purement et simplement ce qui se produira, dans un cas donné, dans une éventualité. Si le départ du sujet A a lieu, ce départ ne sera en rien la cause de la conduite du sujet B, ce n'est pas pour cela cjue celui-ci restera à Paris. Il n'y a pas de rapport de cause à effet.
Je donnerai ici, pour aider à préciser des distinctions délicates, quelques exemples. Voici des éventuelles : Si l'occasion vous vient de rendre quelque service à un gentilhomme de votre pays, qui s'appelle Valcroissant, je vous conjure de le faire (sÉv., Lct., cix) ; — si quelque chose est capable de détacher du monde les gens qui ij sont le plus attachés, ce sont les réflexions que fait faire cette mort (ead., Ih., cxi) : — si vous crie:, si vous êtes hors de vousmêmes, si vous dites que nous en avons menti... si enfin vous nous dites des injures, nous trouverons que vous avez raison (ead., Ib., cxxi) ; — si je la haïssais, je ne la fuirais pas (rac, Phèd., 56) ; — si j'avais apporté dans cette "mison autant de fortune que vous, je ne vous j)arlcrais pas ainsi (musset,
(1) Les philosophes eux-niêims confondent parfois les noms d'itijpolliétiqueslex de conditionnelles, et réunissent sous ces noms toutes propositions où, fo.l une aflirmat.on, soit une négation est subordonnée à quelque condition ou hypothèse (goblot. Vocab. phil.). Ils appellent antécédent ou hypothèse la partie à laquelle est subordonnée la conséquence. Chez les ancier.s les hypothèses s'opposaient toujours aux conséquences, par exemple dars un syllogisme h s prémisses à la conclusion, dans un raisonnement démonstiatif, ks définitions, l?s données, etc.
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Emmel., cli. vu) ; — si je dois m'éloigner, ouiis /ixcrez ic nwnicnl de mon départ (feuil., Morte, 50).
Voici des condilionnelles : si vous lui donnez sa liberté, il recommencera à gaspiller ; — qu'il arrive ici une visite, vous allez peut-être avoir de l'esprit (muss., // jaut qu'une porte... i); — je ne demande pas mieux que d'cdler en justice, pourvu que nous y allions de compagnie (e. souv., Clair., 22-23).
On verra plus loin que les conjonctions de l'éventuel et les conjonctions de condition sont souvent fort nettement distinguées. Mais souvent aussi, conditionnelles cl ii\ j)olhétiques sont exprimées de telle sorte que les mêmes formes de langage leur con\iennent. Qu'on prenni' par exemple les célèbres Stances à Ninon d"A. de Musset : Si je vous le disais, que six mois de silence Cachent de longs tourments et des vœux insensés... Vous me répondriez peutêtre : je le sais... Si je vous le disais, que j'emporte dans l'âme ./us(pu's aux moindres mots de vos propos du soir... Vous me défendriez peut-être de vous voir... l^Nidcnmu'ut on pcul interpréter : (Ui cas m'i je vous le dirais. Mais il faut aussi considricr (pic l'altitude de XitU)ii sérail la conséquence de l'aveu, dexeuu plus |)ressanl. (U'Iui-ci serait donc la cause des altitudes et des aclt's de la jeune liJle.
Voici (Muunplleur\- (pii disserte sur riiouuue (uii. entre l rente l't (piarante ans, se montic dans sa laideur ou dans sa s|)len(knir: // est l>e(ui. dit-il. si ses aspirations à l' iiilelligrnre et <ui tùe.n Vempurtt ut sur les aspirations au vice : il est ignoblement taid. si la bidcuice f>eiu he du coté des instincts matériels et mauvais {Cor}!.. 12«)). .Si |)cul se traduire i)ar au cas où. Mais n'csl-ee pas parce que rinlelligeiiee l'emporte cpie l'iiomiue est beau ?
Systèmes hypothétiques et systèmes conséquentiels. — Hypothèses et réalités. - D'après ce (jui vient d'êlre dit des li\ pot ludiques conditionnelles, leur rajjport avec les consé([ui'nlicIles apparaît a\ec é\ideiice : j'ai mis trois gouttes d'eau de .l(uu'l (Ums un litre d'ecui. celte eau est devenue aseptique. Cv sont (lv\[\ faits dont l'un a élé la consé(pience de l'autre. Vous mettez une goutte d'eau de .lavel (huis un titre d'eau, elle devient aseptique. Ce sont deux faits !J,cnéralisé^ ; ils sont dans le mcnu' rapport (pu' tout à riieure. Si je donne une forme " li> pot héticpu' > à la phrase : mettez-vous trois gouttes d'ecni de .lavel... si vous mettez trois gouttes d'e>ui de .litvel. je ne change toujctnrs rien au rapport. H > a toujours d'un c-ôté la condition, de l'autre le fait; j'ai seulement trans|)orte les faits dans l'éventuel.
Ainsi s'expli(pu- (pie les faits positifs et établis soient souvent présentés sous forme de raisonnements hypothétiques. On énonce ainsi, soit des faits quclcon(pu>s : si Napoléon a vaincu l'Europe, c'est qu'il avait en main les admirables armées de la Révolution, soit des faits généialisés, passés à l'état de lois : si la pression de l'air augmente, la colonne de mercure monte dans le tube du baromètre.
Inversement on dira : VOUS y mettrez tout votre argent, VOUS ue sauverez
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pas celte iiiaison de la faillite. Là, sous des fornu's qui peuvent convenir à 1 affirmation, on examine une hypothèse (1).
Systèmes hypothétiques et systèmes oppositifs. — A chaque instant, comme nous l'avons remarqué en parlant des oppositions, on oppose à un lait réel un fait éventuel, ou inversement. Ou bien on oppose l'une à l'autre des éventualités. Si on considère une phrase comme celle-ci : On a beau être un lapin comme le Président, allez donc vous méfier du lit d'auberge où l'on couche, de la chaise où l'on s'assied (a. daud., Tari. s. Alp., 127-128), on observera que le premier terme est à proprement parler une hypothèse = même si Fan est un lapin. N'oici un exemple plus net encore : A supposer que la grâce eût été accordée, Raijmond n'avait à attendre aucune faveur ])Our un acte de justice (cHA:Mr>F.. Cont.. 12'.)). Comparez le mot célèbre de l'avocat : Quand mon client avouerait, moi je n'cawue pas.
Nous étudierons donc ensemble toutes les hypotlièses. qu'elles aient un caractère conséquentiel ou op]iositif.
Il) La ressemblance est telle qu'on s'y est Ironipé. Des gens ont accusé La Fontaine d'épicurisme, sous prétexte qu'il aurnil donne ini conseil dans: Soyez bien binmnia. bien mangeants Vins devez à la mort des Irois Viin en rf/.r ans. alors qu'il n'a pas voulu dire : buvez bien, mais si vous buvez bien, même si vou., buvez hifii.