CHAPITRE VII EXCEPTIONS HYPOTHÉTIQUES
Une exception, nous l'avons dit. peut porter sur une éventualité : je ne croirai jamais cela, sauf si on m'apporte des preuves matérielles. Nous avons, nour ces hyi)othèses, des formes spéciales de langage.
A MOINS DE. — On a hésilé sur la forme (à moins que de élail très clas- >!que): On lui dit que la fille... est de famille honnête : et qu'à, moins que de l'épouser, on ne peut souffrir ses poursuites (mol.. Scap.. i. 2) ; — -à moins d* avoir quelques traits originaux à ajouter au.r siens... on n'a qu'à renvoyer pour l'essentiel de sa personne à ses délicieux ci indispensables ménjoires (ste BEUVE, Portr. de fcm., 1 12).
A MOINS QUE. — En subordinalion. on se sert d'à moins que : Un jour viendra, et peut-être les mémoires, derniers confidents d'un misérahle. y auront- Ils contribué... à moins qu'après ma mort le vent ne joue dans le préiui avec ces morceaux de papier souillés de boue, ou qu'/7.s n'aillent pourrir à la pluie. roUés en étoile à la vitre cassée d'un guichetier (v. u.. Dcrn. j. d'un cond., VI) ; — Allons ! allons ! ne reste: pas ici à ['(dicndre. à moins que VOUS î'ayez juré de la faire mourir (c. s.vxn. Elle ci L.. xi) ; — Pourquoi '?... A Tioins que vous n'affichiez un luxe au-dessus de votre position ? (lab.. Pond.
IX yeux, II, 12).
Dans la langue moderne, à moins que exige souvent à sa suite le ne modal. On l'omettait au XVTIe s. : à moins que son profond jugement, qui veut que tout soit parfait, lui fasse perdre celle occasion (sév.. Lctl.. dclvi) ; — • du plaisir ne me chaut A moins qu'il soit mêlé d'un peu de peine (la font., IV, 298).
Excepté que. — • Il s'est construit jusqu'au XVII<' s., comme à moins que : je compte... que vous viendrez dcms l'appartement de ma maison que je vous ai destiné, excepté que vous ayez pour vous seule une autre maison toute trouvée (sév., Lett., dcxlix). Il est à peu près hors d'usage.
Hors que. — (anc. = fors que). Il est également archaïque : Hors qu'un "immandement exprès du Roi me vienne De trouver bons les vers dont on se <t en peine, Je soutiendrai toujours, morbleu ! qu'ils sont mauvais (mol.. lis., 769) ; — Hugo l'a re[)ris : Hors que de mon châtecm démoli pierre à 'erre On ne fasse ma tombe, on n'aura rien {Hem., m, 4). Cf. des spectres
BRCNOT 56
(le guerriers dont les âmes sont mortes. Sauf qu'un éclair rapide illumine leurs yeux (l. de lislk, Po. trog., Apoth.). On dit plus couramment excepté si.
SixoN. — Nous nous servons en outre d'une forme abrégée qui a fini par former un seul mot : sinon. Se non était autrefois séparable : se de vos deniers non. Il est devenu un mot comjiosé signifiant au cas où ce dont il est question ne se produirait pas : Sinon, j'en jure encore et ne t' écoute plus, .Son trépas dès demain punira ses refus (corn., HéracL, 307).
Ce mot, après un court discrédit, dont on ne s'explique pas bien les raisons, resta dans la langue. Depuis le XIX^ s., on dit volontiers ou sinon : écoute moi, OU sinon je t'abandonne. Littré accepte ce pléonasme (1).
Sauf si et sauf a. — Il faut bien prendre garde à la difïérence entre la valeur de ces deux expressions. La première introduit une exception hypothétique, mais la seconde équivaut, quand elle a une valeur hypothétique, à même si : Puisque Angélique aime réellement Vcdère, elle doit l'épouser malgré son défaut, et lui, il continuera de jouer, sSLUi à la rendre nudheureuse (s'« BEUv., Lundis, vu, 11; = même si la consécpicnce doit être qu'il la rendra malheureuse).
La modalité. — La langue classique, à laide de l'imparfait du subjonctif, exprimait l'éventualité dans les exceptions hypothétiques : Si ce n'est que vostre fruict fust trop découvert, et qu'il eust besoin de -quelque feuille pour favoriser son accroissement (.Tard, fr., 129).
(1) Autrement je vous l'aurais dit peut être rapproché de: sinon je vous l'aurais dit. La phrase iîîni fiant si les choses s'étaient })assées différemment, elle revient à : si elles ne s'étaient pas posées ainsi.