CHAPITRE II
LES VERBES COPULES
Les verbes copiilps sonl assez divers. Les deux plus générauxsonl faire et rendre : rendre sage, furieux ; faire maréchal ; — L* excès de mouvement et de hruit les avait rendus ivres (loti, PMi., 84).
Parmi les verbes tJ'uii sens plus restreint, on trouve : 1^ ceux qui expriment des acte,s : créer, nommer, élire, choisir^ couronner, juger ; 2^ ceux qui expriment des pinrolcs : dirt\ proclamer, peindre^ nommer, baptiser, appeler, etc. : On ie couronna roi, on ravait peint vicieux, e/ nous l'avons trouvé rangé, sérieux ; — Nommez-le fourtae, infâme et scélérat maudit (MOL., Mis.. \:i'ii : - on le créa patrlce (la font,. Fables, xi. 7); — je la nommai cenl lois perflde et déloyale (mlsset. Suit d'OclA ; — Vn marchand français deimit dire sa découverte anglaise, afin de lui donner de la vogue (baj,z,. BirotL, i, 90j ; - Le roi... lié par le serment du sacre... fugeaît nul tout autre serment (MicHi:t,.. Réu,. m, 31) ; — Tiens prête une voiture (AUG., AïK, IV, 2) ; — Ils trouvaient tout simple que bmr maiire eût des e n trev u es a Dec Mo ise et fU ie { n i:n . , Jcs., x v i ) .
Attributs de résultat et attributs communs, — Il faut bien distinguer le tour dont il vient irélre question d'un î^nlre loiir voisin. En eiïet, quand on dit : On a couronné Napoléon Bonaparte Empereur des Français, c'est Faction de couronner qui a conféré à son objet Xapoléon^ la qualité d empereur. L'attribut est un atlribiit de résultat, (Cf» p. 619)*
Mais dans ; On Ta vu arrêté demmi la porte hier soir, le fait de voir celte personne n"a nullement înlhîé sur son attitude ni sur sa présence à cet endroit. L'action n'a pas vu f>our efTet de faire passer la caraetérisation à l'objet. Cf. // trouva la porte fermée ; — le mécanicien vit la voie ouverte. Voici un exemple frap])ant : (Comment îa femme... reprend ie cœur de T homme, le relève fatigué, le rajeunit (michkl., Am,, Introd.). Le sens est évidemment ie relève: quand if est fatiguî\ et non le relève de façon à le fatiguer.
Il peut arriver du reste qu'un même verbe prête aux deux interprétations. Quand on dit : j'ai laissé mon paifs libre et je le retrouve esclave, on marque quelle étaît la situation du pays quand on Vu quitté, sans qu'on eût contribué à le mettre dans cette situation. Mais si au contraire on dit : je vous aimis iaisst^ libre de choisir, on signifie qu'on avait donné ia liberté. Je Vai mi ivre peut être une affirmation d'un fait indiscuté. Je tai i>u inre peut être aussi la simple indication d'une croyance individuelle, trop
LES VERBES COPULES
rapidement formée, et qui s'est trouvée fausse. Ici la nuance se marque par le ton.
Ce dernier tour est très répandu, et s'accommode de toutes sortes d'attributs et de compléments : Je la savais à Paris, sans abri ; — Son inquiétude avait fait tant de progrès en peu d'heures que je la trouvai pleinement convaincue de ce qu'elle nommait une perfidie (b. const.. Ad,, ix, 84) ; — nous le voyons mêlé à toutes les affaires du siècle (vogué, Hist, et poés., 12) ; — Je le devine peuple (v. h., Mar, de Lorm., ii, 3) ; — Je le craignais bien vieux, bien vieux, mon pauvre père (aug., Av., i, 5) : — // sentait la Reine en péril (michhl., Rév,, i, 406) ; — cette pensée de la savoir à Chaville devint une oppression.,, (a. daudet, Sapho, 299).
Souvent, aucune différence de phonétique syntaxique ne distingue les phrases, comme on le voit dans la phrase : elle l'a reconnu pour son fils, et elle l'a reconnu pour un nommé Bergy (1).
