CHAPITRE X LES CALCULS ET LE LANGAGE
Exclusions et additions. — On ne saurait examiner ici les procédés linguistiques employés en mathématiques. C'est là une technique spéciale. Je renvoie aussi au chapitre des Rapports les additions, retranchements, etc., concernant les propositions^
Pour «^exclui-^to^ute addition » , la langue se sert du moi seul, seulement. Une dame seule signifie une dame non accompagnée ; dames seules veut dire aussi : dames seulement ; la chasse seule, à elle seule, peut remplir une vie : j'en ai seulement deux de rechange. On se sert aussi de unique : il a perdu son fils unique.
En a. f. on usait, comme en latin, de la préposition par : par lui (= lui seul) ; — Cil sunt par els en un val suz un tertre (Roi., 3065) : — La dame... s'en rit tout par elle soubz tes draps (XV Joyes, i). Cette façon de parler nous est restée dans à part lui, dont l'orthographe cache le sens véritable.
On se sert aussi ^ restrictifs : ne que ; ne rien que; rien que : il n'// a vu que du feu : — ce ne sont que /estons, ce ne sont qu'astragales (boil.. A. p., 1, 58) ; — rien que les potasses d' Alsace constituent une richesse énorme.
Il arrive aussi qu'après avoir exprimé l'être, la chose,. Qja aiQilte des néga- Jiy£s7^e le recevrai lui, mais pas d'autre. On ajoute aussi les locutions : rien de plus ; ni pjus ni moins.
Le mot sans sert également à ces exclusions : lui, sans elle ; — la mère. sans ses enfants ; — deux, sans trois. D'où l'expression sans plus.
Quand on veut annoncer qu'il y a-quelq^oe-xhose à ajputeiv on se sert couramment ^j&-mr/jas... yurr-C'est une expression toute ninrlpmp Elle a été combattue avec acharnement par E. Deschanel et par Jittré ; néanmoins les exemples en sont extrêmement nombreux, aussi bien chez les auteurs que dans les journaux et dans la langue courante. D'une promotion de jeunes filles très cultivées, aucune ne s'imaginait que ce fût une faute : il n'y a pas que moi de bel honmie dans le monde (scribe. L'ours et le pacha, se. 5) ; — tu ne m.e donnes pas que du courage pour supporter les difficultés de la vie (balz., Let. 1er déc. 1833, dans Lebreton, Balz., 186); — Gustave Flaubert n'a pas que le souhait de clarté (zola. Romane, 136); — ■ il n'y a pas que des demoiselles Loiselier au monde (m. tinayre, Mais. d. P., vu, 75).
Et. Plus. En outre. — I-a forme mathématique de l'addition, c'est plus ( + ). Elle se répand dans le langage : 20 francs par jour, plus les pourboires, c'est beaucoup. Mais la vieille forme de la langue, c'est la conjonction et : deux et deux font quatre ; — toi et moi.
On redouble souvent et, moins souvent toutefois qu'à l'époque classique.
A et on adjoint souvent aussi, en outre, par surcroit, encore, en sus, pardessus le marché : On y a retrouvé des poteries, et en outre des sépulcres de pierre : - - de l'audac, ri encore de l'audace : --- il a reçu dix livres en SUS ; une jolie jeune fille, et une dot par dessus le marché ! On additionne aussi d'autre façon. D'abord au moyen de avec : et avec cela. Madame ? — Bertrand âvec Raton, l'un singe et F autre chat : — le singe avec/r léopard Gagnaient de l'argent à la foire (i.a font., Fab., ix. 16 ; ix, 3).
A l'aide de outre, en plus de, on forme des compléments, où on met ridée à laquelle on veut ajouter quelque chose : A Strasbourg, outre la cathédrale, le Temple 5' Thomas mérite une visite ; — en plus des frais ordinaires, il faut compter les gratifications de fin d'année.
Pour ajouter un nom à un nominal, à côté de la forme ordinaire : ton père et moi. on se sert d'un ])luriel qui englobe les diverses personnes : nous deux ton père. On dit aussi : nous te disions souvent avec ton père.
On souligne l'addition. — Quand on veul souligner l'addition, on intro (luit l'incise qui plus est : Toute doctrine sociale qui cherche à détruire la familli est nKUHHiise. et. qui plus est, inapplicable (v. ii.. Philos'., i. 199).
Ni, — Quand deu.\ ou plusieurs idées dépendenl dune négation coin mune, exprimée ou implicite, on les joint-|iar/îi au lieu de et. Ainsi à la for mule une foi et un roi. on peut comparer la formule négative ni foi ni loi : il n'ij aura ni riches ni pauvres au roijaume des deux : — je n'écouterai ni ses suggestions ni ses ordres.
A/ (aucicuiu'inetil ne) est un mot héréditaire. Au couis de l'histoire de la langue, il a été plus ou moins employé. En moyen français il apparaissait .à la place de e/ sitôt qu'il y avait négation. Ainsi dans les comparatives après ne : ny que mon cœur ny que moij. On le rencontre jusque chez les classiques même dans des phrases sans ne : les choses qui servent plus aux délices qu'à la nécessité ni cm profit {s\. mai., n, 19: ii. i... m. ()53). 5qns iiii une négiation snfTisaaLe pour entraîner l'emploi de /)/ .• sans vivres ni lumière ; — sans feu ni lieu ; — sans paix ni trêve.
Quand il y a interrogation, on voit aussi apparaître /)/' .• Ai-je jamais reçu de vous ni caresses ni amitié ? (a. karr, Tilleuls, 35).
Dans certains cas, il n'y a point de règle formelle qui impose et ou bien ni. Mais des finesses de sens se marquent dans ce choix. Ni, tout en joignant les termes, disjoint les idées : on dira qu'on ne s'avise pas de toucher aux libertés acquises et aux lois entrées dans l'usage. L'idée est qu'on porterait atteinte à la fois aux lois et aux libertés. Ce serait un doidile attentat. Avec