LWCTIOS PASSÉE EST DAXS D' AUTRES FORMES TEMPORELLES
on présente souvent les actions qui ont eu lieu dans le passé, comme si elles étaient en train de se dérouler dans le présent. C'est un moyen employé constamment dans la conversation, pour mieux retenir l'attention de l'auditeur. D est ancien ; on le trouve dans Roland : Il les ad prises, en sa hos€ les blltet (641); — Caries li Reis, nostre emperere magnes. Sel anz tuz pleins ad estet en Espagne ; Tresqu'en la mer cunqiiist la tere aliaigne ; N*i ad castel ki devant lui remaignet. Murs ne citet n*i est renies à fraindre (1 et suiv.).
Malherbe et Oudin blâment le mélange trop brusque des temps. Vaugelas, tout en défendant le présent historique, recommanda aussi de passer à propos d'un temps à l'autre, autrement on ferait une faute, que plusieurs font, de commencer par un temps et de finir par un autre, qui est un très grand défaut (1).
A la fin du XVII« s. on ne trouve plus, sauf chez La Fontaine, le présent aussi hardiment mélangé à des passés : Deux siens voisins se laissèrent leurrer.,. Elle ne manque incontinent de dire A son mari l'amour des deux bourgeois. Lui raconta mot pour mot leurs fleurettes (67, Cont,, v). De nos jours on l'emploie aussi avec circonspection : Un soir, je filais mon rouet, on cogne à ma porte. Je demande qui. On Jure. J'ouvre. Deux hommes entrent. Un noir avec un bel officier. On ne voyait que les yeux du noir, deux braises. ..Voilà qu'ils me disent : Jm chambre à Sainte-Marthe... Ils me donnent un écu. Je serre l'écu dans mon tiroir, et Je dis : Ce sera pour acheter demain des tripes à Vécorcherie de la Gloriette. NouS moAtons. Arrivés à la chambre d'en haut, pendant que je tournais le dos, l'homme noir disparait. Cela m'éballit un peu. L'officier redescend avec moi. Il sort (v. h., iV. D., II, 81) ; — Regnard n'a que vingt-six ans. Il part de Paris le 26 avril 1681, avec deux jeunes amis... Il ne songe d'abord qu'à faire un Voyage de Hollande : mais, après quelques mois passés à Amsterdam,., lui et ses compagnons se décident à pousser vers le Nord (s*« beuve, Lundis, vu, 5).
40 Futurs dans le sens de passés. — Par une figure analogue à la précédente, la pensée se transporte dans le passé, qui devient ainsi un présent, et alors les faits qui suivent ce présent, quoique réellement passés à l'heure où l'on parle, apparaissent comme des futurs, et sont exprimés sous des formes de futurs. Le futur simple n'est guère en pareil cas qu'un moyen de style. Le conteur placé dans le passé semble annoncer les faits qu'il rapporte (2) : Hélas ! il faudra plus de dix huit cents ans pour que le sang qu'llY^Yerser porte ses fruits. En son nom, durant des siècles, on infligera des tortures et la mort à des penseurs aussi nobles que lui (ren. ,Jës., ch. xxiv).
(1) Corneille a corrigé dans Rodogune des vers qu'il jugeait tachés par ce passage trop fréquent du passé au présent ; Sachez donc qu*en trois ans gagnant quatre batailles, Trgphon vous réduisit à ces seules murailles. Les assiège, les bat, et pour dernier effroi. Il s*g eonle un faux bruit touchant la mort du roi. L? texte devint en 1660 : Ayant su nous réduire à ces seules murailles. En forma tôt le siège, et pour comble d^ effroi Un faux bruit s*y eoula... etc.. (rv, 431).
(2) En a. f. : Gualiiers desrenget les destreit e les tertres, N*en deseendrat pur maluaises nuoeles {Roi, 808).
Quant au futur antérieur, il est très commun, même dans la langue parlée. On dit fort bien : j'aurai fait tout cela pour qu'un gamin me manque aujourd'hui de respect ! Il est bien évident que le sujet parlant fait allusion à sa conduite antérieure au moment où il parle. U faut sans doute expliquer cet emploi de la façon suivante. On considère un fait ou une série de faits passés dans le rapport qu'ils ont avec un temps à venir. On les récapitule pour ainsi dire tels qu'ils apparaîtront au moment où la série va s'achever. Roland, qui va mourir, embrassant d'un coup d'œil rétrospectif sa vie sur le point de finir, dit à son épée : Mult larges ieres de vus avrai cunquises (RoL, 2351). Nous disons tout à fait de même aujourd'hui : Vous partez ! votre séjour parmi nous aura été bien court ; — la Chambre n'aura pas manqué d'éclaircissements à ce sujet. Si on analyse les vers de Boileau : J'aurai pu jusqu'ici brouiller tous les chapitres; J'aurai fait soutenir un siège aux Augustins ! Et cette église seule, à mes ordres rebelle Nourrira dans son sein une paix éternelle, l'emploi du futur s'y explique très bien. Le sujet parlant s'indigne contre un fait futur : cette église nourrira, situé en F (fîg. A). Des faits ont eu lieu dans le passé : brouille des chapitres, siège des Augustins ; ils se placent sur la ligne du temps en AB antérieurs à O. Mais pour les opposer au fait F, l'auteur fait abstraction du présent et les indique simplement comme antérieurs à I".
Un autre exemple montrera un autre emploi de ce futur composé : A cette date.., Frédéric avait déjà rebâti 4.500 maisons; deux ans après... il n'en aura pas rebâti moins de 14.500 (s*« beuve, Lundis, m, 156) (fîg. B)
La première action, la restauration de 4.500 maisons, est située en AB, dans un passé antérieur au point B du passé. Pour opposer à cette action une action accomplie dans un passé subséquent, il ne suffit pas au sujet parlant de présenter la deuxième action dans un autre passé, c'est-à-dire dans un segment antérieur au point O, il se transporte en B, néglige le point O, et exprime la seconde action par rapport à F. Un futur accompli, exprimant le résultat, se substitue au passé.
Peu à peu ces emplois se sont étendus ; le sujet parlant exprime à ce futur antérieur des faits qui ne sont vraiment en relation avec aucun futur: Ce n'est pas la première fois qu'on aura VU ça ; — Ce n'est pas la première