‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 219 sur 586 · SE.\S ET VALEUR DE L'OBJET SECOXDAIHE · texte numérisé non relu

SE.\S ET VALEUR DE L'OBJET SECOXDAIHE

Objet secondaire et complément d'appartenance. — Le coniplcmenl d'objet secondaire désigne souvent la personne ou la chose à laquelle on reconnaît une possession. Nous avons parlé déjà des rapports d'appartenance : un ami à moi, elle esl h moi ; c'est la fille au voisin (1). C'est un rapport tout semblable qu'on retrouve dans : la rougeur me couvre le visage (RAC, Phèd., 182). C'est pour cela que l'article le accompagne le nom-objet ; me marque à qui est le visage dont il est question. Cf. on lui versa Veau sur la tête ; — il lui referma la porte sur les talons ; — mon cadet s'est cassé un bras ; — qu'as-tu à te gratter Voreille et à te torturer l'esprit ? — // lui enleva des mains le carton ; — la jambe me fait mal ; — la main lui démange ; — son mufle énorme lui retombait sur la poitrine (flaub., SaL, 38).

Par une extension de la construction à d'autres verbes, le complément d'objet secondaire marque où, chez qui, se trouve l'objet : je Iu| trouve du génie ; — on lui voit partout des traces de brûlures ; — on lui suppose de grandes relations (2) ; — J'ai pitié de VOUS voir la confusion que vous avez (mol., D. J,, I, 3) ; — mon empressement.,, le soin que j'avais eu de me défaire de lui en l'éloignant, lui firent naître quelques soupçons (abb. prév., Manon Lesc, 31).

Objet secondaire et complément d'intérêt. — Le complément d'intérêt exprime la personne, la chose qui recueille un avantage ou éprouve un dommage, soit physique, soit moral, de l'action : Maman m*a acheté une montre ; — leurs parents leur ont loué une villa au bord de la mer ; — le préfet m*a obtenu une autorisation d'importation.

Comparez : chercher un appartement & un ami ; — aplanir les difficultés aux commençants ; — // m'aura un patron dans une maison du boulevard : — Mes filles, chante Z-nous quelqu'un de ces cantiques. Où vos voix si souvent se mêlant à mes pleurs De la triste Sion célèbrent les malheurs (rac, Esth., 129) ; — je t'aurais voulu de Vacajou (gonc, Germ, Lac, ch. xviii).

Toutes sortes de verbes prennent ce complément d'intérêt : Oh ! réjouissezvous, les vrais jours vont m'édore (lam., Joc, 21 juillet 1800) ; — il la servait (la cour), i7 lui contenait Paris (michel., Rév., i, 367).

Les prépositions, quand il y en a, sont avant tout à et pour.

A. — A qui boit à sa soif la source vaut un fleuve (3) ; — L'eau d' ici-bas n'a qu'amertume Aux lèvres qui burent l'amour (lam., Joc, 16 mai 1801).

Pour. — Le temps agit pour nous ; — M« X. a plaidé povtT Taccusé ; —

(1) Voir à la DélerminaUon, p. 149.

<2) Cf. /« déeouvre tous l^s jours en lui de nouveaux mérites, et : /e lui découvre...

(3) A mes yeux, venu du sens de à ma tme, sous mes yeux, finit par aboutir A n'être presque dans certains cas qu*un complément d'intérêt : la dissimulation jette datis F amour un élément étranger qui le dénature et le flétrit à ses propres yeux (b. const.. Ad., ch. v) : — Cf. Cette prétention... A des yeux de seize ans, peut eml>eUir un homme (ém. avc... Av., m, 3).

c'est pour votre bien (1) ; — je ne suis point pour Albe, et ne suis plus pour Rome (CORN., Hor., 88).

Il y a en des caprices de langue : intéressé à et intéressé pour ont été en concurrence : Afin qu'h mon amour Taxile s'intéresse (rac, A /ex., 954) ; - Mon cœur, mon lâche cœur s'intéresse pour lui (Id., Andr., 1404) (2).

Complément d 'intérêt atténué. — Il arrive souvent qu'on ajoute un objet secondaire sous forme de personnel, non point pour marquer que l'action va porter vraiment sur la personne ainsi représentée, mais simplement pour signifier qu'elle s'y intéresse en quelque façon, pour appeler son attention, la mêler plus ou moins vaguement à la chose énoncée : Vous allez me prendre ce chien et le mettre dehors. Ce n'est pas à la personne qui parle ainsi qu'on prendra le chien, on indique seulement que sa volonté est qu'on le prenne. Cf. jRan^e-moi tes cahiers immédiatement.

L'emploi de ce tour était très étendu autrefois : qu'on me lui fasse griller les pieds (mol., Av„w, 2). Il s'est restreint ; néanmoins on le trouve encore fréquemment : Allez me faire un tour de valse, et revenez à onze heures (muss., Caprice, 3).

Le personnel de la 2« personne pourra, de la même façon^ marquer l'intérêt que prend au récit non plus celui qui parle, mais celui qui écoute : Ce maudit gamin m'avait fait un pied de nez : je cours après lui, je te l'attrape, je te le gifle d'importance.

Mais il serait parfois extrêmement difficile d'analyser le rôle de ces personnels : Corbière, Humann, Casimir Périer ! cela VOUS est ministre (v. H., Mis., Marius, ii, m). Vous est là pour marquer un sentiment.

On entend fréquemment dire dans la langue populaire : Notre homme saisit la corde qui pendait hors de la fenêtre, et je te tire ! mais la corde ne céda pas. Il semble que, dans le désir de rendre son tableau plus évocateur, le narrateur se substitue à l'auteur de l'action, et fasse le geste qu'il voulait nous présenter; il ajoute te pour intéresser celui qui l'écoute.

On comprend de la sorte comment on en arrive à trouver vous, là où, s'il s'agissait d'un rapport précis, on attendrait bien plutôt nous : ces pauvres auteurs siffles qui ont toujours un manuscrit dans leur poche... et qui VOUS tirent cela pour vous en assommer dès que vous êtes seule un quart d'heure avec eux (muss., // faut qu'une porte...).

(1) Peuple béni... vous pour qui toutes les chaires retentissent iT avertissements salutaires, pour qui coulent toutes les grâces dans les sacrements... pour qui Jésus-Christ est mort (boss., Effets de la Résur. de J.-C, 3» p.).

On rapprochera l'emploi de poi.r dans des phrases comme celles-ci : Tous les jours se levoient clairs et sereins pour eux (rac, l'hèd., 1240). Mais le sens de en leur faveur y est beaucoup moins ■et.

(2) De même avec convenable : On s*entretenait de quelques réflexions qu'on avait faites diaprés de saintes lectures, ou bien d'un sermon du jour ou de la veille, dont elles trouvaient le sujet admirablement convenable pour monsieur ou pour madame une telle (Marivaux, Le paysan parvenu V partie. Hn).

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