DÉCOMPOSITION DE LA PHRASE CONJONCTIONNELLE
Les incises. — 11 est 1res important de noter que, comme nous l'avons fait prévoir plus haut, les phrases que nous venons d'étudier se décomposent fréquemment pour les besoins de la pensée ou du style. A : vous dites qu'ils reviendront, on substitue : ils reviendront, dites-VOUS. De même : ils reviendront, Je pense ; -^ Tirais bien, pensais-]e ; — /7s accepteront, j'espère. On remarquera que, lorsqu'il n'est pas fait usage de formules faites, un représentant neutre le rappelle l'idée. Ce sont en somme de ces phrases à reprises, dont nous avons parlé aux Généralités : Ils reviendront, je le sais. Les verbes ■dont on use ainsi sont ceux que commande le sens : dit-on, reprU'il, reparii-t-it, aj^mia-i-il, questionna-t-il, concéda-t-il, remarqua-t-il, ùbjecta-t-il, grommela-t-il : Vous êtes donc décidée à rester ? ajoute-t-il. — Oui, dlt-elie, et fai eu tort (flaub., Bov., m, 257).
La langue populaire, rebelle à l'inversion, remplace ce tour, par une proposition où l'ordre ordinaire des mots est gardé : Bien sûr, qu'il m'a fait. — Je n'aipasle temps, qu 'elle se disait ; — il est mort ce matin, qVL* on m'a dit(l).
Le style indirect. — La langue possède divers moyens de rapporter, ou ses propres paroles et pensées, ou les paroles et les pensées d'autrui :
1° On les exprime à la personne convenable du verbe, en les mettant dans la bouche de celui qui pense ou qui parle : Je lui disais : « Reste encore un moment » ; elle me dit : « Quelque chose me tourmente » (v. h., Cont,, Aur., XV) ; — Elle répondit : « Madame s'habille ». — Marc fit la moue attrapée de t' enfant qui sort sa langue, puis jeta : « Oh ! alors ! « avec un sourire gouailleur indiquant qu'il y en aurait pour longtemps (p. marc. Sur le Ret., 29).
Dans l'écriture, les guillemets indiquent qu'on cite textuellement des paroles (2) : L'aïeule regarde déshabiller l'enfant Disant : « Comme il est blanc, approchez donc la lampe ! « (v. h., Chat., Nuit du 4).
2° On se sert du style indirect. A) Un mot, ayant le sens de dire, penser, verbe ou nom, est suivi de phrases non rattachées par conjonction, où sont rapportées les paroles ou les pensées.
La fable de La F'ontaine Le Coche et la Mouche montre un exemple, où
(1) Vous dis-je insiste sur l'afTinnation ; d'autres propositions de ce genre expriment au contraire des réserves : i7 est i^uf, à ce que Je crois. Nous en parlerons donc aux Modalités.
(2) Les guillemets fourniront au professeur Toccasion de donner aux élèvesune leçonde probité intellectuelle et une leçon de prudence : le respect de la parole d'autrui doit être absolu. On ne doit mettre entre guillemets que des paroles textuelles.
DÉCOMPOSirWX DE LA PHRASE CONJOSCTIOXXELLE
Ton n'en vient qu'en second lieu à cette construction : La Mouche, en ce commun besoin. Se plaint qu'elle agit seule et qu'elle a tout le soin. Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire ; Le moine disoit son bréviaire : Il prenoit bien son temps ! Une femme chantoit : C*étoit bien de chansons qu'alors il s'agissait ! A partir de : le moine disoit son bréviaire, les paroles de la mouche cessent d'être des subordonnées.
B) Ailleurs, point de subordonnées préparatoires d'abord ; on commence tout de suite par une indépendante : bien qu'elle exécrât Tellier, elle blâmait Lheureux, C'était un enjôleur, un rampant (flaub., Bov., 1 18) ; — Maurice ne disait rien ; mais il était de l'avis de Chouteau et de Loubct, qui blaguaient, débordants de mépris. A hue, à dia ! va, comme je te pousse !... Est-ce que le mieux n'était pas d'aller se coucher, quand on avait, des chefs pareils.... Non, vrai, c'était à ficher en colère (zola, Déb., 2 17).
Ce tour servant au style indirect est déjà usuel en a. f. : D'une raisun oï Râlant parler : Ja ne murreit en estrange regnet (RoL, 2863) ; - - Deus chasiiaus lor avait promis, Lesmellors et les miauz assis... Quant an son reaume uandroient, Cez deus chastiaus lor liverroient. Et les rantcs et la justice(cHî\KST., Er., 1877 ; h. l., i, 251).
