LA PLACE DE UÉPITHÈTE
(le même: un buste parfait, non un ^VLXivAX buste. Les Sociétés cherchent un secrétaire dévoué. Le mot à cette place a une valeur, signifie quelque chose. Le dévoué président n'est qu'une formule, avec une sorte d'épithète de nature.
RÉSERVES NÉCESSAIRES. — Il faudrait se garder toutefois de pousser la théorie jusqu'au bout. Elle semble expliquer la syntaxe en apparence contradictoire de vieux et de neuf. En effet : Un neuf manteau est impossible, puisque neuf exprime une qualité proprement énoncée. Au contraire il est normal qu'on construise : un vieux manteau, avec le sens d'un manteau de peu de prix. Jusque là rien qui contredise la doctrine. Mais alors pourquoi ne peut-on pas dire un manteau vieux ? Pourquoi vieux ne serait-il pas là le correspondant de neuf : Julie, donnez-moi mon manteau vieux serait pourtant logique, comme : donnez-moi mon manteau neuf.
Aussi certains théoriciens ont-ils dû, pour faire cadrer les faits avec le principe, imaginer parfois des explications déconcertantes : Dans la locution : à liaute voix, l'adjectif, dit-on, peut-être considéré comme essentiel. Le mot voix, par lui-même, implique une certaine élévation que l'adjectif haute ne fait qu'amplifier, comme le ferait un suffixe augmentatif. (! ?) Au contraire dans la locution à voix basse, la qualité basse n'est qu'accidentelle, exceptionnelle : D'où l'ordre adopté. Mais ne dit-on pas : à voix haute ? Certahis exemples semblent plus troublants encore : On dit : à marée lutute, à marée basse, mais par contre, la haute mer, la basse mer.
On peut conclure que, si le principe reste vrai en gros, et peut s'adapter assez commodément à un grand nombre de cas, il serait bien dangereux de vouloir le prendre au pied de la lettre, et de prétendre y ramener de force tous les adjectifs analogues.
Considérations d 'harmonie et de rythme. — On a remarqué qu'il est difficile de mettre l'adjectif monosyllabique avant le nom, lorsque ce dernier est lui-même un monosyllabe, et que par exemple, il doit porter l'accent. Cela est juste. Un laid homme, un riche homme, ne se disent guère, tandis qu'on dirait fort bien : un laid visage, un riche propriétaire, un riche mariage.
Pour la même raison d'harmonie, l'adjectif pourra précéder le nom monosyllabique, si cet adjectif lui-même n'est pas monosyllabique : un affreux temps, un horrible chat, de nouvelles lois.
Pour des raisons d'euphonie analogues, on a voulu ériger en principe que les adjectifs en able, ible, al, et, il, ique, if, esque, ne peuvent être placés avant le nom. Il est vrai qu'on dit : un homme susceptible, une entreprise considérable, les animaux domestiques, le genre burlesque. En réalité, cette règle est très peu sûre, et les exemples de la construction contraire ne manquent pas : C*est un grotesque individu, une burlesque composition, un tardif enthousiasme, une criminelle tentative.
On a observé aussi, et cela est juste encore, qu'on évite certains hiatus.
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SYNTAXE DES CARACTÉRISTIQUES
Mais ni la langue populaire, ni la langue littéraire ne s'en font une loi : Vne maman dit de son enfant : C*est un vrai amour, et le puriste le plus rigoureux écrira : C*était un^ jolie idée ; ou : la vraie immoralité de ce drame est dans son dénouement.
Autrement importante est la question de Taccentuation. L'adjectif placé derrière reçoit des intonations qu'il n'a pas devant : La moindre phrase offre des exemples : C'est une entreprise difficile ! — Cf. elle est d'une humeur impossible, détestable.
Les inversions et les effets de style. — Il faut tempérer aussi tout ce qui est dit ci-dessus par diverses considérations. La première est que, sauf dans certains cas, il n'y a point de règle rigide. S'il est des cas où il est impossible de donner telle place à l'adjectif, il en est d'autres, beaucoup plus nombreux, où cela est simplement contraire à l'usage ordinaire. Or toutes sortes de raisons amènent les poètes, les prosateurs et aussi les geib qui parlent, à se séparer de l'usage ordinaire. D'abord les déplacements ont été longtemps une commodité de la versification, on disait «un privilège de la poésie». Les romantiques s'en sont moqués, et l'ont utilisée à l'occasion: cachez vos rouges tabliers. Michelet la chérissait. Il allait jusqu'à écrire : le désiré chapeau. Certaines écoles poétiques récentes s'en sont fait un jeu. Les transpositions de mots leur apparaissent comme un des moyens essentiels du style. Et en réalité un déplacement fait de l'effet. D peut donner à l'adjectif de la valeur et du relief.
Place de l'adjectif suivi de compléments. — L'adjectif complété doit, en syntaxe moderne, se trouver près de ses compléments, donc il ne peut, en principe, précéder le nom qu'il qualifie: C7n /io/n/7?e soucieux de son honneur ; — un règlement relatif à Phygiéne ; — il y avait sur le quai des barriques pleines de vin. L'usage est parfaitement défini à cet égard. Et les exemples qui sembleraient le contredire ne sont des exceptions qu'en apparence : On dira : un conseil bon pour des noviceSy parce que pour des novices est le complément de l'adjectif bon. Si on trouve : un bon conseil pour des novices, c'est que pour des novices devient là le complément de conseil, ainsi que nous allons le voir.
L'adjectif précède le substantif suivi de ses compléments. — Quand un nom est suivi de compléments, l'adjectif passe devant : // y avait sur le quai de pleines barriques de cidre. Il est normal que l'épithéte précède. Le groupe : barrique de cidre forme en effet une locution unique, une sorte de mot composé. L'épithéte pleines insiste, non pas sur le fait qu'elles contenaient du cidre, mais sur le fait qu'elles étaient bien garnies.
En vertu même de cette règle, lorsque le complément du nom ne fait pas corps avec lui, l'adjectif s'intercalera très bien entre le nom et son complément : Un pftle profil de mourant, mais aussi : une silhouette pftle de