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CHAPITRE VIII HYPOTHÈSES ET OPPOSITIONS GÉNÉRALISÉES

La variable. — Parmi les hypothèses et les oppositions, il y a lieu de distinguer celles où on rapporte à un fait, non pas un fait précis et positif, arrivé à un point de développement déterminé et connu, mais un fait variable dont on affirme qu'il peut se produire, atteindre un développement quelconque, ou s'étendre, se généraliser, sans que l'autre fait soit modifié : A quelque heure que tu aies besoin de moi, je serai à ta disposilion ; — Si savant qu'il soit, il est resté court; — Quelque effort qu'il fasse, quoi qu'il entreprenne, où qu'il se tourne, un homme ainsi mutilé ne gagnera jcundis un salaire eomj)lel.

La variable peuL être le sujet, ["allribul. l'objet : Qui que vous soycz, vous êtes le bienvenu : — Seigneur, quel que soit le lieu, l'heure, S'il te passe à l'esprit qu'il esl temps que je meure, Viens .' ( v. h.. Hern.. m. 7) : — quelque objet qu'il se proposât, // doit être satisfait.

La variable ixnit être une circonstance : de quelque côté qu'on se tourne, ce n'est que ruines ; — OÙ qu'on aille, tout est détruit; — Et, par quelques motifs que je vienne d'écrire, // est de mon honneur de ne m'en pas dédire (corn., s. du Ment., 419) ; — Dans quelque coin du monde que j'achève ma vie, soyez sûr, monseigneur, que je ferai continuellement des vœux pour vous (VOLT., Au roi de Prusse, 26 Août 17.36).

Construction de la variable. — Pour exprimer une liypothèse généralisée à sujet indéfini, la vieille langue utilisait volontiers les conjonctifs : qui l'eût vu, eût pensé... Ce tour a vécu jusqu'au XVIII'' s. : il a été repris au XIX«^ : Qui eût pu voir en ce moment la jigurr du malheureux collé aux barreaux vermoulus, eût cru voir une face de tigre {\. h., A'. D., ii, 72) ; — Bonne Thérèse, qui ne vous bénirait serait un ingrat (g. sand. Elle et L. ch. Il) ; — Ah ! qui pourrait ouvrir nwn cœur, n'y trouverait Qu'un tendre attachement à s'épancher tout prêt (aug., Av.. m, 5).

Mais cette forme de phrase était autrefois loin d'être toujours aussi régulière, la proposition contenant la donnée se détachait du reste : Si demeura sur l'heure empestré de ce coup, ne plus ne moins que qui luy eust mis des fers aux pieds (amyot, Philopœmen) ; — Qui croira ton babil, la ruse est merveilleuse (corn.. Veuve, 543. var.): — Bonne cJuisse, dit-il, qui l'auroit à son crac (la font., Fab., v. 8). Il nous en reste l'expression comme qui dirait.

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Ku [. m., qui ;i éU- reni|)Ia(.-é par ct'liii qui : Ceux qui liraient ce livre avec un œil sérieux, ceux-là courraient grand risque de n'avoir pas compris la j)ensée de l'auteur (champfl.. Conl.. 75). >Iais la phrase n'a plus la même souplesse.

Rôle des conjonctifs dans les variables. — Ce n'est pas seulement Cfuand la variable est dans le sujet, que les conjonctifs ont joué leur rôle. On (lit fort bien : j'irai le chercher où qu'il soit, comme : j'irai le chercher uù il est.

A l"aide de que. on forme ces conjonctifs en indéfinis : ([ui qui, qui que. de qui que. quoi que. quoi qui. l'ic... Les mots essentiels de nos variables modernes sont sortis de là. Mais on sait la confusion qui régnait entre qui cl qu'il, et même entre qui et qu'elle, d'autre part le désordre qui brouillait les formes casuelles qui et que. enfin la confusion des genres.

D'autre part, auprès de qui venaient se ranger quel et lequel. Il fallut des siècles à la langue {jour s'y débrouiller. Lequel disparut en ce sens. Mais quel resta. Que que disparut aussi, on garda quoi que. Restait à faire le départ entre les formes survivantes. C'est aux grammairiens du XYII^ s. cpie revient le mérite d'avoir à i)eu près fixé le rôle de chaque forme, dan^ la mesure où ils l'ont ])u. à l'aide de distinctions syntaxiques et d'arlilices d'orthographe (h. i... m. r>'21 ). Va\ général qui marque individualion, quel marque qujdification : Oh ! qui que VOUS soyez, jeune ou vieux, riche ou sage (y. ii.. l'euill. d' Aut.. xxiii) ; — Un garçon de cet I ge. quel que vous le supposiez, ne ]>eut pas... Mais la séparation est loin d'être toujuuis aussi nt'llc ([u'on l'cùl nouIu. Comme ailleurs, quel empiète sur qui.

Quoi quf. et qioiqii:. — Quai «y'"' *"^t ''' tornic neutre de qui que. On trouvait aussi dans la vieille langue que que : Que que nus die De vos consel n'isirai je mie { Tristan, i, 2<S72. (i.). — Originairement quoi que s'applique aux choses, non aux personnes : A nwut grant painne se détient Mes sire Yvains. a quoi que tort Que les mains tenir ne li corl (chr. tr., Yv.. 1302) .• — Si Polijeucte enfin n'abandonne sa secte. Quoi que .son protecteur ait pour lui dans l'esprit. Je suivrai hautement l'ordre qui m'est prescrit (corn., PoL. 1 176) ; — Quoi que dise notre d'Hacqueville, on n'oseroit entreprendre ce voyage contre l'iuus des menu s médecins qui m'a anoienl si bien envoyée (sÉv.. Lett., Di.xvii) ;— Quoi qu'il t'advienne par la suite, souviens-toi... que tu as là-bas... une main cmiie... (flaui!.. Corresp.. 2*^ série, p. 50). A partir du XIV^ s., on rencontre quoi que avec des verbes où son rôle syntaxique ne saurait se justifier, si on ne le considérait pas comme une véritable conjoiution ({ui introduit non plus une variable, mais un fait positif et précis : Quoi qu'il fust là armé et en grand urroy, si ne veoit il goûte et estait aveugle (kroiss.. I. 1, 2<S<S, L.) ; — Qui que ce .soit et quoi que ce soit sont sortis de là. Nous en avons parlé aux Indéterminés, p. 138.

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