INTERROGATIONS, AFFIRMATIONS, NÉGATIONS RENFORCÉES
InterrogatioxiB renforcées. — Pour des raisons logiques, ou des raisons sentimentales, telles que l'impatience, Tangoisse, une volonté exaspérée, on insiste sur la question qu'on pose.
Divers mots mettent en valeur le caractère interrogatif : donc, ça, peuhasard : Est-ce que par hasard vous m'auriez oublié? — Pourquoi donc éiiezvous, comme eût été Dieu même. Si terrible et si grand (v. h., R.-Blas, m, 3) ; — Qui done Vafjliqeait ? Était-ce, par hasard, qu'on Vaimaït pas ? (flaub., Éduc, II, 28) ; — Qui ça ? Antoine ? — Vous allez au bal, t)fl ça ?
Si la question porte sur une chose qu'on a oubliée, on ajoute déjà : Comment s'appelle-t-U, déjà? — Qu'est-ce ^ue tu me demandes, déjà plus?
Haxuplaceineiit de l'alfirmatlf oui. — On se sert, au lieu de oui, de toutes sortes d'adverbes ou locutions, pour reconnaître un fait, acquiescer à une proposition, etc. Citons : sans aucun doute, évidemment, certes (^i a failli périr au XVII« s.), certainement, assurément, parfaitement, vraiment, sans conteste, entendu, convenu, compris.,. Le choix du mot dépend un sens, n dépend aussi des habitudes de langage de chacun. Nous avons nos affirmatifs préférés, dont souvent nous abusons ; c'est un défaut à surveiller.
La langue populaire use d'un grand nombre de formules : Un peu, f'te crois, tu parles, etc.
Sans doute a exprimé longtemps l'affirmation : Est-ce que vous acceptez? Sam doute. U possède encore cette valeur affirmative dans certains cas. C'est par le ton qu'elle se trouve alors marquée. Mais le plus souvent, sans doute n'exprime plus que la possibilité, surtout quand il fait partie d'une phrase, au lieu d'être prononcé seul : Sans doute // est trop tard pour pttrhr encore d'elle (muss., A la Malib.).
Bitn sûr est en train de subir une transformation analogue : il est si bon, monckien ! EkensUDt qu'il appartient à quelqu'un de riche(cHAMyFi.., Cont., 46).
Voire a disparu depuis l'époque classique. Il était encore dans Régnier.
RéponBOB affirxnativeB reniorcéoB. — Pour insister sur le caractère afflrmatif d'une réponse, on use de divers moyens.
1^ Lb ton. — Le Oui des mariées va de l'extrême hésitation, due à l'émotion, à l'affirmation la plus décidée.
2° Formules de renforcement. — On substitue aux afïïrmatifs ordinaires des formes renforcées. Au lieu de si on emploie si fait. II n'y a pas longtemps que si fait est une formule cristallisée. On ne peut la considérer comme telle que depuis le XVII« s. Auparavant le verbe se mettait à la personne requise : Et qiioy ! ne paraistray-je pas botté.,. Si feray dea (Gr, Prop. des Bot., V. H, L., VI, 34 ; H. l., ni, 368). Les grammairiens de l'âge classique considéraient si fait comme vulgaire. II était burlesque : Si îtAt, il l'esiet — Non est, ma foy (lor., 15 janv. 1651, 64) ; — Je ne la voy pas, je pense que ce n'est pas elle — ... Ce l'est en effet — Ce ne l'est pas — Si fait — Kon fait (Id., 24 juin 1651, 1618). L'expression est un peu vieillotte et familière (1).
Autrefois on se servait de dea, resté dans le dà de oui-dà, par lequel on répond à quelqu'un qui s'étonne.
On dit aujourd'hui par exemple : Ah voilà du linge qui est blanc, par exemple ! — peut-être, placé après, renforce l'affirmation : Je sais bien mon métier peut-être !
Ënonciations affirmatives renforcées, — !<> Formules.
Oui. — On bidsse les yeux, oui, en la regardant (mérimée, Vénus d'Ille, 246); — Oui, c'est la vie. Après le jour, la nuit livide (\, h., Or,, Fantômes).
En vérité. — // me semble, en vérité, que,,, si je voyais une jolie femme, je me dirais (muss., // faut qu'une p, s. ouv, ou ferm,, 1).
Certes (en poésie certe). — // était certes bien inutile de vous déranger ; — Certe, il est bon qu'ainsi soient traités quelques-uns (v. h., L'année terr.. Coup s. coup).
2° La réponse change de forme.
Elle affecte la forme extérieure d'une hypothétique. Ce sont là des débris de phrases complètes : vous savez sans doute où demeure Monsieur de Peyrehorade ? — Si Je le sids ! s'écria-t-il, je connais sa maison comme la mienne (MÉRIMÉE, Vénus d'Illc, 244) ; — Si tu crois que je n'ai pas remarqué que M. de Saint'Pol fait la cour à cette femme (a. cap., Ange, i, 1). Cette forme est très courante : Si ce n'est pas malheureux de voir ça ! Il faudrait se garder de la rattacher à un système hypothétique. C'est une proposition objet devenue principale.
On affirme aussi très fortement avec un débris de phrase temporelle: Quand Je te l'avais dit que le bourreau viendrait (v. h., Mar, de L,, v, 7),
3<> On insiste a l'aide d'une phrase principale.
On introduit des verbes qui insistent sur l'affirmation : Je t'assure, nous vous certlflons que : Tu penses bien que je ne l'ai pas oublié ; — Cesi très malin ce que vous faites là, — Je VOUS assure que c'est à mon insu (lab., Poud, aux yeux, i, 9). — La langue populaire a fait de Je te crois une formule à cet usage : Je te crois qu'il a gagné de l'argent.
<1) Est-ce que mon neoeu n*est plus amoureux d'elle 7 — SI filt, monsieur, comme fthabUude (MUSS., On ne s. pens. à, t., 1).