‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 309 sur 586 · CHAPITRE V L'ÉTONNEMENT · texte numérisé non relu

CHAPITRE V L'ÉTONNEMENT

Le nombre des expressions est immense : On s'étonne ;

On est saisi, surpris, confondu, ahuri, interloqué, estomaqué, stupéfait. On déclare qu'il est unique, curieux, inattendUy singulier, extraordinaire, miraculeux, extravagant, incroyable, trop fort.

La principale est donc personnelle ou impersonnelle : Je snis snrpris qu'il ne soit pas là ; — il est étrange, surprenant» bizarre, qu'il ne nous ait pas prévenu ; — C'est bien drôle, qu'elle ne me le dise pas !... (lab.. Pet. Ois., II, 12).

10 Jusqu'à la fin du XVII«s., s' étonner, suivi de que, et les verbes de même signification étaient fort bien construits avec un indicatif à Tobjet: C'est unecliose estrange qu'Hz ont voula comprendre les principes des choses et de là arriver jusqu'à connoistre tout (pascal, Pens., éd. Molin., i, 29) ; — il seroit /or/ surpris... que Je ne lui ai parlé de rien (rac, Lett., cxliii) ; — Je fus étonné que, deux fours après, il me montra toute l'affaire exécutée (MOL., Éc. des /., Préf.) ; — Je f US étonnée que Gourville l'envoya quérir hier (sÉv., Lett., CLViii). Michelct a encore imité cette syntaxe. Mais c'est la un archaïsme : Je ne puis m'empêcher d'admîrer que l'extrême misère ne brisa nullement ce peuple (Rév., i, 346). Le P. Bouhours reconnaît déjà ses fautes à ce sujet, et admet que le subjonctif est obligatoire (Suit. ,414).

Seule, la langue populaire moderne garde avec soin les nuances. A l'aide de son de ce que, elle peut introduire l'indicatif ; Je suis épaté de ce qu'// est encore en vie ; Cf. fe suis épaté qu'tV se soye tiré d'ià. On rencontre ce de ce que dès l'époque classique : Je ne m'estonne pas de ce que vos grands Ouvriers font tomber des Perles liquides de ses doigts (petit, Dial. sat., 56). Pourquoi ne profiterait-on pas de cette ressource précieuse ?

2° Fort souvent. la phrase est décomposée. Des compléments remplacent le verbe de surprise : Vous avez accepté ces conditions-là, j'en suis surpris ; — à mon grand étonnement, & ma profonde surprise, il est revenu, la main tendue.

30 On relate le fait qui surprend, en faisant précéder la phrase d'un : Mais, qui, placé devant renonciation, indique la surprise : Mais c'est très bien I — Mais il est mort ! — Mais il y a de quoi devenir fou (2).

(1) Exclamations z Oh ! Bah I Diable ! Peste l Eh bien ? Eh bien quoi ? Hein I Ouais I Comment ? Miracle ! Par exemple ! Est-il Dieu possible ?

(2) La soudaineté se traduit par uoilà-i-il pas, ne voilà-t-U pas que. Elle implique souvent que cet événement inattendu a surpris.

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