Il y a chez les modernes des attributs de résultat très hardiment construits : Des quintes de toux l'arrêtaient, plié en deux, à moitié mort luimême, si maigre, si chétif, qu'il ne paraissait pas devoir jouir longtemps de sa victoire (zola, Bête hum,, 308).
Le verbe est avoir. — Les phrases les plus intéressantes sont celles où entre le verbe avoir. On dit : Elle a des cheveux noirs, comme on dit : elle a un bonnet blanc. Rien de particulier.
Au contraire, elle a les cheveux noirs est une phrase faite, non pas pour dire ce qu'elle a, ce qu'elle possède, mais comment elle a ce que chacun possède : des cheveux. Comparez : elle a les yeux bleus, le teint mat, etc. Impossible de dire : elle a le manteau flottant, chaque femme n'ayant pas obligatoirement un manteau.
Cette construction est commune : j'ai la tête lourde, la pitié facile ; — il a le verbe haut, le réveil désagréable, le vin triste, he cœur sec, l'esprit lucide. — L'article remplace là le possessif, comme il est naturel quand on parle de portions de l'être humain : avoir la tête lourde, comme lever la tête. De là, par analogie, extension de l'article : avoir la plaisanterie féroce. Cf. Les hommes que l'on entrevoyait avaient tous les prunelles ardentes, le teint pâle, des figures amaigries par la faim, exaltées par l'injnstice (flaub., Éduc. II, 135).
Comme l'attribut peut être fort bien un participe passé, on dira : là où d'autres ont leur vie engagée (v. h., Dern, j. d'un cond., Préf.) ; — Elle avoit les coudes appuyés sur sa table, et la tête panchée sur sa main (dider., P. dfi F.,i,l); — elle eut la joie d'avoir le COU un peu écorché par les soutaches de l'uniforme (v. h., Mis., Marins, m, vu).
D'où des phrases telles que : // eut une jambe cassée ; — /7 a eu une Jambe emportée par un obus ; — cette pauvre femme a un fils tué à la guerre. Le sens
(1) Cf. Deux négociants lyonnais avaient cru la reconnaître pour une certaine Mêlante Faurot (a. daud., Jack, 15).
630 SYSTAXE DES CARACTÉRISTIQUES
même indique q\i*avoLr perd ici son sens de posséder^ et fait avec le participe une forme particulière, non point composée comme dans elle a cassé, ou elle a taé^ mais dont les termes ne gardent pas cependant leur complète indépiendance.
La construction dont nous venons de parier, n'est du reste pas particulière au verbe avoir, Ex. : // perte les cheveux ras (1).
Attributs des verbes réfléchis. — Les verbes réfléchis ont, comme Ifis objectifs ordinaires, des attributs d'objet : se faire juge, s'ériger en maUrt^ se croire en déficit.
Ces attributs peuvent être des deux classes étudiées plus haut :
A) Il ne faut pas croire que ces prêtres, victimes résignées, patientes, se tinssent beureux d'être ignorés (michel., Rév,, m, 15).
B) Je me suis crue à l'abri de l'outrage de vos désirs (g. sand, Elle et L., II, 26) ; — le sentiment du chef démocratique, qui sent vivre en lui l'esprit de la foule, et se reconnaît pour son interprète naturel (ren., Jés., ch. xi) ; —
// se disait heureux d'être échappé aux affaires (flaub., Éduc, i, 5) ; —
i7 S'estima volé (id., ib., 324).
Il n'est pas toujours facile de distinguer alors si on a affaire à un rélléchi ou à un pronominal subjectif, ainsi dans : Elle s'est montrée généreuse ; — Cf. se faire vieux ; — Alors il se fit dur lui aussi (loti, MaieL, 15). Le sens est cependant, suivant le cas, bien différent : Se faire dur, c'est jouer (a dureté^ ou bien devenir dur.
On remarquera qu'il n'est nullement nécessaire que l'attribut soit im adjectif, un participe ou un nom. Ainsi : il se donna pour les coimaftre (= comme les connaissant, flaub., Éduc, ii, 178).
(1) Dans U locution il fait beau temps, beau est l'attribut attribué à temps, i>ar le v«i:i>e /oiit. D'où le tour : il fait bon étudier à Paris, Le sens de la syntaxe est perdu au point que dans : il fail ban de oivre, la plupart des grammairiens considèrent de vivre comme un sujet.