‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 199 sur 586 · III. M · texte numérisé non relu

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.SKCnON III : LACriON SUBIE. LA VOIX PASSIVE.

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voix passive. — On peut souvent exprimer l'action objective en ret<^i irnant la plirase, de façon que Vobjei devienne le sujet; Tauleur de liicC ion (ievienl alors le complément d'agent. C'est la voix passive, comme disc-iit les ^raniniairicns. Soit la phrase suivante, de forme active : Suivant la C^rynstitution, les Ministres contresignent les décrets du Président de 4a f^^'f>zjbli(/ue : elle se j)résente au passif sous la forme : Suivant la Consti- /f//f ozi, 1rs décrets du Président de la République sont contresignés par les "^^'^ïis/rr.s*. Le verbe contresigner a passé de la voix active à la voix Pi^s^ive.

"I^^^^utefois il ne faul pas pousser trop loin cet le conception des choses.

'* ^'î^ I vraiment trop scolaire et mécanique de chercher partout cette corres-

^^^ ^^ «lance entre aclif et passif. 1res souvent l'esprit part de l'idée qu'un fait

^ ^*«?Li. sans que l'auteur de ce fait importe ni à celui qui parle, niàcelui qui

^^"^*^t te. Xous retrouvons là une observation que nous avons faite à propos

^"^ verbes actifs sans sujet. Lu France a fait un emprunt. Il a été souscrit*

•^ lie recherche pas pour le moment par qui. Et c'est ce qui explique les

'^^^ l->I>orts étroits qui existent dîins une foule de cas entre une phrase subjec-

* "^'^^ active et une phrase subjective passive. Le rapport est non seulement

*^^^?!i la forme, mais dans la pensée : Rien n'est assuré, rien n'est acquis^ même

'^* ^t^ine (ab. herm.. Conf. enf., let. 1).

^ ^ ^^^a n'est pas à dire que la notion de « voix » soit abolie. Elle ne peut pas ^^^**c. L'idée de l'action qu'on subit se distingue en effet essentiellement ^ i "idée de l'action qu'on fait. Aimer et être aimé, vaincre et être vaincu, '^^^-^^iiner ci être examiné sont à Topposite.

^-^c? n'est pas à dire non plus que la phrase avec verbe passif soit rare. Elle

'^^ su contraire assez commune. Ouvrons un numéro de journal : Pour-

^^"^^i en correctionnelle et condamné à... // demanda â être renvoyé en cour

^^•'^^ises, ce qui lui fut aocordé... // fut alors acquitté; — l'engagement ne fut

^-^ tenu; — le château.,, a été complètement détruit par un incendie ; —

'^'^^ue tout fut signé, les deux complices.,. — Liberté sera donnée de s'élan-

^^ sur la glace; — la fameuse séance où fut discuté le principe... — Une

^^' cation sera reçue ce matin par le directeur; — La cérémonie sera pré-

^^« par M, Eugène Etienne ; — les neuf centimètres réglementaires ne

362 PORTE h: DK L'ACTIOX

seront peut-être pas atteints tout à fait; — un nommé G..., qui se livra sans résistance, et fut conduit à la Questure (Excelsior. ]8 janv. 1911).

Passage de Tactif au passif. — Il s'en faut de beaucoup, pour bien des raisons, que Ions les verbes susceptibles d'avoir un complément d'objet direct puissent passer au passif. Le verbe avoir par exemple ne le peut, pas du tout ; le verbe pouvoir non plus. Soit les propositions : // a de Vargent^ il peut tout ; ces propositions ne peuvent être mises au passif (1).

D'autre part, même des verbes qui, théoriquement, seraient capables de l'emploi passif, ne le prennent pas dans l'usage. On ne retourne pas à volonté toutes les phrases. En voici des exemples fort simples : Les nègres portent volontiers des habits de couleur voyante ; — j'ai déjà vu cet homme ; — la jeune fille baissait les yeux sans répondre ; — vous y avez mis beaucoup de bon vouloir ; — j*ai perdu ma femme, il y a un an ; — je veux votre bonheur.

On pourrait*apporter mille exemples semblables. La transivité des verbes objectifs directs est toute théorique. Ils devraient peut-être passer au passif pour s'accommoder aux caractères qu'on leur donne dans les grammaires, mais ils n'y passent pas.

n faut remarquer aussi que les divers objets que nous avons successivement examinés ne se prêtent pas également à la construction passive.

A) Le complément d'objet direct est un nom ou un représentant. C'est le cas le plus simple : On m'a donné une mission, une mission m'a été donnée, La phrase passe au passif.

B) Le complément d'objet direct est une action.

1^ L'infinitif est sans sujet. La phrase ne passe pas au passif : // désirait mourir : — vous tâchez de comprendre.

2° L'infinitif objet du verbe actif a un sujet : J'ai regardé la procession passer. La phrase ne passe pas au passif.

