LES CALCULS ET LE LANGAGE
Quelquefois, pour retrancher, on fait des phrases. sp4ciale-S->— contenant les réserves : je ne parle pas de, en mettant à part, si l'on excepte, en ne tenant i>as compte de.
Multiplication. Multiplicatifs et Multiplicandes, — Des multiplicatifs existaient en Jatin. Ils n'ont pas subsisté en f. m., sauf double. Quant à triple, c'est une forme savante. Elle a remplacé ircble. Quadruple a remplacé (juadruble.
Nous avons aussi, depuis le XVJe s., réemprunté une série de multiples en uple : sextuple, décuple, centuple, etc.
Encore ne faudrait-il pas croire que la forme double de l'a. f. eût la valeur nette qu'elle a aujourd'hui. Double était souvent uii simple synonyme de fois ; cent doubles signifiait cent fois : car sa foie li iert a cent doubles doublée ■^ERTE, 1986, G.).
C'était là la vraie manière française de multiplier. On se servait de noms^. ^^plaeés devant le nombr£ à multiplier et on faisait précéder le tout du multiplicateur, comme nous faisons encore aujourd'hui quand nous disons quatre fois huit.
Un des principaux multiplicandes étaient .ïfm(.; bien II. tans plus que l'autre gros (chrest., Percev., G.). De tant on avait tiré autretant, et cuitant (une autre fois), qui existe encore. On se servait aussi de voie, empaintes, onde, et en particulier de coup (1). Coup a encore ce sens dans diverses locutions de la langue moderne, telles que encore un coup, du premier coup, tout d'un coup, à tous les coups : niettons^noOTe un coup toute la Grèce en flammes (rac, Andr.. 1158) ; — tOUt d'un coup son insage a pâli (moi... Am. méd., i, 6). — De là l'adverbe becnu-oup. cpii a fini par remplacer moût.
Le mot fois est aujourd'hui seul en possession de jouer le rôle de nuilliplicande : na'Z/e fois, deux cent trente et une fois.
. En langue moderne, on use de préfixes multiplicatifs : bi, tri, poly, dont nous avons déjà parlé : 'bicyclette, phosphate tTiealcique, polysyllabe, multimillionnaire (cf. unicolore, bicolore, tricolore).
Partage et division. — Les choses nombrables partageables se divisent __en parties égales ou inégales. Le total à partager se construit avec de : de tous, j'en ai élevé deux ; — de toutes les misères parisiennes, les plus difficiles à découvrir... sont celles des gens honnêtes (balz., Env. h. cont., 135); — de tout ce qu'il m'a fallu sacrifier, de tant d'ambitions foudroyées, ce que je pleure, c'est vous(a. daud.. Pet. par., 23). Le développement de ce complément est très grand. On dit par analogie : de lui ou de sa femme, on ne sait 'û qui mourra le premier. On trouve aussi : entre, parmi, sur : le grand mouve-
(1) Au début, ce mot signifie proprement unr oi'/îc». .^près axoir passé par le sens de choc produit par un objet quelconqiie, il en arrive à être le synon\niie de fois.
ment ombrien du XI 11'^ s., qui est, entre tous les essais de fondation religieuse, celui qui ressemble le plus au mouvement galiléen (ren., Jés., ch. xi) (1).
Nous disons aujourd'hui Vun des trois, l'une des dix. Autrefois ce n'était pas seulement le nombre un qui prenait l'article comme aujourd'hui, mais les autres nombres, pour marquer une partie plus ou moins considérable (l'un nombre exprimé ou sous entendu : E Bramimunde les tursli ad rendues. Les dis sunt granz, les cinquantes menues (RoL, 3655) ; — les trois batailles (les sept garderaient l'ost par defors (villeh., 170 d). ■ — Encore au XYII^ s., Des trois, les deux sont morts, son époux seul vous reste (corn., Hor., 995) ; — j'avois pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster ; les quatre contenoient quatre chœurs^d& jjnusique {là.. Ment., 264). Le sens est : deux sur trois sont morts, quatre sur cinq des bateaux.
Le complément du partitif est souvent dans le représentant en : ces poires sont belles, j'en veux une douzaine.
Les distributifs. — 1^ Pour répartir, distribuer en portions, on indique ])ar un noml)re rclïectif de chaque porLiqn, et on fait précéder ce nombre (le la préposition par : défiler par quatre (quatre de front) ; — les invités s'en allaient par deux, par groupes de deux. Ou bien on exprime deux fois soit le nombre, soit le nom, en reliant au moyen de à, par : les enfants s'avançaient deux à deux, trois par trois, enfant par enfant. — Tous les fantômes vagues, riants ou funèbres, que peut contenir une conscience, revenue et rappelée rayon à rayon, soupir à soupir (v. u., Cont., Préf.).
20 On se sert du nominal qui..., qui. Cette expression était suspecte à Vaugelas (i, 121 ; h. l., m, 298); mais, soutenue par l'Académie, elle finit par demeurer (ils n'ont pas manqué de dire que cela procédait qui du cerveau, qui des entrailles, qui de la rate, qui du foie (moi.., Méd. m. L, ii, 5); qui sortant des maisons, qui des petites rues adjacentes, qui des soupiraux (les caves (v. h.. A'. D., i, 101). — Ce qui est généralement sujet (2).
Chacun et CHAQUE. -- Ce distributif a toute une histoire. Il figure dans les Serments de Strasbourg : in caduna (chadune) cosa (en chaque chose). Les Latins avaient adopté le gieccala, en l'unissant au latin unu, d'où : chadun. D'autre part ils employaient^Çjuis5i7<', d'où cesque. Ces deux mots se sont mélangés pour aboutir à un mot bâtard chesqun, cliascun, où on retrouve le eha de cliadun et le sq de cesque. Cette forme fut longtemps unique, et servait à la fois d'adjectif et de nominal. La situation dura ainsi jusqu'au XVI<^ s. l'n phénomène analogique se produisit alors : avec que(l)qu'un on avoil
(1) On dit fort bien : Parmi tous ces élèves /> n'en trouverai donc pas un qui sache cela. Le nombre est indéterminé. Mais on ne dit pas : Parmi mes trois élèves, ie n'en ai aucun (/ui ail réussi A l'examen. Il faut pour que parmi soit possible, qu'il s'agisse d'une masse, d'un groupe considérable : parmi mes trente élèves.
(2) Autrefois 711e bien, que mal, voulait dire tant bien que mal : un coquin approuvé Ici, s'en fiant (/"orf/iiciZ al de vent, veut se dire grand seigneur, sous Vombrc de quelques douiains qu'il a que bien que mal aequis (chap., G. d'.Alf., 11, ."ÎIJ ; 11. i.., ni, 2'.)8). Que bien que mal, elle arriva, sans nuire aventure fâcheuse (la font., Fab., ix, 2).