CHAPITRE VI LES DOUTES, LES INVRAISEMBLANCES
A partir du point où l'on quitte l'assurance, puis la probabilité, l'on en vient à douter, à considérer la chose énoncée comme improbable ou invraisemblable. Une foule d'expressions correspondent à cet état de la pensée : ce sont d'abord des phrases impersonnelles où entrent les divers adjectifs : i7 est douteux, peu probable... qu'il fasse beau (1).
Ce sont ensuite des verbes et des locutions verbales : je doute, j'ai peine à croire, je suis en doute.
Il faut assimiler aux précédents les cas où il y a contestation : // est contestable, je conteste que... ces cuirs tannés si vite valent les anciens.
Le mode du verbe. — On a dit longtemps que le subjonctif est le mode du doute. Il y a beaucoup à rabattre de cette affirmation, pour les raisons générales que nous avons données. I/adaptation ici non plus n'a pas été parfaite. Mais il est ceHain qu'un doute planant sur une idée amène souvent la substitution du subjonctif à l'indicatif.
Le ne modal. — Quand le verbe exprimant le doute est employé sous une forme affirmative, on ne met plus aujourd'hui la négation ne devant le verbe de la subordonnée : Je doute ^«'il réussisse jamais à me convaincre ; — VOUS doutez qu'il en soit ainsi, et vous avez raison.
Mais au contraire, il est encore de règle d'écrire comme les classiques : je ne doute point que l'hymen ne vous plidse (mol., E. des /., 616) ; — elle ne doute point que la Reine ne les lui eût donnés (la rochef., II, 12).
Nous avons ici un des cas les plus remarquables de l'influence mécanique d'une négation, car ne pas douter que implique une certitude, et cependant le subjonctif se conserve et le ne est présent (2).
Le mode que la logique appellerait, savoir l'indicatif sans ne, se rencontre, Vous ne pouvez donc douter que c'est Dieu qui vous y a mis (maint.. Lett. II, 13). De même après il n'est pas douteux que. Il n'a pu s'imposer partout.
Doutes sur les éventualités. — Quand la chose énoncée était éventuelle, les classiques employaient le subjonctif du conditionnel : On peut bien croire que je ne luy rabatis rien ; et je ne doute pas que le drosle ne /n'eust fait voir qu'il me connoissoit (bussy-rab., Mém., i, 250) ; — Je ne doute
(1) Cf. U est rare, tans exemple... qu'une bAte aussi fine que le renard se soit pris à ce piège.
(2) On trouve aussi ne après une principale interrogative : Douttz-vous, en effet. quWxiane ne l'aime 7 (Rac, Alex., 82).