30 L'objet-action est dans une phrase conjonctionnelle. La phrase passe parfois au passif, parfois non : Tu dis que tu te maries, ne peut pas être mis au passif ; // juge que cet appartement est trop cher, non plus.

Mais quand il y a un douille objet, la phrase peut passer au passif, l'objetnom devient le sujet du passif : Mon frère m'avait informé qu'il venait > j'avais été informé par mon frère qu'il venait.

On peut mettre en particulier au passif des phrases de ce genre dont le sujet est indéterminé : On m'avait dit que vous alliez construire ; il m'avait été dit que vous vous alliez construire. Le sujet de l'actif étant indéfini, au passif, le verbe se présente sous la forme impersonnelle.

Il serait possible du reste d'ajouter au verbe passif un complément d'agent désignant l'auteur de l'action : // m'a été dit par diverses personnes, par une personne qui l'approche, que... Cette forme impersonnelle est une de celles

(1^ Le verbe avoir ne passe au passif que dans la langue des philosophes ou dans celle de» écrivains qui cherchent un effet de style : Autrefois ils avaient des danseuses^ aujourd'hui ... ils sont eus par elles (a. karr, Guêpes. ir« série, 34).

CONSIDÉRATIOSS GÈXÉRALES 303

cjui se prêtent le mieux -^ la construction passive. Dans le lan^ajic i)înié, on ira jusqu'à dire : // a été demandé à ce qu'il se fasse remplacer, quand il ne peut pas venir.

4® L'action porte sur un objet suivi d'une relative : On l'a vu qui lonffcait le quai de l* Horloge. La phrase passe au passif: // a été vu qui longeait le quai de V Horloge,

Ô9 L'objet est l'attribution à un êlre, à une chose d'une manière délre. La phrase passe au passif: La faim avait rendu ce chien méchant > ce chien avait été rendu méchant par la faim; — on a nommé M. X. député > // a été nommé député.

Si la qualité n'est pas attribuée par l'efTet du verbe, la phrase passe aussi au passif : Mon domestique Va vu ivre > // a été vu ivre par mon domestique.

6o L'objet exprime la cause, la manière dont une action a li( u,elc. : Vous avez su pourquoi il avait échoué. Il m'a raconté comment il a échoué. La phrase ne passe pas au passif. Si le sujet est indéterminé, alors la phrase ])eut passer au passif impersonnel : On m\i raconté pourquoi vous vouliez vous retirer de la vie politique ; vous avez tort > // m'a été raconté pourquoi vous Poaliez vous retirer. ; vous avez tort. C'est peu usuel.

En somme, l'être ou la chose objet exprimés dans un complément direct /savent seuls devenir sujets du verbe passif (1).

Passage au passif des verbes factitifs. — I>es verbes composés avec /cw ire sont-ils susceptibles de passer au passif? Au XVII^^ s., on disait : il ^M^ Âfait venir, il fut fait /no!/r/r.Vau gelas condamna cet usage. Il considérait i^M construction : // fut fait mourir comme « barbare et très vicieuse > (2).

Passag^e des verbes marquant rachôvexnent. — En revanche, nous ^^^ "^~ons gardé la possibilité de mettre au passif des locutions marquant ■^ ^ ^^chèvement : elle est achevé d 'abîmer par la perte de vos bonnes f/njces ^^^ '3êè\., Lett., CLix). Aujourd'hui, ce tour devient de plus en i)Ins usuel : ma -^^^^^ be est commencée de garnir ; ma jupe est finie de coudre ; son linge est ^^^^hevé de laver; mes copies .sont finies de corriger; — Achevé d'imprimer *1^^ ; — il n'était pas achevé d'être bâti (flaub., Bov.. 110); — les lettres ^^»iîes de lire (loti, Péch., 71) (3).

<1) C'est encore une preuve de l'inlérC-t qu'il y a à distinguer le complément d'objet direct,

^ïn, nominal ou représentant (V. p. 300).

<2i TUOM. CORN, estime que la conslruction au passif de: faire mourir quelqu'un es! niau-

e, car en réalité m quelqu'un n'est pas «ouverné par faire, comme le substantif le serait

^^^^^"■is: U fut fait religieux ». T.a construclion passive ne convient donc pas. 11 faut dire à

^^* '^tif : on fe ^/ mourir e\ au passif : i7/ii<fjr^r///é« mor/. ou tout simplement : il fut exernU (i,.'i05)

-j^^ < 3) Cf. BODOLFO LENZ, La Oracion y sus par/M, Madrid, 1920, 81. L'auteur cil«* (r«utres

T^^^Xmgues. Les remarques qui précédent élonneront moins, si on songe qu'en anglais par exemple,

^^^ K>brase : the bon showed the gentleman Ihe wmj peut passer au passif, non seulement sous la

e: The wa\i was shown by the bofi. mais aussi : The gentleman was shown thr way.

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