‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 247 sur 586 · MOYENS D'EXPRESSION DES DATES · texte numérisé non relu

MOYENS D'EXPRESSION DES DATES

Les formes composées : ayant augmenté, devant augmenter, marquent un temps relatif.

Participe passé. — Le participe dit «passé» a si peu une valeur temporelle fixe que l'étiquette qui porte vendu peut avoir deux significations bien distinctes. On la met sur un tableau du Salon. C'est la mention qu'il a été acquis déjà par quelque amateur. La chose a eu lieu. Ailleurs : marchandise vendue au prix coûtant, signifie qui se vend, qu'on vendra à ce prix au client, s'il s'en présente. Assis présente les valeurs temporelles les plus diverses, suivant qu'on dit :

' Assis dans un fauteuil, je lisais ;

» » je lis ;

» )^ je lirai (1).

Il faut bien constater aussi qu'on n'éprouve pas toujours le besoin de spécifier expressément la date d'une action. L'action se trouve par le contexte placée avec assez de netteté dans le présent, le futur, etc. Et dès oirs on se servira pour l'exprimer, d'une forme non temporelle: Que faire? Comment la prévenir? sont des futurs, si je viens de dire: je suis bien embarrassé ! Mais il n'en est pas de même, si je viens de dire: j'étais bien embarrassé. Les infinitifs se rapportent alors au passé.

Formes temporelles simples et composées du verbe. — Dans les formes temporelles elles-mêmes, il y a lieu de distinguer entre les simples et les composées. Les simples ont en général une valeur temporelle plus fixe et plus nette. D'abord en a. f., pendant que les formes passaient à l'état de composés, et se constituaient réellement, le sens variait et la valeur temporelle était souvent simplement dans l'auxiliaire. Aujourd'hui encore, il y a incertitude dans bien des cas. Soit la phrase : la maison est vendue. Il ne s'agit pas là d'une action qui se fait, mais d'une action terminée. Le« présent » marque qu'au moment où l'on parle, elle est finie. La vente a eu lieu. On en présente le résultat. Ce n'est pas du tout le sens de la même forme dans une phrase comme : cette maison est habitée par des gens tranquilles. Même à l'actif, on retrouve de ces doubles valeurs : ils ont vécu heureux, est un passé ordinaire. Si, au contraire, je dis : i7 n'est plus question d'elle, elle a vécu, je signifie qu'elle est morte. Je considère seulement le résultat, l'aboutissement.

Ces réserves faites, on peut dire que les formes verbales placent l'action dans une portion du temps, souvent même en indiquant quel est à ce moment-là son développement, elles marquent donc date et aspect.

(1) Dans quelques cas, il peut avoir une valeur de passé ; on dirait encore très bien : Et monté sur le fatie, H aspire à descendre, U faut toutefois prendre garde que monté peut aussi bien exprimer l'état que l'action ; il correspond à : quand il est monté comme & : après qu*il a monté, Cest im parfait aussi bien qu'un passé.

C'est de là que viennent les constructions des verbes d'action -point et ligne limitée avec à peine, sitôt : SftOt arrivé. Il a voulu repartir ; — à peine *ort!, il a demandé d rentrer, idais ces participes ne marquent pas un passé absolu ; on peut transporter la phrase dans le futur. Ce sont des temps relatifs.

Moyens extrixiBôques. — Toutes les formes de compléments que nous avons déjà vues employées à d'autres usages servent aux indications de temps : adjectifs, noms, adverbes, compléments, prépositionnels ou non, propositions conjonctives, conjonctionnelles, ou de construction directe : L'épuisement actuel du Trésor ; — les querelles d'hier ; — // m'a quitté à huit heures ; — je Vai revu tous les Jours ; .— V éclipse qui suivit ; — une intervention quand ie malade est si faible... ; — fy suis allé, il y a trois semaines.

Adverbes à valeur générale. — De plus en plus, dans le monde moderne, l'habitude des calculs mathématiques amène des précisions dans le langage. L'usage des montres portatives y a également contribué. Des expressions telles que : « aux foins », a au temps des cerises » , ont cédé la place aux dates du calendrier. On laïcise aussi : au lieu de se reporter aux fêtes des saints, on donne des mois et des jours: le 23 avril et non plus : à la S* Georges ; le 24 juin, et non plus : à la S^ Jean, Le soir, le matin, au soleil couchant resteront toujours d'usage, mais en concurrence avec des indications telles que : à 4 h., à 17 /i. 25. Nous verrons, à propos des portions de la durée auxquelles ils se rapportent, les divers adverbes de temps. Quelques-uns ont une valeur générale.

Alors. — Quand tout est fini et que nous ne savons plus que faire de notre loisir, alors nous consacrons à quelques pratiques languissantes de religion ces moments de rebut (mass.. Car,, Emploi du temps, L.).

Bientôt. — (Cf. tôt). Sans moi, vous passeriez bientôt sous d'autres lois. Et vous auriez bientôt vos ennemis pour rois (corn., Cid, 199) ; — Elle a feint de passer chez la triste Octavie, Mais bientôt elle a pris des chemins écartés (rac, Brit,, 1724).

Toujours. — (qui a remplacé le vieux tousdis) : Hé quoi ? souffrir toujours un tourment qu'elle ignore ? Toujours verser des pleurs qu'il faut que je dévore? (rac, Bérén., 35); — Je l'ai voulu sans doute. Et je le veux toujours, quelque prix' qu'il m en coûte (Id., Baj,, 833).

Jamais. — Vit-on Jamais en deux hommes (Condé et Turenne) les mêmes vertus avec des caractères si divers, pour ne pas dire si contraires ? (boss.. Condé) ; — Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome (rac, Mithr., 836) (1).

(1) Au lieu de jamais. Va. t, se servait de onc, onques, qui a vécu Jusqu'au XV II* s. : Que nulle sorte de péril Ne lui pût onoquM tf^ire brèche (Mmm., Poés,, xii. 177, var.) ; — One, i7 ne fui une plus forte dupe Que ce vieillard (la Font., m, 89» Conl., note 3). Cf. : // eut, en ce temps-là, mille vassaux en trousse. Serfs et soudards, bandits de la plaine et du Rhin, San cri de guerre étant : Sus ! Oneques ne rebrousse ! (Lec. de Lisle, Po. trag,, Lévr. de Mag., 113).

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