CHAPITRE III REPRÉSENTATION SIMPLE (i
I'« et !!• personnes. — Au sujet, je, tu^ sujets inséparables du verbe, vraies formes de conjugaison, ne peuvent être considérés comme représentant quoi que ce soit ; me, te, moi, toi non plus. Ce soiit des nominaux. Au pluriel, nous, vous représentent quelquefois réellement : j'ai vu Jeanne et Georges ; nous mettrons la table dans le jardin. Nous représente Jeanne, Georges et moi, dont il fait en quelque sorte la somme. Cf. : Le roi, l'âne ou moi, nous mourrons (la font., FabL, vi, 19).
III« personne. — A la 111®, la représentation simple est fournie par les « personnels » il, elle, le, la, lui, eux, elles, leur, auxquels il faut ajouter les adverbiaux en et y : vous qui pleurez, venez à lui, car il pleure ; — r Alsace est un pays de ressources. Je ne saurais vous en énumérer toutes les richesses ; — c'est un grand devoir, / *y Consacrerai tout mon temjys.
Le, la ET eUe. — Jusqu'au Xl!x.« s., avec la locution c'est, ce sont, on a employé la forme légère des pronoms attributs : ce l'est, ou je consens à passer pour un fou, — Si c'est elle, je veux qu'on me coupe le cou. — Si ce ne l*e«t, je veux que, devant que je sorte.,. — Moi, si CC l'est, je veux que le diable m'emporte (montfl., Éc. des Filles, iv, 7). I-e 2« vers montre qu'on employait aussi c'est elle. Aujourd'hui, on ne trouve plus ni le, ni la, ni les, dans cet emploi.
Bn BT y. — Origine de en. — C'est un adverbe de lieu : // sancs en ist (Roi., 316ô) signifie : le sang en sort. Aujourd'hui encore : /'en arrive signifie j'arrive de là. Comme le montrent les deux exemples, en peut être traduit par de ce lieu.
De ridée de lieu, on passa h l'idée d'un lieu figuré, d'une date, et de proche en proche, en finit par remplacer un nom quelconque précédé de dCf quel que fût le sens de ce de. Ce développement est très ancien : eslit furent H message: si en fu li uns Mahius (villbh., 184, 1 =» Vun d'eux fut Mahieus).
Bn, par ses origines, représentait essentiellement la III« personne ; aussi l'emploi de en a-t-il toujours été plus libre avec cette personne qu'avec les
(1) Les rénéchls seront étudiés à V Objet, liv. IX, efa. X.
autres : je vais mettre en vos mains Pompée et Cornélie : En velet déjà l'ui, et pour l'autre elle fuit (corn., Pomp,, 759).
Néanmoins en a tendu à s'employer comme représentant de la !'• et de la 2^ personne: En publie^ en secret, contre vous déclarée. J'ai voulu par des mers ftn être séparée (rac, Phéd,, 601). Les exemples sont particulièrement fréquents avec le verbe par/cr. Mais là on peut considérer en comme signifiant de ce sujet.
En est complément partitif : i7 n'en prit que dix ; il est complément possessif : /'en vois les inconvénients. Nous l'avons déjà vu dans ces fonctions. Il représente des compléments de lieu, d'instrument, de moyen, de cause, qu'on trouvera chacun à leur place dans la suite de ce cours.
Le sens de en s'est extrêmement affaibli au fur et à mesure que ce mot gagnait en extension. Il en résulte que bientôt on l'ajouta ou qu'on le retrancha à peu prés indifféremment, et sans que le sens fût changé. Voici des exemples où en manque encore dans la langue classique (1) : il est du véritable amour comme de l'apparition des esprits (la rocii., i, 63) ; — si tu es un habile homme, tu as tort de ne pas parler ; mais s'W. n'est po^ ainsi, tu en sais beaucoup (la br., Disc. Théoph.).
Nous avons pas mal d'expressions où en s'est introduit, et où U ne représente plus tien du tout ; s'en aller est un exemple frappant : s'en aller de Pari?. On peut comparer c'en est fait, au lieu de c'est fait. On serait bien empêché de traduire exactement en dans l'expression des Poilus : en mettre (2).
n arrive par suite que, dans la langue populaire, il s'accole inséparablement à certains verbes : on dit ensauvé, en allé : Dieu ! comme il se sera brusquement en allé I (v. h.. Roi s'am., v, 3).
Sens primitif de y. — Dans y, comme dans en, originairement, le sens local a dominé : pluie n'i chiet (Roi., 981) ; puis le lieu a pu être un lieu nguré : il nus i cuvient guarde (Roi., 192, entendez : en cette occurrence). Le sens s'est ensuite etfacé, et 2^ a signifié à cela, pour cela : /'y fais tout mon effort (MOL., Amph., 1400). Puis on a été plus loin : jamais philosophie n'a esté plus à la mode qu'y fut celle de Platon (fonten., Hist. des or., ch. m) ; y représente à la mode.
Longtemps le féminin li (du personnel lui) survécut obscurément. Est-ce cette survivance qui facilite au pronom y certaines usurpations ? En tous cas, dans la langue populaire, il se dit couramment : offrez-y donc un gloria (d. poulot, Sublime, 19) ; £; joue le rôle de lui.
Très souvent y, comme en, finit par ne plus rien représenter : il faut y passer ; — «7 y a là beaucoup de monde.
Genres, nombres et cas dans les représentants simples.— > Certains
représentants simples ont un cas sujet, il; un cas objet, le ; un cas objet second, lui; nous montrerons comment le cas est choisi suivant le rapport :
(1; CI. VAUG., I, 366 ; bouh., Suit., 587.
(2) Danii ne pan s'en faire^ on sent encore vaguement ne pas se faire de bile. CL z il en a déuidé au bout Vune de r autre I La langue classique avait ses locutions analogues : tn donner à garder.