L'ACCORD DE V ÉPI T H ETE
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D'après eux, lorsque ci-joini, ci-inclus sont employés dans le «corps d'une phrase, il faut distinguer le cas ou l'objet qu'ils annoncent est 'ilét^rminé du cas où il ne l'est pas. On fait varier ces expressions dans le premreT «cfifs, on les laisse invariables dans le second :
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Rôle de l'influence phonétique dans la iormation tde te règl<».—
Nu. — Au moyen-âge, l'adjectif nu s'accordait avec le nom, qu*ell*e •^tie fûtifi place de cet adjectif. Le XV I^ s. accordait encore ^énératftmeiït : (M le Comte de Scherosbery, nuè teste, avecques ses compaffnons^ luy ft^ récit au commandement exprés qu*ils avaient reçeu (pasquier, Recli., Vï, 15). Mlsiis lorsque Ve fut devenu sourd, nu ne varia plus devant le nowi, quand il ire portait pas l'accent tonique, ainsi que cela a été expliqué plus han^.Desportes écrit : les pieds et les bras nas(=: nû) na(d)'tête (EL, ii, La Pyrowi.). Son adversaire, Malherbe, recommandait d'écrire ainsi : nu tête. îl se rendait probablement compte qu'on ne sentait pas là d'allongement (ii. l., m, 467). Vaugelas étendit l'observation au pluriel. Il veut qti'on ïOapprim^e non seulement Ve, mais Vs (i, 144). Cette opinion fut confirmée parl'Ac^émie.
Fiien que Racine écrive : ce petit homme qui va toufours ïkUS pteds ^Banq. de Plat,, S. l'am., iv, 454), et au contraire : elle y alla nu*-^\0ÊtS, comme ^toutes les religieuses (id., P.-R., iv, 509), on peut considérer que l'usage dtt XYII® s. est déjà l'usage actuel. Le sentiment de la fonction adjective semble s'être à peu prés perdu dans ces locutions. Nu cesse d'y être épitbètc, et «devlfent un véritable préfixe, mais seulement devant les noms : léte, piedts, jûmbes, bras (1).
Demi. — L'accord de demi a été influencé comme celui de nu par des raisons phonétiques.
L*a. f. faisait varier demi; Palsgrave le considère encore comme mol variable. Mais au XVII« s., Vaugelas posa la régie moderne (n, 56); ïl fut approuvé par Th. Corneille et l'Académie.
Quand l'adjectif demi est placé après le nom, on considère qu'il se rapporte à un nom du singulier et du même genre que le nom précédent, il se met donc au singulier et au genre du nom exprimé : deux heures et d0mle ; trois kilogs et demi. Tous les grammairiens de second ordre ont suivi Vaugelas (2).
(1) On tolère dans les examens l'orthographe nu6 tête, BUS pieds (Arrêté du 26 t^évrier 1901). On remarquera que dans les expressions où on laisse nu invariable, cet adjectif n'e»t pA«
précédé de l'article qui devrait accompagner le nom qualifié. Dans les expressions où l'article reparait, l'adjectif nu varie, bien que précédant le nom : le vieillard garda la R«e ptppiKté de ses biens.
(2) On dit : une douzaine et démit, une heure et démit, etc. mais: une 49mUheute, une âetat^ douzaine (a. de s* Maurice, Rem,, 38) ; Demi devant le nom est indecUncibh* t une 4ettit*lk(«inp (A. T>K B., Réfl., 164). Dans les examens, on tolère aujourd'hui : un demie heiwe (Arrêté du 26 Février 1901).
Cf. mi : Ançois la mit nuit laiens entrèrent {Aiol, 784); 2a mie p.ir/fe dou péage de Byamont (C/i. de compt de Dole, g.). .Mais : Ml voie de Vost le rog vindrent. Sus un mnres serrët êe tindtent
646 S YN TA XE DES CA RA C TÉEIS TIQ VES
Cependant on trouve encore en langue classique un assez grand nombre d'infractions ù la règle. Balzac écrit ûenû-douzaine it, 118), denii-/V>Hr/tf^ (1, 227), mais demïe-heiire (i, 45. cf. 55, 73, 29ii, 341). Cf. Molière : fr F m étudiée une bonne grouse demie heure (Pourc i, 2) ; — Racine : // n'avùit plus qu'une demie heure de temps (Let,, xxil).
Feu. — L'adjectif feu siguilhuit ûéhmi, ne se place guère que devant le nom et ne s'emploie à peu près jamais au plurieï. Autrefois il s*était toujours accordé avec le nom. Encore au XVI* s. : Fetie sa femme (PASQnEa, ReefK. VI, 11).
