‹ La pensée et la langueChapitre 531 sur 587 · HYPOTHÈSES ET OI'I'OSITIOXS GÉNÉRALISÉES · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSES ET OI'I'OSITIOXS GÉNÉRALISÉES

QuELQUK... Qi'E. — Il esl sorli pt'u à jxui de (jiiel... que. Le que s'élaiil agglutiné à quel, dans la iiériode du nioj^en français, on en a ajouté un second : Quelque bonheur que j'eusse éprouvé à être hors d'ici... je ne peuxpas consentir à me séparer de lui (s*"^ eeuve. Lundis, iv, 262) ; • — Quelque charme croissant que je trouvasse à la cultiver... je m'aperçus vite que mon vœu définitij ne s'y laissait pas enchaîner (id.. Vo/.. 24) ; — quelques retouches. que l'on donne à cette œuvre... elle sera toujours déjectueuse (fl.\ub., Corr.. 2^ série, 69).

L'orthographe de quelque. — Elle a donné lieu à bien des discussions, avant que les règles actuelles fussent fixées. Bouhours reproche encore aux Jansénistes de s'obstiner à écrire : quelques riches qu'ils soient. La règle de Vaugelas (ii, 56) prévalut àla fin du XYII^s. : Qtzr/r/uf en fonction d'adverbe d'intensité, devait rester invariable. On doit écrire : quelle que puisse être sa situcdion, quels que soient les avanlages que cette combinaison présente, mais au contraire : quelque grands que soient les avantages.

Tel que. — Bien avant le XX'!]*^' s., on disait tel que en niénic temps que quel que. Vaugelas a condamné celte façon de parler (ii, 136). Il a sans doute cru à une confusion avec quelque. Tel que est dans Racine et bien ailleurs: A'e négliger ses fautes et ne les croire petites, telles qu'elles soient (rac. VI, 308) ; — tel qu'il soit, une femme a toujours le talent De rendre son époux aussi souple qu'un gant (baron. Le Jcû.. iv. 1). Théophile Gautier affectionnait cette façon de parler : Tel soin que je prenne de faire de petites phrases et de les couper par de fréquents alinéas (Jeun. Fr., 179). Elle n'a rien de blâmable.

Adiectif s précédés d'un adverbe de quantité dans la variable. —

Tant. — Pour varier la quantité, on se servait autrefois de tant. Il esl encore dans Malherbe : Et même ses courroux, tant soient-ils légitimes, Sont des marques de son amour (Malh.. i, 216). Ce tour est conservé dans l'expression : tant soit peu.

Si, quelque. — On dit : si, quelque patient que vous soyez : — Cependant, il faut respecter la mas.se, si inepte qu'elle soit (flaub., Corr., A^ sér., 79): — • Si doux que fût ce tête à tête, une diversion lui permettait de penser tout à elle (p. MARC. Sur le Retour, 151).

Confusions entre formes de variables et formes d'opposition fixe.

— Ce qui s'est passé avec quoique s'est passé en d'autres cas. Le sens de la variation s'est perdu. Il n'y a plus d'hypothèse.

Voici un exemple où la chose apparaît avec évidence : On le mit dans sa tente, où tout percé de coups, Tout mort qu'il paraissait, il fit mille jaloux

(CORN., Pol.. 291). — Cf. M. de La Marck, tout étranger qu'il était, put être nommé membre des États- Généraux (ste beuve, Lundis, iv. 80) (1).

Pour. — Avec ce mot la transition est très sensible. La phrase : Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes (corn., Cid, 157), signifie à la fois: quoique les rois soient grands et : quelque grands que soien les rois.

Pour si. — Pour réintroduire nettement la notion de variabilité, à pour on ajoute un si (= tant) : Aussi ne pensai-je pas qu'aucune chose. pour si utile et si excellente qu'elle fût, ne pût jamais plaire (malh., ii, 279). Pour si que est aujourd'hui à peu près hors d'usage. Mais nous disons encore pour si peu que : un homme moins jeune et... infiniment moins séduisant que moi, pour si peu que je le sois moi-même (m. Prévost, Let. à Franc, mariée, 157).

Les modernes ont re]H'is hi locution pour... que : Nul ne se soucie, pour brave qu'il soit, (l'affranfcr le lion en son (uitre même (g.\utier. Frac, i, 114) ; — Pour respectueuses que fussent les paroles, elles juraient terriblement avec l'impertinence du ton détaché (p. ADA:\r. Myst. des joules, i. 18).

(1) On retranchait souvent après tout le que el le verbe: A'o.s /)«c.>!, tous grossiers, /'avoien/ beaucoup meilleur (moi.., Mis., 390); — Oui, toute mon amie, elle e.sl et je la nomme Indigne (Va-tscrvir le co-ur d'un galant homme CiD., //)., 113).

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