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HA PI TRE PREMIER LA NOTION DE DÉTERMINATION

Il y a indétermination quand on parle d'êtres ou d'objels quelconques, sans indiquer quels sont les êtres ou les objets particuliers dont ou parle : un soldai ; des fleurs. Il y a détermination en cas contraire : le soldat en faction à ia porte du Ministère des finances ; les fleurs que j'ai rapportées hier.

Il peut y avoir détermination d'individu, ou détermination d'espèce : la route de Paris à Anfibes, c'est une route déterminée ; les routes nationales, c'est une espèce de routes déterminées (1 ).

Qu'est-ce qui est déterminatif ? — On parle d' « une taille! . On veut en acheter une. Si on se présente chez un marchand avec cette idée, avant de montrer toutes sortes de tables, différentes de forme, de matière, etc., il demandera des précisions : une table destinée à quel usage ? de quel prix environ ? Ce sera, je suppose, une table à thé, à double plateau, marquetée, etc. Avec tout cela, il n'y a pas détermination, jusqu'à ce que l'acheteur ait choisi la table qu'il préfère. C'est seulement quand, entre les diverses tables analogues, la préférence aura été donnée à l'une d'elles, qu'on sera passé de l'indéterminé au déterminé : le client peut alors la montrer : je

(1) La compréhension d'une idée consiste dans le nombre des éléments qui la composent dans celui des idées dont elle est formée ou extraite. Son extension consiste dnns le nombre des objets auxquels elle est appliquée actuellement, parmi lous ceux auxquels elle convient, et dans la manière dont ils sont considérés. Ainsi les adjectifs pauvre, faible, maigre modifient une idée dans sa compréhension, car, si je les joins à l'idée homme, j'ajoute à toutes les idées qui composent cette idée homme, les idées de pauvreté, de faiblesse, de maigreur, qui n'entrent pas nécessairement dans sa formation.

Au contraire, les adjectifs : 7c, ce, tout, un, plusieurs, chaque, quelque, certain et autres semblables, modifient une idée dans son extension, car, si je les joms à cotte même idée fmmme, ils la déterminent à être appliquée aux individus à qui elle peut convenir, ou d'une manière indéfi ie, ou avec précision, ou collectivement ou distributivement, ou en totalité, ou partiellement (dest. de tracy. Idéal., 180.3, 101-10.5).

prends cette table-ci. Il demande qu'on lui envoie sa table le plus tôt possible. Il ne la reçoit pas : il réclame la table qu'il a achetée. Point de réponse : il vient voir pour la table, etc. (1).

Il y a détermination sitôt qu'il y a accord entre celui qui parle et celui qui écoute ou qui lit,surl'individualité des êtres, des objets, des actions, des espèces dont il est question au propos.

Tout est déterminatif et rien ne l'est. Impossible d'indiquer « à priori » les précisions qui suffisent, une seule parfois, dans d'autres cas, toute une série. Ainsi on présente deux pianos, un Érard, un Pleyel, vous achetez le Pleyel. La détermination est faite. Y en a-t-il plusieurs de chaque marque ? Il faut recourir au prix, ou à une autre caractéristique. De même pour tout. Du tabac à priser est déterminé, s'il n'y en a que d'une sorte; sinon il faudra indiquer la qualité.

Dès lors, pour certaines désignalions, les caractéristiques vont s'enfiler les unes derrière les autres : le groupe de la statuaire du Moyen Age qi'.i m'a le plus frappe au Louvre, c'est le groupe qui se trouve dans une petite salle du rez-de chaussée, qui vient de Bourgogne et qui représente des pleureuses portant une dalle funéraire (le loiiibeau de Philippe Pot) ; — la dame que nous avons rencontrée à la Comédie-Française, qui portait une petite toque avec une plume blanche, qui était dans l'avant scène de droite, ;7 qui applaudissait tout le temps.

