IN TROD UC TION XVII
Aucun artifice de classement ne peut donner à un des chapitres dont nous parlions plus haut : Syntaxe du subjonctif ou Efnploi de que, je ne dis pas l'apparence d'une chose composée, ceci serait de l'art, mais cette unité logique qui permet d'embrasser une matière, d'en rattacher les parties les unes aux autres, de la rendre féconde pour l'esprit et assimilable pour la mémoire.
Resterait d'ailleurs une autre difficulté, la principale. Nos g:
rammaires
y^^ gardent eofiora-i-mer apparence— d-'ordre^^ police qu'il y manque les. trois quartsde ce qui devrait y être. Prouvons-le avant d'aller plus loin.
Voici le chapitre des Degrés des adjectifs. Pourquoi des adjectifs ? Les adverbes n'ont-ils pas de degrés ? Plus souvent, dirait Gavroche. Et les noms, et les caractérisations de toute nature : plus nature, plus comme il faut ? plus homme de bien ?
En outre pourquoi trois degrés ? Parce qu'il y avait trois formes en latin et en grec, comme encore en allemand ? Que nous importe ? Ces trois formes ont du reste induit les grammairiens anciens à la plus fâcheuse des confusions. N'est-il pas contraire à toute méthode de mettre pêle-mêle degrés relatifs comme le comparatif ou le superlatif relatif, et degrés absolus ?
Ceux-ci ne sont-ils réellement que deux ? De presque tiède à brûlant, n'y a-t-il point d'intermédiaires ? Le thermomètre marque les degrés de température, le langage ne les exprime-t-il pas ? La vérité est qu'il y a toute une série de degrés, qui pourraient être groupés en trois classes : inférieurs, moyens, supérieurs, qui iraient de Vhyposulfite au permanganate, d'assez beau à parfaitement beau, ravissant. Les langues anciennes aussi avaient mieux que ce que des grammaires étriquées laisseraient deviner. Les nôtres sont dhme richesse \... conforme à nos besoins. On trouvera dans ce livre la série des moyens d'enchérir sur une appréciation. Il n'y en a pas moins de treize. Est-ce enseigner la langue que les passer sous silence, à l'exception de deux ou trois ?
Retournons-nous maintenant vers les degrés relatifs. Sitôt qu'on a ôté les œillères que la tradition nous impose, que de découvertes ! Major, 7ninor, plus grand, plus petit sont des comparatifs de supériorité. N'y a-t-il donc pas de comparatifs d'infériorité : moins grand ? Et les comparatifs d'égalité .^ Pourquoi sont-ils à peu près escamotés ? Sans doute parce qu'ils ne jouent qu'un rôle effacé. En effet ! Ils contiennent seulement toutes les équations des sciences. Quantité négligeable ! Seulement ils n'avaient pas de formes spéciales en latin.
Raison de plus peut-être pour chercher et pour exposer comment le
rapport d'égalité s'exprimait avant la diffusion des mathématiques et comment il s'est exprimé depuis. Quant, autant, tant, si, aussi, valent d'être expliqués. Leur syntaxe moderne exige même beaucoup d'attention, j'en appelle aux étrangers.
Dès lors une question se pose, impérieuse. Si on veut étudier la langue, où intercaler ce qui manque dans les livres de doctrine ?
Est-il possible de faire un chapitre des Degrés de l'adjectif, oix il sera traité des degrés de l'adverbe et du nom, de l'emploi et du choix des adverbes de quantité, de même, comparatif par essence, et de vingt autres choses ? Peut-on dresser un chapitre de l'impératif où figureront les futurs et les infinitifs à sens d'ordres, plus tous les mots ou groupes de mots jetés en commandements : Silence ! Dehors ! Arme sur V épaule ! Tenir debout ! où seront rangés parnii les demandes, les exclamations qui exigent, conseillent, supplient, accompagnées des formules qui les accentuent en revendications ou les atténuent en prières, avec pêle-mêle les conditionnels et les imparfaits des demandes honteuses, toutes les inventions de la platitude, toutes les subtilités de la politesse? Par quel artifice rattacher ce foisonnement d'expressions, ce formulaire social compliqué où une race rafiinée a mis son empreinte, et des siècles de vie commune leurs marques diverses, à cette pauvre forme de l'Impératif, sans personnes, presque sans temps, mutilée, rapiécée, qu'on rencontre parfois, mais assez rarement dans-Gê 4afe¥i4ftthe ?
Un exposé de cette sorte serait un monstre contrefait, éclatant d'enflure et de gibbosités, un composé d'appendices. Je le dis pour l'avoir essayé, car j'ai commencé par là.
Et cependant le nécessaire doit être introduit ; la langue doit entrer dans les grammaires. Par quel moyen ? A mon sens il n'y en a qu'un, mais il snlf.t. Entre les farmes les plus diverses de l'expression, entre les signes les plus ûispkrates, ïï y a un lien, c'est l'idée commune que ces signes contribuent à exprimer. Si on la prend pour centre, il ne s'agit plus de choisir entre des rattachements abusifs ou des omissions forcées, tout s'ordonne autour d'elle ; elle groupe des éléments linguistiques venus de toutes parts, et dont d'autres chapitres se trouvent allégés. Tout se complète, s'organise, se classe. De la sorte, quelques hommes cesse d'être aux indéfinis, pendant que des hommes est à l'article, une poignée dlwtnmes au nom, vingt hommes aux noms de nombre ; les expressions de quantité précises ou imprécises se cataloguent dans le langage, comme le font ailleurs les nombres et les mesures.