‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 344 sur 586 · RAPPORTS ET DIFFÉRENCES ENTRE ADJECTIFS ET ADVERBES · texte numérisé non relu

RAPPORTS ET DIFFÉRENCES ENTRE ADJECTIFS ET ADVERBES

Réalité et convention. — On traite d'habitude à part de la manière de qualifier le nom et de la manière de qualifier le verbe. A l'un l'adjectif et ses substituts, à l'autre l'adverbe et ses tenant-lieu.

Il est bien certain qu'il y a dans cette distinction quelque chose d'exact. Si on considère d'abord les moyens employés, ils ne conviennent pas tous indifféremment au nom et au verbe, tant s'en faut. La proposition relative, par exemple, d'un si grand usage avec le nom, n'a point de lieu auprès du ver lie.

Inversement prenons le verbe parler. Toutes sortes d'expressions caractérisent l'idée qu'il renferme : parler allemand, chrétien; parler à mots couverts, avec feu, à bâtons rompus, d'abondance, en maître. Aucun*» de ces locutions ne convient au substantif parole

D'autre part si on considère le rôle j ué par les caractéristiques données à un objet, à un être d'une part, à une action de l'autre, on s'aperçoit qu'il y a parfois une différence qui peut aller jusqu'à la contradiction.

Il arrive en effet que l'adjectif acco'.é ru ncm représente une manière d'être permanente de l'être ou de l'objet, tandis que l'adverbe accolé au verbe exprime une caractéristique d'une action passagère : M. Wilson, homme essentiellement pacifique, est intervenu dans le conflit mondial, militairement ; — un homme vertueux, dans un moment de faiblesse, agit mal«> lionnêtement ; — un ouvrier adroit fait une chose maladroitement, et ainsi de suite.

Et ce n'est pas seulement un acte isolé et éphémère qui peut s'opposer à des dispositions durables. Comparez : ils travaillaient seuls à cet ouvrage, et ils travaillaient seulement à cet ouvrage. Le rôle de seuls est tout différent de celui de seulement.

Très souvent l'usage a créé des locutions dont le sens varie considérablement, suivant qu'on se sert d'un adjectif ou d'un adverbe auprès du verbe. A parole, expression basse, correspond parler bassement : à iH)ix basse correspond parler bas. Mais parler hautement, c'est parler en maître, avec hauteur, tandis que parler haut, c'est parler à voix haute.

Il faut ajouter que le latin faisant usage de qualificatifs pour marquer la manière, il n'en fallut pas plus pour qu'à certaines époques, les écrivains français se missent à brouiller adjectifs et adverbes : Pour, deuôt n'avoir satisfait A ses honneurs (ronsard. Odes, i, 1) ; — Las ! ce qu'on void de

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mondain Jamais ferme nr xe /onde (id., Ih,^ v, 3). Du Bellay recommande

formeïk'moTit re procédé : Use des noms pour les nflverhes. comme : Hz combattent obstinez, pour obstinément, // vole léger, pour légèrement (/><•/. et KL. I. II, cil. 9).

A répoqur de Malherbe, les exemples sont encore Tréquenls : reçoy favorable De ces tristes présens t*ofJerte pitoyaNe (bemt.. 145, dans brukot. Dnvir,, IM^\), .Mhjs .Malherbe fui 1res sévère pour te hitinîsme. Il l»nrra : Si vous matez immortelle durer, et uïême i Etk flotte incertaine en nfh cxtrêmiié (iv, 299 et 389) (1). L*t mode passa avec Tabus. L'u.snge resta.

Les exemples fiuirmJllent dans les lextes de toute épocpie, A eert.uns endroits, on pourrait mettre des adverbes : La Heine impatiente attend uotre réponse (hac AUl, 983). Ailleurs, non : La lourde berline atlemande roulait lente et funèbre (Aiichi i .. Rn*.. m, Km) , — Quette âme anait chanté sur des ièprrs pius hefks. Et brûlé plus limpide en drs yeux inspirés ? (lec. de LisLE, Po. uni., llypatie) : — /(/ eturté Brillait sereine uu front du cirt inaecessihle |v, h., Lèg,. Le sae, de la h\, i).

Il se présente une foule d'occasions oii les caractéristiques de l'action el de l'être se mêlent ou se ron fondent. Dans : ï'n membre du parti de i'ordre, vêridjque /:7 grave, médisait (v. h.. Chat., Par. d'un cons,>. le caraclÎTC ^îénéral du iiersonna^e est visildement donné pour que le iecîeur retende à la circonstance parliculiére.

Si rélre a des caraclérisliqucs permanentes, l'action peul être aussi sans <luréc linntée ; de ménjc Tétai. Voici une phrase : la mansarde si pleine de {leurs, et de lumière, et si haute, si haute dans te ciel, que parfois on entend les anges causer sur le toit Uolv, Cont. a Xin.. 30). Supposez qu'on ait dit : s'élèpe si haut, si hauL Où serait la diflêrence ? (2) Si l'action est d*u.ie durée limitée, ïa caraclérisUqye du sujel peid Télre également. Il n'y a aucune difîérence en Ire : fClie se 07fi/ï/n/ généreuse en celle tncasion. et t rfh' en usa généreusement en relie *HTasif)n.

ï>e sorte que Ibéoriqucmenl on arriveraîl déjà à celte conclusion que les caraclérisliqucs du ncvin v\ (îu verl>c doi\enl en ccrlains cas ccnneifler : Le mtdade dort tranquillement ou tranquille ; - mou tdéid serait de vivre paisible ou paisiblement à la campagne.

iU\ Cil faiL il arrive bien souvent qu*on ne sait pas dans une phrase si on rloil rapporter une caractéristique h Tétre ou -^ radian : Un enfant d'tr^e dizaine d\rnnées, L allure pîeine de hardiesse et de pie... marchait délibérément (LOTI, MetL, Ht. Sans doute l'enfanl avait en ce monienUlà celle allure dans sa niarrlic. iriais elle lui êlail )>eut'étre liabituelle. cela est même i^robable,

nist-ce qu'on va pouv<ur distinguer ee (|ut a|iparlient à Tact ion el ce qui appartient à stni auteur, dans : Vis, amassant Crime sur crime, en proie aux

i\f H. r.,, ri, W*J ; in. 4f**î»

i'Ji fCUr Ht* rail complélr entre: /» fen^trr esl butttr, cVst-î"»-iUrc' n une fjrtintle dintvnsi^nt tin rit te 3fns tt^rUt'iil, c-l In fenHre esl haut, c,-iWl. phtcre à une iftamfr futtitrttr.

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