‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 182 sur 586 · CHAPITRE XI VIDÉE DE RÉCIPROCITÉ. — LES VERBES RÉCIPROQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI VIDÉE DE RÉCIPROCITÉ. — LES VERBES RÉCIPROQUES

Il arrive que l'aclion attribuée à plusieurs êtres va d'un des auteurs de cette action à Tautre, et aussi, de celui-ci, retourne au premier. On dit qu'il y a réciprocité.

L'idée de réciprocité s'attache à des noms, à des adjectifs, à des verbes : nos devoirs les uns envers les autres ; — indulgent Tun pour l'autre ; — Deux frères doivent s*entr'aider l'un l'autre. — Tout le développement de la mutualité est dû au sentiment de la solidarité des hommes les uns envers les autres.

Moyens d'expression.- — Certains noms ou verbes renferment en euxmêmes l'idée de réciprocité. Ce sont ceux qui sont composés avec entre. Les écrivains du XYI^ s. les ont fort aimés et en avaient accru le nombre: s'eniierépondre, s'entrenuire, s'entvepousser, s'enivepiller, s'enttecroiser. (Cf. entreparlcurs) (h. l., ii, 194).

Depuis le XV IP s., ces composés ont beaucoup diminué de nombre ; mais la particule entre est toujours vivante et féconde, et il est fâcheux qu'on lui substitue inter, pris tout cru à des composés latins : les commissions Intefministérielles, les entrevues ïnteTparlementaires. On employait aussi contre : contr ères pondre. contT^ aborder, contv* amour.

Il y a lieu de tenir compte également du préfixe re, qui signifie rendre à quelqu'un Téquivalent de ce qui vous vient de lui : il m'a offert une tournée, je lui en ai roffert une, dit-on dans lé peuple.

La forme ordinaire des verbes réciproques est la même que celle des réfléchis : si vous voyez deux chiens qui s'aboient, qui s'affrontent, qui se mordent et se déchirent» vous dites : « Voilà de sots animaux» (la br., Car.. Des jug., 119). Cf. leurs regards se croisèrent ; — les deux façades se correspondent (1).

Mais on remarquera qu'une phrase comme : ces deux hommes s'observent peut signifier que chacun d'eux s'observe lui-même dans son attitude, et aussi que l'un observe l'autre et réciproquement. Ceci ne va pas sans inconvénient. Ex. : Les deux jeunes gens se sont mariés le 12 juillet. Pour faire cesser l'équivoque, s'il s'agit d'un même mariage, il faut ajouter l'adverbe

(1) Cf. Tout ce qu*» la haine la plux implacable avait inoenté contre noiis^ nons noUA rappliquions naturellement, et ces deux êtres malheureux, qui seuls $• connaissaient sur la terre, qui seuls pouuaient se rendre Justlee, se comprendre et se consoler, semblaient deux ennemis irréconciliables, acharnés à se déchirer (b. const.. Ad., ch. V).

Page 1