‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 20 sur 586 · CHAPITRE V AUTRES FORMES DE LA PROPOSITION · texte numérisé non relu

CHAPITRE V AUTRES FORMES DE LA PROPOSITION

La base de la proposition est un événement, non un ôtre ou una chose. — La pensée se présente souvent comme ayant pour base, non plus ridée d'un être, d'une chose, etc., marquée par un nopi, mais l'idée d'existence, de nécessité, de convenance, de suffisance, etc., en tous cas une idée exprimée soit par un verbe : il pleut ; il convient d'y aller, soit par un verbe accompagné d'un nom, d'un adjectif, etc. : il y a urgence ; — il faut une décision ; il sera bon d'y regarder de prés.

Il ne faut tenir aucun compte des explications fantaisistes données traditionnellement de ces tours. Une analyse exacte y montre un procédé de la pensée qui ne peut pas être ramené au premier : Dieu existe se dit, mais Dieu est est une phrase de philosophe. La phrase dont use le langage courant, c'est: il y a un Dieu. Le pronom il, qui s'y trouve, lui donne l'allure extérieure d'une proposition ordinaire. C'est une apparence. // n'est pas sujet; ce mot ne joue aucun rôle véritable. L'infinitif qui vient derrière dans : il ne me convient pas de le recevoir n'est pas un sujet; c'est un complément, comme celui de : je ne veux pas le recevoir.

Dans : il s'agit de bien s'y prendre, où est le sujet ? où est la copule ? où est l'attribut ? C'est cependant une phrase française. On tomberait dans le ridicule en voulant ramener au type commun ce simple dialogue : qu'est-ce qu'il y a donc ? — H y a que je suis furieux.

On peut appliquer la même réflexion aux phrases impersonnelles les plus ordinaires. Interpréter : i7 te pousse de la moustache par ta moustache pousse, c'est ne pas tenir compte du procédé réel de l'esprit ; on ne saurait retourner arbitrairement des phrases naturelles. Si je dis, non : un bouton me pousse sur le nez, mais : il me pousse un bouton sur ie nez, c'est que mon esprit ne part pas de l'idée d'un bouton, mais de l'idée qu'il me pousse quelque chose qui sera déterminé ensuite. Cf. Peut-être aussi se mêlait-il à ce calcul, sans qu'elle s'en rendit compte, quelque vanité de femme (b. const., Ad., yiii).

Sans doute il ne faut pas grossir l'observation ; il n'en reste pas moins vrai qu'à la phrase-type l'usage courant substitue à chaque instant des variantes ; une page d'un journal ou une conversation de cinq minutes suffisent à le prouver : il convient- de remarquer que le geste de M. Millerand a obtenu le résultat cherché. S'il a fallu un mois de chicane pour obtenir l'évacuation de la zone neutre, il est permis d'affirmer que rien n'aurait pu vaincre sa force

GÉNÉRALITÉS

d'inertie, si l'Allemagne n'avait pas subi ce moyen de pression. (Le Journal, Sam. 15 mai 1920, 6® col.). Cet usage n'est pas nouveau, comme on pourrait croire : il y a quarante ans que je n'étais point, et qu'il n'était pas en moi de pouvoir jamais être, comme il ne dépend pas de moi, qui suis une fois, de n'être plus (la bruy., Car,, Esp. Forts) (1).

C'est. !••> phrases construitMt mur cmitm formule. — Il faut faire ici mention des phrases où entre la formule c'est. Il ne s'agit pas d'en expliquer l'origine et le développement, qu'oii trouvera plus loin, mais d'en considérer la physionomie actuelle. Il est bien certain que des phrases telles que : c'est aujourd'hui mercredi ne peuvent être analysées en attrih)uant à mercredi un rôle de sujet, ni à ce un rôle d'attribut, ou inversement. Cf. : C'est aujourd'hui marché et : il y a marché aujourd'hui ; — c'est un homme maintenant ; — alors ce jurent des cris.

Considérons seulement la variété des formes où entre cette locution c'est. Elle est accompagnée d'un nom ou d'un nominal (2) : c'est ma sœur ; — c'est une peste, un ange ; — c'est vous.

Au nom s'ajoute un participe : c'est un compte réglé, une affaire faite ; une relative : c'est la pluie qui tombe.

Au lieu d'un nom ou d'un nominal, on peut avoir une proposition avec le nominal ce qui, ce que : c'était ce qu*il y avait de plus simple; — c'est tout ce qu'il y a de mieux.

On peut aussi avoir un adjectif ou un mot servant à caractériser : c'est sage, surprenant, à ravir.

Aux éléments précédents s'ajoute un autre terme, nom ou infinitif : c'est un scandale que cette proposition ; — c'est drôle cette histoire ; — c'est un plaisir de l'écouter, que de l'écouter ; — depuis tant d'années, c'était ma joie et ma paix, de les entendre toutes deux (loti, Pitié, 267).

Le rôle du nom, de l'infinitif peut être tenu par une conjonctionnelle commençant par comme, si, quand, etc. : c'est bizarre comme il vieillit ; — Ah ! c'est vous méprendre sur mon compte, si vous supposez que fe me résignerais vilainement à devenir insolvable, (herv.. Cours, fl., ii, 4).

C'est peut être aussi accompagné d'un adverbe ou d'un complément adverbial de circonstance : c'était là une nouveauté; — C* était, il m'en souinent, par une nuit d'automne (muss., Nuit d'oct.).

Tous les éléments quelconques de la phrase peuvent être ainsi cons-

(1) Voici une pagp des lettres Persanes (let. xcv) : de peuple à peuple il est rarement besoin de tiers pour juger, parce que les snfets de disputes sont presque toujours clairs et jaciles à terminer. Les intérêts de deux nations sont ordinairement si séparés qu*il ne faut qu* aimer la justice pour la trouver : on ne peut guère se prévenir dans sa propre cause.

Il n'en est pas de même des différends qui arriuent entre particuliers. Comme ils oiuenl en société, hurs intérêts sont si mêlés et si confondus, il y en a de tant de sortes différentes qu'il est nécessaire ttu*un tiers débrouille ce que la cupidité des parties cherche à obscurcir. U n'y a que deux sortes de titterres justes : les unes qui se font pour repousser un ennemi qui attaque , les autres pour secourir un allié qui est attaqué. U n'y aurait point de justice de faire la guerre pour des querelles particulières du prince.

(2) Pour l'explication de ce mot, voir plus loin.

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