CHAPITRE IV LES ADVERBES. ORIGINE ET FORMATION
10 Adverbes héréditaires. — On peut citer joindre d'anciens accusatifs d'adjectifs : volontiers.
bien, mal. Il faut y
20 Formation des adverbes. — Dès le latin de la décadence, un certain nonil)re d'adverbes se formaient par l'adjonction d'un nom latin mente, qui signifiait esprit. Il avait servi originairement à former des adverbes exprimant des façons d'être de l'âme : clerement (= avec un esprit clair). Mais l'analogie avait rapidement étendu ce type à des adjectifs auxquels le mot esprit ne s'appliquait plus.
Ment équivalait là à juçon, et il était devenu rapidement une sorte de sufRxe capable d'enrichir sans cesse la langue de toutes sortes d'adverbes (n. L., II, 369 et suiv.). Gomme ment représentait un féminin, il s'ajoutait à la forme féminine de l'adjectif. Donc, dans l'a. f., on avait deux types d'adverbes, comme on avait deux grandes classes d'adjectifs: le type ^on^ment, formé sur le féminin de bon. bo-ne; le type fortment, construit sur la forme de l'adjectif fort, qui demeurait la même au masculin et au féminin.
Mais, de bonne heure, l'action analogique entraîna vers la première catégorie d'adjectifs les adjectifs à forme unique, nous venons de le voir. Logiquement, les adverbes en ment devaient suivre le même mouvement. Bs l'ont suivi en effet pour la plupart : fortement, grandement.
Cependant :
a) Certains ont hésité, et des formes concurrentes ont lutté pendant longtemps. On trouve dans la période du moyen-français : également et égàoment, loyalement et loyaumen/.
b) Jusque dans notre langue contemporaine, à côté d'adverbes comme royalement, qui sont aujourd'hui formés selon la règle générale signalée plus haut, il en reste d'autres, non rapportés au nouveau féminin, tels : fa/amme/7/, patieWLînent. prudemment, etc.. C'est que les adjectifs sur lesquels ils sont formés (galan/, patient, prudent...) présentent des analogies avec le participe présent. Or, jusqu'au XVII<^ s., celui-ci n'avait qu'une tendance intermittente à prendre la forme du féminin. Ainsi s'explique que beaucoup d'adverbes formés sur des primitifs en ant, ent, aient été maintenus sous leur ancienne forme (1).
(1) II faut noter que des adverbes ont aujourd'hui une forme plus éloignée qu'autrefois dr fadjectif. Dans l'adverbe, la nasalisation de Va demeurait. On disait pntiàmà, élégàmû qui étaient beaucoup plus près de patient, élégant.
LES ADVERBES. ORIGIXE ET FORMATJOX
Adverbes en ément. — Il n'y a aucune raison morphologique pour qu'aveugle donne aveuglément. On peut acjmeltre que cela vient du grand nombre des adverbes en ément, tirés d'adjectifs en é, qui auraient exercé une action analogique dès avant le XV I® s. Il est bien difficile toutefois de rien affirmer. L'accent aigu n'était pas encore usité dans l'écriture. Dès lorjf* nous ne pouvons pas chercher des témoignages tirés des textes. D'après ceux des théoriciens, c'est au début du XYII^ s. que la question s'est définitivement résolue (h. l., m, 346).
Autres dérogations a la règle générale. — Pourquoi hardiment el non hardiemenl ? Puisque hardi fait hardie, l'adverbe devrait présenter l'«w
Il faut voir dans ce fait l'application d'une loi phonétique générale. Quand l'e du féminin a cessé d'être entendu, la voyelle s'est allongée, ainsi que nous l'avons expliqué. Donc au lieu de dire hardi{e), on a dft hardi, un homme hardî, une femme hardi.
Mais, sitôt qu'on ajoute une syllabe, men/ par exemple, l'accent se dépllace, rallongement qui marquait encore le féminin, disparaît : d'où hardtmerL Dès lors, rien d'étonnant que, dans certains cas, l'orthographe ait suivi prononciation.