‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 260 sur 586 · CHAPITRE XII FORMES DES PASSÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII FORMES DES PASSÉS

L Les passés simples de l'a. f. — Ils se divisent en deux catégories : A — Passés à balancement d'accent, avec 3 formes fortes et 3 faibles.

/' ars

je vi

mis

dut

tu arsis

tu vedis

mesis

lu

deus

n arst

il vit

mist

dut

nous arsimes

nous vedimes

mesimes

nous deumes

vous arsistes

vous vedistes

mesis tes

vous deustes*

il arstrent

il vidrent

mistrent

durent

Passés faibles.

je

chantai je

perdii perdis

je puni

je valui

tu

chantas tu

tn punis

tu valus

chanta il

perdiet

il punit

il valut

nous

chantâmes nous perdîmes

nous punimes

nous valûmes

vous

chantastes vous perdistes

vous punistes

vous valustes

chantèrent il

perdicrent

il punirent

il valurent

Transformations et réductions analogiques. — 1^ Dans les passée forts, le type dui était le moins consistant. Des verbes qui auraient dû lui appartenir étaient du type faible correspondant : valui. L'assimilation se continua. Avoir, savoir, pouvoir hésitèrent entre les formes en ot et les formes en oui, puis passèrent à oiit. Eûmes existe dès le XV^ s.

20 Le type vi, veis assimila le type mis, mesis qui passa à meis. Vi (passé fort) s'assimila à son tour à puni (faible).

30 Le type ars demeura, au moins partiellement, pendant tout le XIV® et le XV® s. Puis il passa à son tour au type faible ardi, escrivi. Et il n'y eut plus de passés forts.

Dans la classe des passés faibles, le passé en iet : perdiet disparut de bonne heure, assimilé à punit. Il resta trois types, qui existent encore : je chantai, je puni(s), je valu(s).

Dans toutes les conjugaisons, des analogies de détail modifièrent les types qui se conservaient. Les P®" personnes du pluriel imes et âmes firent place à ismes et asmes, Vs s'y introduisant sous l'influence des deuxièmes personnes correspondantes.

Dans le type en 1 et en ui :

1) A la première personne, sous 1' nfluence des passés étymologiquement terminés en s, 5 se généralisa : je cheus, fus, sentis, vestis, seus, vins (h. l., I, 436).

472 CIRCOXSTANCES

2^ Le / de la 3^ personne avait réapparu au XIII® s. ; il se développa au XIV*^ : cheït, servit, perdit, sofrit. Cependant les anciennes formes ; cheï demeurent encore les plus usuelles jusqu'au XV« s.

A la 1^^ conjugaison, on vit les formes en it s'introduire. Arestit, trouvit, encore rares au XIV^ s., deviennent communs au XV« (h. l., ii, 336).

En même temps, à la 3« personne du pluriel, arent restait en concurrence î{\everent(Va devant r était extrêmement ouvert). L'analogie de la voyelle thématique eût dû faire maintenir a. Malgré cela aimarent disparut peu à peu, et aussi trouuit. Du temps de Heuri IV, c'était des fautes « gasconnes », objet de la moquerie des Parisiens. On disait dés lors comme aujourd'hui aima, aimèrent.

II. Un autre passé simple. — L'action passée s'exprimait en tout a. f . par un temps qui continuait le plus-que-parfait latin avec le sens d'un passé. On le trouve dans Eulalie : Bel avret cors (habuerat) = elle eut un beau corps. Cette forme se rencontre ailleurs encore. Mais elle disparut de bonne heure, et ne laissa aucune trace.

III. Formes composées* — Les formes du passé composé sont faites à l'aide des auxiliaires être et avoir au présent, accompagnés du participe passé : il est venuz, j'ai cunquis.

Cette forme composée se rencontre de très bonne heure, mais on ne peut pas dire qu'elle soit, dès les premiers textes, identique à ce qu'elle est devenue depuis. Il arrive encore a) que le sujet qui a fait l'action n'est pas le même que celui de l'auxiliaire, P) que le temps est dans l'auxiliaire seul (1). Toutefois la fusion se fit de bonne heure, et, à la fin du Moyen-Age, la composition est faite. Elle tend à s'affirmer extérieurement de deux façons : 10 les éléments composants se rapprochent l'un de l'autre ; 2^ le participe, comme partie intégrante d'une forme verbale, s'accorde de moins en moins avec l'objet, de plus en plus avec le sujet de l'auxiliaire qui fait corps avec lui (cf. p. 324).

Les auxiliaires (2). — Une certaine hésitation se manifeste dans la formation des passés composés de divers subjectifs, tels que tomber, partir. La langue populaire a une tendance à les former à l'aide de l'auxiliaire avoir, en réservant la forme en être pour un présent accompli, nous l'avons vu plus haut : la petite dame n'a pas descendu de fiacre (e. sue, Myst., i, 171); — J*ai parti de chez elle (J. lévy, Correct., 67) (3). Avec aller, on éprouve de grandes difficultés à maintenir la règle: j'ai été chez lai, je suis allé le voir. L'analogie tend à introduire partout j'ai été : Tai été voir cette pièce-là (4). ^

(1) Au fond, un vers comme celui-ci : si out li enfes sa tendre cham mudede {AL, 116, l'enfant avait sa tendre chair changée) a encore son équivalent en fr. mod : il avait une fambe coupée, i7 eut 5a fortune faite.

(2) Cf. p. 458 : Le présent parfait.

(3) Inversement : De rage Je suis sauté sur mon fusil de chasse (scrib., I.'héril., se. 3).

(4) Je suis été est du français de caserne.

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