CHAPITRE IV LES PRÉSOMPTIONS. LES POSSIBILITÉS
De l'affirmation au doute la pensée passe par divers degrés, où s'^étagent les probabilités et les vraisemblances.
lo On se sert d'adverbes de possibilité. — En a. f.: peut cel estre^ possible. Ce dernier se rencontre encore chez La Fonisàne : notre mort.,, ne tardera possible guère {Fab., m, 6).
En f. m. : peut-être, probablement, sans doute, etc.. // est peut-être malade.
2^ On se sert d'auxiliaires de modes. — a) pouvoir : il peut avoir soixante ans ; — p) devoir : avant de s'endormir elle dut rêver longtemps à ce phénix des cousins (balz., Eug. Grandet, 46-47) ; — JeTld trouvé lisant « les Rayons et les Ombres » ; // ne devait pas y eomj^TenàTe grand* chose (flaub., Corr., 3« sér., 22); — de petites flaques noires, en de certains endroits, dévident être du sang (flaub., Éduc, ii, 162); — y) il faut que : Je ne sais ce que font mes domestiques ; il faut qu'ils soient tous sortis, car j'avais défendu ce matin qu'on laissât entrer personne (muss., Deux Maîtr., v). // faut que exprime un enchaînement logique, une probabilité résultant d'un raisonnement.
30 On met le verbe au futur de probabilité. — C'est une façon de tempérer l'affirmation, de ne point présenter le fait comme une certitude^ mais comme une chose possible.
Ce futur de probabilité existe déjà dans l'ancienne langue : Antoine Chrestien disait craindre fort sa conscience, et que volontiers il luy rendrait son argent, pour estre vraysemblablement quelque enfant de riche marchand qui aura desrobé son père (n. du fail, Eutr., II, 80).
n est très commun en langue moderne : Ne semble-t-il pas que ce soit la maison du diable ? il aura peut-être llérité des moines (balz., L. Lambert, 202) ; — //se sera mis à boire par là pendant que vous fumiez, tu aurais dû le surveiller (don., La Pair., i, 1).
I..e futur simple est beaucoup plus rare : A Tépoque classique, on ne le trouve qu'exceptionnellement. A, a, a, ah ! povero ! ce sera le brevet de ce ma heureux enfant, qu'il m'avait remis, et que j'ai oiMii de iui rendre. 0, 0, 0, oh I étourdi que je suis ! que fera-t-il sans son brevet ? 17 faut courir
(BEAUM-, Mar. Fig,, ii, 21) ; — Ce sera sans doute vo:re père : non. Dieu mercy, c'est Monsieur Arisie (palaprat, Grond., i, 4) (1).
De même en f. m. : Ce sera le bonhomme de frère pris de somnambulisme (MUSSET, Lorenz.y i, 1).
40 On MET LE VERBE A l'éventuel (2). — Il Semble qu'aloFs le dou te soit plus accentué: sa mër^/ui aurait laissé cinq millions qui, placés en achat de terrains^ à Paris, en représenteraient plus de cinquante maintenant (zola, RêDe, 66) ; — Je voulus profiter de celle arche gelée Pour descendre en deux bonds jusque dans la oallée. Et voir si le berger ne serait pas venu (lam., Joc, 7 déc. 1794, Minuit); — La police brestoise a demandé iélégraphiquement à la Sûreté de Paris des renseignements détaillés sur Raynaud, qui ferait partie d'une bande et aurait des complices ancwchistes. D'après sa maîtresse, il apparttendrait à une association de malfaiteurs et le dernier coup qu'il aurait Wt lui aurait rapporté cinq mille francs. Raynaud porte à l'épaule gauche une blessure non encore cicatrisée (Presse, 10 mai 1912).
5® On se sert d'une principale exprimant la présomption : il se peut que, il est possible que, il est probable, il n'est pas impossible qu'U vienne ce soir ; — Il est possible que quelques personnes... aient senti à la lecture d'ouvrages de ce genre, s'éveiller en elles une tristesse et un effroi jusqu'alors inconnus (g. sand, Lélia, préf. 9)'; — il est impossible qu'il lui échappe des expressions un peu vives (curel, Nouv. Id., i, 4).
Suivant l'observation faite ailleurs, on peut rejeter Tidée de possibilité dans une coordonnée : il viendra, e'est bien possible.
Comme on le voit par les exemples précédents, dans la subordonnée qui dépend de : il est possible, il n'est pas impossible, il se peut... on trouve aujourd'hui le subjonctif. L'indicatif était autrefois commun avec il se peut faire : D se peut fiiire ^u'il est déjà venu (malh., LHt., xxx) ; — n se peut faire que celui qui m'a conté cette aventure, et qui y étoit présent n'a pas retenu exactement (rac, LetL à l'Aut. des Imag.). Cf. avecTéventuel : Il se pourrmt fort bien faire que je vous irois voir mercredi matin (Id., Lett., cl).
On trouve même l'indicatif avec est-il possible : Est^il possible que j'aurai toujours du dessous avec elle ? (mol., G. Dand., ii, 8) ; — Est-il possible que vous serez toujours embéguiné de vos apothicaires et de vos médecins, et que vous ?onlIei être malade en dépit des gens et de la nature (Id., Mal. Imag., m, 3) (3).
(1) Je croîs qu'elle etf entrée dans ce PtilaCa r mais dans quel appartement sara-ee ? Je suis mort si fe ne la trouoe (PAUuniAT, Muet, ii, 4). L'auteur était de Toulouse, c'est chez lui un gaaeooinne.
(2) On le tromre en a. f. : Monseigneur, pous portés bien avoir tort (proiss., Chron., iv, 56, L ; H. 1s., I, 472X
(3) LlnteiprétatloQ iei est douteuse ; il se peut très bien que nous ayons affaire à une locution toute faite et que la subordination ne soit qu'apparente. On entend aujourd'hui des phrases comme : « B«MI lÛtn pMriblt^tie e^èst vous 7 * Cependant on remarquera le subjonctif de la seconde propositiaa dépendante.