‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 301 sur 586 · LES DOUTES. LES INVRAISEMBLANCES · texte numérisé non relu

LES DOUTES. LES INVRAISEMBLANCES

pas même, si je me fusse mis en colère, que je ne lui eusse apprêté à rire à mes dépens (lesage, P. chois., 41).

En f. m., on trouve le conditionnel. Ne doutant pas que le lendemain, sa servante accepterait une proposition qui était pour elle tout à fait inespérée (maupass., HisL d*une fille de ferme, m).

Influence d'une question qui introdmt le doute, — Poser une question sur la réalisation d'une chose énoncée, c'est la placer dans l'incertain. D'où l'usage du subjonctif dans l'objet des phrases interrogatives. Crois-tu que dans son cœur il ait Juré sa mort ? (rac, Andr., 1040) ; — Comprends-tu bien qu'un homme soït mon mari, et ne vienne pasc/iez moi? (VIGNY, Quitte p. la peur, se. i). Il suffit qu'une'phrase ait la valeur d'une question, sans en avoir la forme, pour qu'on voie apparaître le subjonctif: Oui, fai tort de juger les frères par le mien. Mais VOUS êtes bien sûr que ce SOit récriture ? (aug., Av.. m, 3) (1).

Mais la règle qui concerne les phrases interrogatives a toujours été, à vrai dire, moins impérative et générale que celle des phrases négatives. Les théoriciens de l'école classique avaient déjà pris le parti de tenir compte de la pensée : Croyez-vous qu'il le fera... ou qu'il le fasse ? Dans une telle intorrogation, «< le futur marque qu'on est persuadé que la chose n'aura pas lieu, le subjonctif au contraire marque l'incertitude où l'on est à cet égard» (and. de b. reg., Réfl., 143). Racine écrivait : Croirai-je qu'un mortel, avant sa dernière heure. Peut pénétrer desmorts la profonde demeure ? (Phéd., 389) ; — et Boileau : Crois-tu que, toujours ferme au bord du précipice. Elle pourra marcher sans que le pied lui glisse ? (Sat., x, 153) (2).

Il est bien visible d'abord qu'il faut écarter les cas où l'interrogation n'est qu'un tour oratoire qu'on emploie pour affirmer ou nier avec plus d'énergie, ou en tous cas qui laisse subsister entièrement la réalité de la chose énoncée : Madame. OUbliez-VOUS Que Thésée est mon père, et qu'il est votre époux? — Et sur quoi jUgez-VOUS que j'en perds la mémoire ? {n\c.,Phèd., 463).

Ensuite, il est clair que, dans certains cas,ron doit pouvoir choisir : Êtesvous bien sûr que deux caractères si dissemblables s'aocorderont ? (dur., Uniss. , 23). On pourrait dire : soient de nature à s'accorder. D'autre part, dans ces vers de Leconte de Lisle : D'où vient qu'elle bondisse (ta force) et hurle avec les flots ? {Po. ant.. Vis. de Brahma), on pourrait changer bondisse en bondit.

Mais ailleurs le sens impose tantôt un mode, tantôt l'autre. L'indicatif ne pourrait pas être remplacé dans : Comment se fidt-il qu'avec ces sentiments je n*ai fait si longtemps que mon malheur et celui des autres ? (b. const., Ad,, 78) ; — Parce que vous êtes frère de mon père, est-ce à dire que vous avez des droits sur moi?(\. karr, l^illeuls, 35) ; — Croyez-VOUS que je suis heureuse de vivre seule en garçon ? (tinayre, M. Péch., xvm, 222).

(1) Si le fait est éventuel, on a le subjonctif éventuel: Croyoï-VOU que vous fM»M mal d'aller vous-même une fois chez lui (rac, L^M., ex).

(2) Cf. avec des conjonctives : n'ett-eo point un songe qae Je volf ? {lk font., Fabh, x, 9) ; — Seigneur, qu*a donc ce bruit qal vous doit étonner (rac, Iph., 180, éd. 1676).

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Le mode dans l'intërbogation indirecte. — Dans T interrogation indirecte, dont nous avons parlé au chapitre de L'Objet, il n'y a point de mode généralement obligatoire. L'indicatif était usuel avec si en a. f. ; il Test resté : Je demande si vous ceneentes. Est-ce là un fait de forme dû à r usage de si? (cf. Je doute s* il acceptera).

On trouve avec comme, comment, le subjonctif en a. f. ; Si uoeilliés,.. Regarder comment,... Mon très amoureus esperit,.. Soit aucunement consilliès (FROiss., Méliador, 9, 10). Toutefois Tinfluencc du latin paraît être pour beaucoup dans cette syntaxe. I^e f. m. dit avec Tindicatif : Voyez ce que vous voulez faire ; — je demandai quelles intentions il avait, je veux m 'informer comment il s'y prendra. Si la chose énoncée est problématique, on atténue en remplaçant l'indicatif par le conditionnel : Informe-toi si Laugier ne serait pas par hasard parent du Laugier médecin (flaub., Corr,, 3^ sér., 27).

Quand la chose énoncée est éventuelle, on se sert du conditionnel, non du subjonctif du conditionnel : Pour moi... considérant combien il y a plus d'apparence qu'il y a autre chose que ce que Je vois, j'ai recherché si ce Dieu n'aurait point laissé quelque marque de soi (pasc, Pens., xi, 8).

Il y a certains exemples de subjonctif qui ne s'expliquent que par une règle mécanique, qu'on trouve du reste dans divers manuels : // n'est ni l'un, ni l'autre (ni fort, ni faible), mais qu'importe ce qu'il soit ! (a. dumas, TuL, 11) ; — Saviez-vous que Treilhard, mon juge d'instruction, fût devenu complètement gâteux? (flaub., Corr., 4^ sér., 269).

Influence d'iine principale hypothétique. — Un doute peut naître de ce que la proposition principale dépend d'une hypothétique : on a alors une tendance à mettre le verbe au subjonctif. Cette tendance est ancienne : Qui creroit, dist-elle, Abraham, se il dîsoit que Sarre allaistast un enfant qu'elle lui auroit enfanté en sa vieillesse (Mon. de P., i, 82).

Cependant Malherbe a repris ce vers de Desportes : si c'est le ciel qui te fasse avancer {Œuv., iv, 258; il s'agit d'un fait).

Les grammairiens classiques n'ont pas imposé le subjonctif, et il faut consulter le sens. On dira : Si vous décidez qu'il faut y aller, j'irai. Au contraire, voici deux vers où le subjonctif s'impose, puisque le personnage est dans le doute : 0 Nymphe ! s'il est vrai qu'Éros, le jeune Archer Ait SU d*un trait doré te suivre et te toucher (lec. de lisle, Po. ant., Gloaucé, iv).

Malgré cela, certains subjonctifs ne s'expliquent que par une influence purement formelle, ainsi dans cette phrase de Chateaubriand : S'il est vrai que la religion soit nécessaire aux hommes, comme l'ont cru tous les philosophes, par quel culte veut-on remplacer celui de nos pères ? (Génie, i, ch. iv). L'auteur est à cent lieues de contester la nécessité de la religion. Il n'y a aucun doute, mais une affirmation. Soit a néanmoins été entraîné par la forme s'il est vrai.

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