Gomment on demande vine détermination. -- Pour demander une détermination, on peut i)oser des questions très générales: on est venu vous demander. Qui ? — // me reste beaucoup à faire. Quoi ? Mais l'intcrrogatif essentiel c'est lequel, laquelle, etc. Ton cousin est venu te demander. Mon cousin ? lequel ? - - Celui de Niantes ; — fc viens vous demander une faveur : laquelle ?

Jusqu'au XYIII^ s., on pouvait employer quel sans article : Juge-nous un peu sur une gageure que nous avons faite — Et quelle ? (mol.. Imp., 4) ; — je viens vous annoncer la meilleure nouvelle du monde — quelle ? (mol., B. G., IV, 5) ; — quelle des deu.v aurai-je, ou la mort ou Cassandre ? (rotrou, Veneeslas, ii, 2) ; — quels de vos diamants me faut-il lui porter ? (corn., Suite du M., II, 3). « Il n'y a qu'une sorte de phrase où quel sans article puisse être employé sans l'accompagnement d'un substantif ; c'est, par exemple, lorsque quelqu'un ayant dit : j'ai une grâce à vous demander, on lui répond : quelle ? au lieu de dire : quelle grâce ? > (régnier desmarais, Gram., 1706. in-120, 281).

Lorsqu'il s'agit de faire un choix entre des personnes parmi lesquelles doit se trouver celle dont on parle, on emploie qui ou lequel suivi du complc-

(1) Sur les mots nièmos défini, indcfini, déterminé, indéterminé, on trouvera des réflexions très intéressantes dans un article de M. Vvon (Revue de philologie, tome XVI). L'auteur critique avec raison ces expressions, dont il a été fait du reste un emploi si incohérent, quil est très (iitricile actu(llcni<nl de leiu- atlriliucr une valeur rifîoureusemrn' exacte.

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ment partitif : qui de vous deux ou lequel de vous deux ira le trouver ? Cependant qui est en décadence, tandis qu'en langue classique il était encore fréquent : qui de nous deux à l'autre a droit de faire loi ? (moi.., Sgan., 7). Quand il s'agit de clioses, lequel est maintenant de règle absolue. Il était volontiers nominal en langue classique : je fransissois, je brûle maintenant. Lequel vaut mieux ? (la font., Cont., ii, 5, 276). Cet emploi est aujourd'hui fort rare.

Quel est complètement sorti de l'usage. 11 était déjà arcliaïque chez La Fontaine : la question ne fut que de savoir quelle des deux dessus l'autre l'emporte (i.a font., Cent., i, 63) ; — cf. Mais quand on voit les miracles et doctrines suspects d'un mesme costé, alors il faut voir quel est le plus clair (pASC, Pens., éd. Molin., ii, 77) ; — Je doute quel des deux est moins m'assassiner. Ou de ia retenir, ou de m'abandonner (rotroi% La Sœur, iv, 4).

Il faut ajouter qu'ici comme ailleurs les périphrases interrogatives jouent un rôle important. Dans les exemples de lequel qui sont donnés par Oudin en 1645, on note déjà l'introduction de est-ce : lequel est-ce qui a fait cela de vous autres ? lequel est-ce de vos frères qui est venu chez vous ? (Gr., 130). De même au lieu de qui est venu ? on dira : qui est-ce qui est venu ? Dans la langue populaire, ces périphrases sont quasi, de règle • lequel est-ce ou même lequel c'est qui ira ? On entend : qui c'est qui vient ? et aussi avec une réduction sans verbe de ce tour : lequel qui ira ? A éviter.

Il est bien entendu, d'après ce- qui a été dit de la déterminatioi», que ce ne sort là que les-interrogatifs généraux. Puisqu'on peut répondre par toutes sortes de spécificatifs, on peut aussi questionner en posant des questions de toutes sortes : on cherche à retrouver un roman publié par la « Revue de Paris » . La première question sera : de quel auteur ? — - .Te l'ignore. — Quand a-t-il été publié ? — Il y a une dizaine d'années. — Quel était le sujet ? — Un Français, déguisé en femme turque, assassinait, etc.

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