‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 276 sur 586 · CHAPITRE IV RÉPONSES ET ÉNONCIATIONS NÉGATIVES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV RÉPONSES ET ÉNONCIATIONS NÉGATIVES

Béponses. — Lorsqu'on veut répondre négativement, c'est non qu'on emploie dans la langue soit ancienne, soit moderne : Venez-vous ? Non. On nie purement et simplement la chose énoncée. Cette forme essentielle de la négation se suffit à elle-même (1).

Phonétiquement, non latin inaccentué, placé devant d'autres mots, s'était, comme il arrive souvent aux mots proclitiques, conservé en même temps sous sa forme pleine et sous des formes réduites : nen et ne.

N'en a vécu jusqu'au XV^ s. ; il disparut au XVI®. Il avait donné avec le pronom il une forme nenni (nen-il), pendant de oïl (h. l., ii, 379). Cette forme existe encore. Mais, dès le XVII® s., elle était considérée comme familière : Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suis-je point encore ? — Nenni. — M'y voici donc ? (la font., Faft., i, 3) ; — Tu penses fuir? — Nenni (mol., Dép, Am,, 277). Aujourd'hui c'est une forme paysanne.

Ne n'a jamais constitué à lui seul une réponse négative (2).

Négations apparentes et négations réelles. — Comme pour les interrogations, il faut distinguer quand il y a négation véritable ou seulement négation apparente. Inutile de donner des exemples des premières, mais qu'on considère une phrase comme celle-ci : Combien de progrès n*a't'on pas fait depuis lors! Elle équivaut à : Combien on a fait de progrès!

Moyens d'expression de la négation dans les énonciations négatives. — Non. — Jusqu'au XVI^ s., on trouve non devant un participe présent ou devant un infinitif : non pouant en subiection 'contenir les Saxons (rab., 1. m, ch. i) ; — il me bailla en pénitence non le dire ne déceler a personne (Id., ch. 19 ; cf. h. l., ii, 473),

(1 ) Si dilTérents que soient oui et non, il arrive que l'on emploie l'un pour l'autre, suivant le cours de la pensée. Ainsi, qu'on considère ce passage de Corneille : Vous n*avez seulement qu'à dire une parole. — Qu*une ? — Non . Cette nuit pai promis de la voir. Sûr que vous obtiendrez mon congé pour ce soir. Le concierge est à vous (corn., Suit, du Ment., 1106), Le sens est oui, la forme négative amène non. Cf. Ne parlez pas si haut : s'il est roi, fe suis reine : Et vers moi tout Veffort de son autorité N*agit que par prière et par civilité. — Non, mais agir ainsi souvent c'est beaucoup dire Aux reines comme vous qu'on voit dans son empire (corn., Nicom., 148).

(2) II existe d'autres formes de négation: les préftxes in, a, les prépositions ou locutions prépositives sans, faute de, etc. Il en sera question plus loin.

Page 1