NUMÉRATION DE UN A UN MILLIARD
Les noms des dizaines. — Pour les nombres des dizaines, la langue a eu recours en même temps à des systèmes différents :
1° Dix, vingt, trente, quarante, cinquante, soixante, sont d'origine latine, et aussi sti£tcinte, huitante (ocLante>^ nouante. Ils étaient très usuels au XA44* s., encore que Vaugelas les eût condamnés (ii, 111) : quatre mille trois cent septante neuf livres douze sous huit deniers ci votre marchcuid (MOL., B. G., III, 4) ; ^ il eut ordre de former une assemblée vénérable de septante Conseillers (boss., Hist. univ., 2° p., eh. m).
2° D'autre part, nous employons encore quatre-vingts. C'étuiX un système celtique de iiuniératloîLJ22r 20, autrefois d'un emploi étendu ; on disait ^-^ix^Ingts, sept-vingts, onze-vingts, quatorze-vingts, etc. Cette numération par vingt n'a subsisté que dans quelques rares expressions, telles que : r Hôpital des Quinze-Vingts. Six-vingts, encore usuel au XYIII^ s., et que l'Académie approuvait en 1762, a disparu ainsi que sept-vingts et huitvingts : Remarquez que dans cette scène il n'y a presque que deux mots à reprendre, et que la pièce est faite depuis six-vingtS ans (volt.. Comment. s. Cin., Xle rem.). Reste quatre-vingts.
3° Quatre-vinQt-dhLX£^U]:J^s,e^^-nne cornhmaison des deux systèmes précédents. A vingt on ajoutait dix. Pendant longtemps on a dit deux vingt et dix (pour 50), trois vingt et dix. etc., d'où quatre-vingt-dix.
40 Dans soixante-dix, on conserve le même procédé d'addition de dix. mais avec cette bizarrerie qu'on ajoute rf/.r non pas à un nombre de vingt, m ais à uiie dizaine : soixante.
Il faut noter que dans beaucoup de provincesJej2fuplc a résisté, et s'enlête, malgré les élégants, à dire septante comme quarante; de même nouante; mai^ Mitante (octante) est mort.
Orthographe de vingt et cent. — Les règles actuelles, relatives à l'orthographe de vingt et de cent, étaient inconnues au XVP et au XYIP s., : Palsgrave déclarait seulement que vingt et cent restent invariables, quand ils ne sont pas multipliés, que sinon, ils prennent s. De même Meigret. Personne ne se souciait alors de savoir si un autre nom de nombre suivait ; on écrivait quatre^ Vingts et un. deux cents nulle comme deux cents, etc. La règle inodei-ne^ est une inyeution de la fin du XVIP s., dont l'auteur n'a pas encore été retrouvé. Elle fut acceptée par les grammairiens de la fin du siècle, bien que l'Académie en 1762 l'ignorât encore. Elle a passé de là dans les manuels. Que perdrait-on à l'abandonner ?
Mille avait plusieurs formes : mil. qui représentait la forme singulière.
j(>nction devient ]ilu^ rnr^, 1" Académie l'abandonne. Notre langue actuelle conserve encore t'inçit et un, Irrnlc et un, quarante cl un, cinquante et un. Elle a cessé de dire cent et un (Le livre des Cent et un). La conjonction est certainement appelée à disparaître dans ce cas-là, comme elle a fini de disparaître de cent et un. Il est vrai qu'on entend dans vingt-deux un / ; on s'est demandé s'il n'y avait pas là un reste de vingt et deux. 11 est plus probable que nous sommes en présence d'une analogie de trente deux, quarante trois.
nulle, qui coiTespoiulait à la forme plurielle. C'est celte seconde forme qui se trouve aujourd'hui écrite mille (pron. : mil). La langue a tout à faitperdu le sentiment qu'il y avait là un pluriel. i\/iZ et mille coexistaient en a. f., employés à peu près indilîéremment ; c'est ainsi que l'on trouve souvent mil jiour le pluriel : Cel jorn i oui cent mil lairmes ploredes {AL, cxix, 5).
On commença à légiférer à ce sujet au début du XVIIe s. Oudin et Richelet (1680) n'admettent plus mil qu'en parlant des années; Vaugelas avait lait observer que mille « n'avoit point de pluriel »; c'est aussi l'avis de Ménage (0., ii, 116). C'est qu'il arrivait que. par analogie, on trouvait millea^•ec l's du pluriel chez certains écrivains. Leur exemple n'a pas été suivi. La règle s'est imposée dès le XVIIF s.
Les gros nombres. — Au tleJà de /;)///(' on comptait autrefois i)ar dizaines et centaines de mille ; au delà on ne comptait i)lus (ii. i., ii. 310- 11 : III, 470). A quoi bon de gros nombres précis, alors que rien n'en faisait sentir le besoin? Pour désigner un nombre^énorme, on employait l'-expresvion mllllasse : Tant de milliasses d'hommes enlerrez avant nous nous encouraqent à ne craindre d'aller trouver si bonne compagnie dans Vautre monde (mont., I, 171. L.). — S'il fallait préciser, on disait dix fols cent mille : milante mil (g. dk coincv, 187. 32 1). Les premiers exemples dé million apparaissent chez Commynes et dans .hivénal des l^rsins. Le mot est sans xLoule d'origine italienne. Il devint courant au XVL' s. : (de) Nfimphes un million (lem. dk bp:i,c.., (Euvr., m, 106).
Au-dessus d'un million, la numération demeura ]onglem|« incertaine : (Idiil on f>eult bien conter millions p/».s de mille (i.km. dk iîklc, Œuv., m, 130) ; cent mille millions de fois (lah., les i:sc., i, 3).
lùifiii milliard apparut, mais avec une valeur variable. Dans Peletier du Mans {Arilh., 1554, 2 r») iUsignifie million de millions, c'est en somme un n^imbre vague, comme mllliasse^Cc n'est que de nos jours, que par la faute des budgets croissants, le mot est devenu courant. JCrilllon, ^mUfillion restent de pures expressions arithmélicpies. /O" k>nd à remplacer les nombres démesurés.