Sur son accord en genre, ni Malherbe, ni Van gelas ne se sont prononcés. Mais le Père Bouhours eutendri que cel adjectif restât invariable (Bem., 553) (1). Ménage, au conlraire, tirait feu de feîieem. cl pensait qu'il devait varier : ia feiie Heine Mère. 11 cîlaîi le Cardinal d'Ossat : feuë Madame de Parme, tout en remarquant que Gonibaud avait dit : Élégie sur la mort de feu Madttme d^Orléana iC i. 501) (2). D*après ses Remarffuett posthumes, \ augelas opinait au conlratre que fni est un mot indéclinable, qui n'a ni genre ni nombre (ii, 394).
On connail la régie nioderue. Si radjectif /eu est précédé d'un article, d'un adjectif possessif, il garde sa valeur d'épithéte. et s'accorde avec le nom qui suit : la feue reine, ma feue tante. Dans le cas contraire, il n'est qu'une sorte de préfixe* et reste invariable : feu la reine. On peut juger par rbislorique du crédit à accorder a ces inventions.
Influence de la fonction. — En Ihéorie, les adjectifs adverbes ne s'accordent jjas. Xotis en parlerons plus loin.
Tout. — Tout est du iiiïmlire de ces adjectifs. Maïs alors que cet adjectif exprime la totalité, il s'accorde comme les autres adjectifs : //s sont tons uenus, et tes sont toiltes pennes : — rien n*a été cassé, les porcelaines sont toutes eniit^res. et er pendant la maison était toute m feu, et t* incendie avait gagné le premier étage. Les personnes gui ont vu cela ont tOUtSS été surprises ; — les aventures de ce uotfageur formeraient toute une histoire.
Le nom ©n dépendance. — 1^ il dépend d'un nom collectif.— L'accord doit se faire iogiquement, c'est-à-dire selon que répitbète est rapportée au collectif ou au complément de collectif : rï g avait là une collection de taNeaux tout â fait complète ; - dans ce lieih eroissaieni une nmltiiudt de plantes aquatiques.
(Q, GilART, Hfi{i. ftgmt^r. o. », Il est pii&?ii.ljJc qu'U y »il eu uncinfliu'ncp HiiHiogiqnc tir composi?* fJcvenua invariables comme : rmmt, parmi. Semî <»*l un véritable pr^llxts qtiJ. commi' ici* i»f s'emploie que devant quelques nom& : une *emi-consoniir^ une s^mi-preiitie.
(1) Chapelain el Palru lien iir-nt H u^îii pour Tin va riabllU^'. f)e mf'mc RenHiul dan* Manit^ de parier^ 363,
(2^ A. d. B. s<juli«nt de mf^nir qu'on dil fef' *ii» inosctiUri et feue au f<^minin ( «é/T,, 2IiO>.
L'ACCORD DE L'BPJTHÈTE
2<^ d'une expression de quantité : beaucoup (h\ la plupart dt\ assez de, peu ile^ bien des. etc. T;*a('C(>r(l ne peiil se fiiin* qu'aver ïe nojii cniii plein cnl, cfîi lot'utions n*élant que des sortes de numéraux : beaucoup ^'ani*maux sauvages ; — pas mal de viande fraîche ; — peu de vrai bonheur.
3° d'in nom quklconqï'E : L'aeeord se tail d'insUnct y ver le mnu c(ue qualiTie l'adjeetif : un ehapetnt de paille fine, nu un ehapeau de jHiillf fln, suivant le sens.
n n'y a pas en réalité à faire, a ee propos, une catégorie à piirl . La présence cl* un complément détermina Uf n*a rien cjui puisse fausser ou modifier la motion de l'aecorrl. On dira done siuvant le sens : une pendule d*ar^ent massif^ et une pendule d*argent massive ; une fourrure d'ours gris, une fourrure d'ours un peu lourde.
Cas particulierB. — Nous avons î>arlé plus liant du r:is f>ù plusieurs adjectifs sont épitbéles d'un même nom pluriel, comme lorsqu'on dit : fes poupoirs létfiskdij et judiciaire. Il est évident que les adjeelifs ainsi eonslruits ne peuvent prendre le pluriel, car l'expression équivaut à : le pàunoir législatif el le poupoir judiciaire, Done. malgré la fornie de l'expression, eliatpie adjectif jrarde l'aeeord avec le nom au singulier. Cf. les poiiitofrs spirituel et temporel ; — lea éléments théocra tique, monarchique et aristocratique; — les liistoires ancienne et moderne < ï k
Accord des noïns ea épithètes. — 1 /existence d'une forme spéciale Ijfiur le féminin ou le pluriel n'entraîne pas nécessairement la variation du nom employé en épithéle. On dil bien : des esclaves ou courtiers marrons, lîiîîis on écrit :rf(ps paletots marron, f.es grammaires justifient cet le dérogation aux régies générales en disant que marron conserve ici son Ciiractére de nom. Cf. des manteaux prune, des rubans fraise, îl semble bien quV>n viole ici le principe classique et général de raccord suivant la fonclion. (Vvsi encore un des cas où il n'y n pas eu moyen de pousser jusqu'au bout dans l'arbitraire.