INTERROGA TIONS, AFFIRMA TIONS, NÉ G A TIONS RENFORCÉES
De nombreux adjectifs se construisent, à cet effet, avec le verbe être Il est évident, sûr, oertain, avéré, manifeste, clair, acquis, établi, reconnu... qu'elle a toujours fait son devoir. D*où l'abréviation populaire : sûr et certain.
A noter aussi les expressions : c*esi que : le fait est que (celle-ci a souvent le caractère d'un aveu) : Ah ! c'est que je vous connais ! (mirb., Le Foy.^ I, 2) ; ; — Le fait est que, pour les caleçons et les gilets de peau. Honorât est simplement extraordinaire ! (lav., Leur b. phys., 59).
Par la suppression du verbe il est, on est arrivé à une construction très originale : Bien sûr qu'/7 ira. Parla suppression de il n'y a, on aboutit d'autre part à point de doute que : Point de doute qu'iV ne vienne.
D'autre part les adverbes tels que certainement ont donné lieu à des constructions qui jouent un rôle important : De // viendra certainement, certainement il viendra, on est passé, par analogie des constructions dont il vient d'être question, à : Certainement qu'<7 vous écrira, sûrement que vous le verrez ; — Mais certainement que Muscade viendra dîner samedi (maupass., Yvette, 26).
De sorte que les besoins de l'affirmation renforcée ont eu deux effets, en apparence contradictoires. Des phrases faites ont été déconstruites : sûr qu'il est là ! et des phrases logiquement impossibles ont été établies : sûrement qu'elle l'épousera !
Remplacement des négatifs. — La négation pure et simple est loin de suffire toujours à nos besoins logiques et sentimentaux (1). Nous avons vu combien le désir de la renforcer a contribué à la naissance des formes modernes.
Pour la même raison, on substitue à la négation ordinaire toutes sortes d'expressions : Allons donc ! je vous dis que j'ai de bonnes raisons pour savoir que cela ne se peut pas (muss., Lorenz., iv, 10) // me disait de me rendre. Moi, je lui dis : « li n'y a pas de danger! » (mérimée., Les Mécont., se. xi); — Ma faute, à moi, par exemple ! (don., La Pair., ni, 3).
Autrefois, on s'écriait : Ils sont bossus ! Elles sont sonnées ! Juste et carré comme une flûte ! Vous me la baillez belle ! Vous m'en contez ! Autant pour le brodeur !
Beaucoup de ces expressions sont ironiques : ce sont des antiphrases : Voire, voire ! Justement ! C'est tout à fait ça ! Tu parles ; — La duchesse une amie !.... Oui, Joliment ! (a. daud., Imm., 9) (2).
Négations renforcées. — On peut aussi renforcer les négations ordinaires non et non pas.
1° RÉPÉTITION : Non, — non, et non! Mon Dieu I croyez-vous que je ne sache pas ce que vous pourriez me dire ? (musset, // faut qu'une p. s. ouv. ou ferm., 1).
(1) Nous y reviendrons en parlant du refus.
(2) Malgré les pertes, il nous reste assez de formules et d'assez vives pour éviter celles qui sont trop populaires : non I ma/5 des fois î Et ta sœur ! Va conter çà à Dache I
2° Addition d/ adverbes. — On se servait ' autrefois de dca, da (cf. oui-dà) : MascarUle, est-ce toi ? — Nenni-day c'est quelque autre (mol.. Et., 1227). Nous disons : non certes, non vraiment, certainement, assurément non.
Non pouvait être, au XVII« s., renforcé par jamais : Je juge de moi par vous, mon cher Monsieur ; souvent j'y suis attrapée avec d'autres, mais non Jamais avec vous (sév., Lett., dccccxv) (1).
Nous avons vu le rôle primitif de pas et point. Maintenant qu'ils font partie intégrante de la négation, ils sont à leur tour renforcés : pas le moins du monde; sûrement pas; absolument pas.
Pas du tout est quelquefois raccourci en du tout : Du tout, du tout, bégaya François ; pourquoi donc que j'y serais allé dans votre jardin ? (souv.. Clair., .13) ; — PasdUtrgent, n'est-ce pas ?Hu tout, du tout, du tout (a. daud., Tmm,, 14).