Il importe de faire ici deux remarques.
lo Le mot qui renferme l'idée de dire, et que les phrases rapportées développent, peut être un nom : Le Département.,, rendit un règlement fort sage pour assurer la police des sections. On devait if entrer sans armes ni bâtons, et donner,., (michel.. Rév., vu, 122).
20 Ces constructions ne sont pas bornées au cas où il s'agit de paroles. Il s'étend aux phrases où il s'agit de pensées, de volontés : Il prit avec moi les mêmes engagements que Montigny. J'étais reçu d'avance; je ne passerais pas au comité ; on me donnerait des primes équivalentes (a. dumas, Demimond., Av. pr.).
Par une analogie naturelle, cette construction s'est étendue à des phrases où aucun mot n'annonce que des paroles vont suivre : Le domestique revint : « Madame allait recevoir monsieur y> (flaub., Éduc, ii, 24).
L'imparfait est le temps employé le plus ordinairement dans celle forme du style indirect : Vn jour, au dévot personnage Des députés du peuple rat S'en vinrent demander quelque aumône légère : Ils alloient en terre étrangère Chercher quelque secours contre le peuple chat : Ratopolis était bloquée : On les avoii contraints de partir sans argent. Attendu l'état indigent De la république attaquée. Ils demandoient fort peu, certains que le secours Serait prêt dans quatre ou cinq jours (la font., Fabl., vu, 3).
Mais l'imparfait n'est, bien entendu, point seul eu ce rôle. Si la chose énoncée est antérieure, on trouve le plus-que-parfait ; si elle est postérieure, le futur dans le passé : // était d'ailleurs plus sombre, malveillant et irascible que jamais. Dans un an,sila fortune ne changeait pas, /7 S 'embarquerait pot/r r Amérique (flaub., Éduc, ii, 31). Nous en reparlerons à propos des Temps,
La sj'ntaxe ici repose en somme sur le transfert dans des temps rehUifs
PORTÉE DE L'ACTION
des propos qu'on rai)porte. On les rattache ainsi au récit et on les en fait dépendre, ce qui n'empêche pas du reste les temps absolus de reparaître : Frédéric... se lança dans une longue période sur VaffinUé des âmes. Une force existait qui peut à travers les espaces, mettre en rapport deux personnes. (flaub., Éduc, I, 341). Cette force agit de tout temps, d'où le présent.
Il ne faut pas s'étonner si parfois on ne sait plus au juste qui parle, le personnage ou l'auteur : Tout à coup, ils virent entrer par la barrière M. LheureuXy le marchand d'étoffes. U venait offrir ses .services, eu égard à la fatale circonstance (flaub., Bov., 280). Ce sont les mots « fatale circonstance » qui en font un propos de M. Lheureux. Prenons un autre exemple : Le lendemain, jVf me Moreau... énuméra les boiSy les fermes qu'elle (Louise) posséderait. La fortune de M. Roque était considérable. U l'avidt acquise en faisant des placements pour M. Dambreuse. Cette dernière phrase pourrait être la suite du discours de M™^ Morcaii. En fait, c'est l'auteur qui parle. On le voit grâce à un artifice d'écriture. L'alinéa se termine après considérable.
Passage du style direct à l'indirect et inversement. — L'a. f. passait avec une extrême facilité du style direct au style indirect, et inversement. Il reste des traces de cette liberté chez La Fontaine : Un octogénaire plantoit. a Passe encore de bâtir ; mais planter à cet âge ! Disoient trois jouvenceaux, enfants du voisinage. Assurément il radotolt. Car, au nom des Dieux, je vous prie. Quel fruit de ce labeur pouvez-VOUS recueillir ? Quelques auteurs modernes ont imité cette liberté : // fallait une sainte ligue, que tous les honnêtes gens se serrassent autour de la Reine. Le Roi sera emporté dans Vélan de leur amour... Le parti révolutionnaire ne peut faire qu'une campagne (MICHEL., Rév., 1, 381).
Sans forcer en aucune façon la syntaxe, on passe encore aisément du style indirect au direct : Un employé... répondit que Monsieur ne serait pas « au magasin » avant cinq heures. Mais si la commission pouvait se transmettre... — « Non ! je reviendrai» , répliqua doucement Frédéric (flaub., Éduc, I, 37).