CHAPITRE VI SENS ET VALEUR DE L'OBJET SECONDAIRE
Après ce que nous avons dit de la difficulté de distinguer les compléments d'objet secondaire des autres compléments, on ne s'attend pas à ce que nous essayions de donner ici une classiflcation générale des compléments d'objet secondaire, en nous fondant sur leur sens. Comme pour l'objet, le rapport entre l'objet secondaire et le mot auquel il est rattaché varie suivant le sens de l'objet et suivant le sens du mot complété. Les nuances sont infinies. Est-il sûr qu'on puisse mettre dans une même catégorie : ouvrir la frontière aux importations allemandes et : ouvrir à ses auditeurs de vastes horizons ? L'analogie a fait son œuvre ici comme ailleurs. Elle a étendu de proche en proche une seule et même construction. Après ce développement, elle ne s'emploie plus et ne s'analyse plus de la même manière. Comparez : enlever une dent h une dame et : lui remettre une dent.
Malgré tout, comme pour l'objet, on peut faire des catégories, à condition de ne pas les clore de façon trop rigide. En voici. Prennent un objet secondaire :
10 Donner et les verbes de signification analogue, qu'on pourrait appeler verbes d'attribution : abandonner, attribuer, céder, procurer, remettre, livrer, assurer, affecter, distribuer, ajouter, causer, proposer : On attribue tous ces décès à la grippe ; — le patron abandonne à son personnel une part des bénéfices; — il a laissé beaucoup d'argent à ses héritiers ; — // pense offrir un compromis i ses créaneiers ; — on me /'a présenté ; — un ami m*a proposé une situation ; — /7 faut lui consentir des avantages ; — je suis disposé à aceorder un congé & cet employé ; — on ne lui prête plus rien ; — je ne voudrais pas lui confier mes intérêts ! — // doit à Dieu et h tout le monde ; — un jugement lui a rendu, restitué ses droits (1).
On peut rapprocher des précédents les verbes qui signifient pardonner ou au contraire reprocher : pardonn^-nous nos offenses.
Voici quelques exemples : Et donnez au procès une part de vos soins (mol., Mis., 184) ; — qu*a-t-il fait. Qui ne promette à Rome un empereur parfait ? (rac, BriL, 25) ; — Poète, prends ton luth et me donne un baiser (muss., Nuit de mai) ; — quelques titres nouveaux que Rome lui défère (kac, BriL, 79) ; — nous m'avez de César confié la jeunesse (Id., Ib., 175); — un homme s'est
(1) Cf. avec les noms : une remise aux détaillants ; un don à r Académie et avec les locutions verbales : faire remise des fonds aux héritiers.
rencontré... qui ne laissait rien à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter (boss., H. de France) ; — quoi ? vous à qui Néron doit le jour qu'il respire (rac, BriL. 15); — Et rendra l'espérance au fils de l'étrangère (Id., Phèd., 202); — le chant a été de tout temps affecté aUX bergers (mol., B. G., i, 2) ; — ces douces mères qui, débarrassées de leurs enfants, se livrent gaiement aux amusements de la ville, savent-elles cependant quel traitement l'enfant dans son maillot reçoit au village ? (rouss., Ém., i) ; — - fe Jetterai l'opprobre à tout ce qu'on bénit ! (v. h., Chat., Ult. verb.) ; — Et répandant ainsi mon âme à ce qui m'aime, Sur mon isolement fe me trompe moi-même (lam., Joc, 9 nov. 1800).
A cette catégorie appartiennent les verbes qui signifient garder, changer : Il faut conserver sa physionomie à un monument ; — continuez h cette famille votre bienveillance ; - - on a été obligé de substituer un nouveau projet à l'ancien ; — à chaque instant on change quelque chose aux règlements.
Vrrbes contraires : retirer, soustraire, retrancher, emprunter, prendre, ôter: ils m'ont tout firis, tout emporté ; — ils lui ont enlevé le fruit de sa victoire ; — la société a emprunté de l'argent & la Banque ; — les Allemands ont arraciié des feunes filles h leur famille ; — épargnez-moi vos consolations ; — Je lui ai évité une démarche pénible ; — César pour quelque temps s'est soustrait à nos yeux (rac, Brit., 134) ; — pourquoi voulez-vous ôter i ces petits innocents la jouissance d'un temps si court qui leur échappe ? (rous- SEAU, Emile, ii) ; — Quelques sapins, que l'entaille destinée à leur soutirer la résine... (gaut., Frac, i, 105).
2° Verbes qui signifient dire, montrer : annoncer, révéler, découvrir, signaler, indiquer, conter, raconter, exposer, démontrer, enseigner, avouer, crier : Que one dis-/M là ? — on m'a signalé ce danger ; — il leur criait son espoir ; - sc produire^ des sots(MOL., B. G., i, 1).
Verbes contraires: taire, cacher, dissimuler, dérober, déguiser : il voulait dénâier'il'la vue de la mère cette scène pénible.
30 Verbes qui signifient commander : ordonner, enjoindre, contraindre, obliger, conseiller, persuader, suggérer, recommander, souhaiter : je VOUS commande un mouvement et vous en faites un autre ; — ordonner à un malade une aurc à Vichy ; — on itti a recommandé cette maison : — fe VOUS souhaite le bonfour.
De même permettre, passer, tolérer : on lui passe ses incartades ; — le médecin m'a permis un œuf à la coque : —le spectacle touchant d'une famille nai.ssante... n'impose plus d'égards aux étrangers (rouss., Ém., i).
Verbes contraires : défendre, interdire : les règlements leur interdisent tout espoir d'avancement.