Les autres termes négatifs tels que: personne^ jamais... etc., sont renforcés. eux aussi, de différentes façons : personne au monde, rien au monde : Rien au monde ne saurait m' être plus précieux que votre amitié ; — jamais de la vi^ ; — Quel mariage ? — Le vôtre ! — Moi ? Jamids de la vie ! (flaub., Éduc, II, 43).
Une forme très originale et très vive de dénégation s'est imposée récemment : Avec eela qu*// est facile de travailler en face de quelqu'un qui pleure tout le temps (a. daud., Jack, 475) ; — Pierre ne me l'aurait jamais pardonné ! Avee fa Wi'iV existe quelque chose qu'un homme comme lui ne pardonnerait poi^ à une femme comme toi, si elle savait s'y prendre (a. flament. Le Masque^ 2).
i par serments. — Qu'il s'agisse d'une question, d'une afiinnation, d'une dénégation, on prend des témoins, on atteste, on conjure.
En doctrine chrétienne, le serment est « tabou » : « Mais moi, je vous dis : Ne jurez point du tout, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu ; ni par hto terre,, car c'est le marchepied de ses pieds; ni par Jérusalem, car c'est La» vili« du grand Roi. Ne jure pas non plus par ta tête ; car tu ne peux faire devenir un seul cheveu blanc ou noir. Mais que votre parole soit : Oui,. oui. Non, non ; ce qu'on dit de plus vient du malin. » (Év. S* Math., T, a4).
Le serment n'en a pas été moins prescrit par les Autorités. Le premier texte que nous possédons en français est celui d'un Serment. On ne jure plus officiellement en France sur l'Évangile. Mais il y a des formules juridiques : Sur mon honneur et ma conscience la réponse du jury est : non. Quant aux formes usuelles du serment, elles sont multiples : sur l'honneur, sur la tête
(1) Jd, qui forUfle le sens de ne dans Tancien-françafs, est tout à fait sorU d'usage : Quand tel ribaud serait pendu, ce ne serait ]à grand dommage (voit.. Pois.» dans RJch.) ; — Jà ne Us faut éplucher trop avant (la font., Cont., Troq., 51) ; — Jà ne plaise à votre Seigneurie De me prendre en eei état-là (Id., I. i3C. 10).
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de mes enfants, sur les cendres de ma mère, foi d'honnête homme, etc. : Mon bon Monsieur, Je VOUS jure le bon Dieu qu'il n'est entré personne ici (v. h., Mis,, Fantine, v).
L'Église interdisait les serments dans la vie commune, et même les poursuivait. En plein XVII® s., des condamnations sévères tentèrent de faire disparaître de vieilles habitudes. Elles ont persisté, et la langue est pleine de formes de jurements ou de jurons, où on prend à témoin d'un fait, d'une intention, le ciel et la terre (h. l., iv, 385). On y voue — sans trop s'en rendre compte — son âme et son corps au malheur pour garantir sa parole : Dieu me damne si; le diable m'emporte s/ ;— sois-Je du ciel écrasé si je mens ! (mol., Mis., 271) ; — Que Je VOUS perde si la vérité ne m'est aussi chère que mon amour ! (muss., Chand., II, 4) (1). — Que le dIaMe m'emporte ai fe sais au fond ce que je suis (dider., Sev. Ram., 86) ; — Que Je sois pendu si je porte jamais un jugement sur qui que ce soit ! (flaib., Corr., 3« sér., 25).
Par respect, on évitait dans les jurons de nommer les personnes divines, et leur nom était déformé : je renie Dieu devenait ainsi jarnibleu ; par ta mort de Dieu, morbleu, etc. J.es formes les plus étranges ont eu cours : jarn\i (DU VERD., Flatt., I, 2) ; — mardi (regxard, Div., i, 5); — Tuchou (Id., Homme à b. fort., ii, 1).
Aujourd'hui encore nondebleu, sacrebleu, etc., remplacent les types vert» tables. Le temps est loin cependant où on se gênait de nommer le dfahle. On dira : Où diantre sommes-nous ? mais aussi : Où diaHe voulez-vous nous conduire ? — Où diable sommes-nous ? (balz-, L. Lambert, 194) (2).
<1) Cf. Monsieur le duc, fen répond» snr ma i%iê,'que fe nour apporte à Verwitle» (Vioht* Quitie p. la peur, »).
(2> Ob iUbto si le bouge ! (T. B., Mar. de L., ii, 1).